Descartes

Descartes

1596;1650
Cogito;Substance;Dualisme
René Descartes, philosophe et mathématicien français, est souvent appelé le père de la philosophie moderne pour ses contributions à la métaphysique et à la méthode scientifique.

Biographie

René Descartes, philosophe et mathématicien français, est souvent appelé le père de la philosophie moderne pour ses contributions à la métaphysique et à la méthode scientifique.

Courant philosophique

Métaphysique

Ce courant de pensée se caractérise par une approche spécifique des questions philosophiques fondamentales.

Approche philosophique

Rationalisme

Contexte historique

Descartes vit à l'époque des guerres de religion en France et de la guerre de Trente Ans en Europe. C'est une période de transition entre la Renaissance et le siècle des Lumières. L'autorité de l'Église catholique est remise en question par la Réforme protestante.

Les découvertes géographiques et scientifiques bouleversent les conceptions traditionnelles du monde. La philosophie scolastique et la pensée aristotélicienne dominent encore largement l'enseignement universitaire.
La révolution scientifique est en cours, avec les travaux de Galilée, Kepler et autres. L'empirisme et le rationalisme commencent à émerger comme nouvelles approches philosophiques. Descartes cherche à établir une nouvelle méthode pour atteindre la vérité, basée sur le doute méthodique et la raison.
Il est influencé par sa formation mathématique et cherche à appliquer la rigueur mathématique à la philosophie. Son expérience militaire et ses voyages en Europe l'amènent à remettre en question les connaissances traditionnelles.
Il développe le concept du "cogito ergo sum" comme point de départ de sa philosophie. Sa pensée vise à concilier la nouvelle science mécaniste avec la foi chrétienne.

Pour réussir au bac avec Descartes

Pour mobiliser efficacement cet auteur dans vos dissertations :

  • Maîtrisez ses concepts clés et sa démarche philosophique
  • Mémorisez quelques citations pertinentes pour illustrer ses idées
  • Comprenez la cohérence globale de sa pensée et son évolution
  • Identifiez ses apports majeurs à l'histoire de la philosophie
  • Établissez des liens avec d'autres philosophes pour une approche comparative
La Nature m’enseigne que je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire mais que je compose comme un seul tout avec lui.
conscience
La conscience n'est pas "dans" le corps, elle n'est pas un objet doté d'un espace. On n'a pas une conscience, on EST une conscience, on existe corporellement, de façon corporelle.
Je pense, donc je suis.
conscience
Voilà une explication concise de la célèbre citation de Descartes : "Je pense, donc je suis" signifie que l”acte de penser est la preuve la plus solide de l”existence du sujet. En effet, si je peux douter de tout ce qui me entoure, il est impossible de douter du fait qu”on pense. C”est ainsi que Descartes établit la conscience comme fondement de l”être.
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée car chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont.
raison
Selon Descartes, le bon sens (ou raison) est la chose partagée par tout le monde car chaque personne pense avoir une bonne compréhension de la réalité. Les gens ne se rendent compte de leur ignorance que lorsqu”ils sont confrontés à des difficultés inédites.
Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde.
bonheur
Selon Descartes, pour atteindre le bonheur, il faut modifier nos propres désirs et aspirations au lieu de tenter de contrôler le monde qui nous entoure. En faisant cela, nous pouvons trouver la paix intérieure et être heureux malgré les circonstances extérieures.
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.
vérité
Selon Descartes, le bon sens (ou raison) est une qualité commune à tous les êtres humains, ce qui signifie que tout le monde a accès à la vérité. Cela implique que personne ne peut être égaré par des erreurs ou des mensonges, car l”intuition naturelle de discerner le bien et le mal est partagée par tous.
Et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.
technique
Pour Descartes, "Et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature" signifie qu”en utilisant la technique, nous pouvons maîtriser et contrôler le monde qui nous entoure, en prenant possession de son pouvoir et de ses secrets.

la distinction entre l'homme et l'animal : le langage comme marqueur de la pensée

langage conscience
« De tous les arguments qui nous persuadent que les bêtes sont dénuées de pensées, le principal, à mon avis, est que bien que les unes soient plus parfaites que les autres dans une même espèce, tout de même que chez les hommes, comme on peut voir chez les chevaux et chez les chiens, dont les uns apprennent beaucoup plus aisément que d'autres ce qu'on leur enseigne ; et bien que toutes nous signifient très facilement leurs impulsions naturelles, telles que la colère, la crainte, la faim, ou autres états semblables, par la voix ou par d'autres mouvements du corps, jamais cependant jusqu'à ce jour on n'a pu observer qu'aucun animal en soit venu à ce point de perfection d'user d'un véritable langage c'est-à-dire d'exprimer soit par la voix, soit par les gestes quelque chose qui puisse se rapporter à la seule pensée et non à l'impulsion naturelle. Ce langage est en effet le seul signe certain d'une pensée latente dans le corps ; tous les hommes en usent, même ceux qui sont stupides ou privés d'esprit, ceux auxquels manquent la langue et les organes de la voix, mais aucune bête ne peut en user ; c'est pourquoi il est permis de prendre le langage pour la vraie différence entre les hommes et les bêtes. »
Descartes
Thèse principale : tous les animaux sont dénués de pensées car même si certains sont plus intelligents que d'autres, ils n'ont jamais utilisé un véritable langage

la primauté de la raison sur les connaissances livresques

raison science
« Je pensai que les sciences des livres, au moins celles dont les raisons ne sont que probables, et qui n'ont aucune démonstration, s'étant composées et grossies peu à peu des opinions de plusieurs diverses personnes, ne sont point si approchantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire naturellement un homme de bon sens touchant les choses qui se présentent. Et ainsi je pensai que, pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu'il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu'ils auraient été si nous avions eu l'usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n'eussions jamais été conduits que par elle. »
Descartes
Thèse principale : Notre raisonnement est probablement faible à cause des sciences qui se sont développées au fil du temps. Lorsque nous étions enfants, nous avons été contraints d'écouter les opinions contradictoires de plusieurs personnes. Il est donc peu probable que nos jugements soient purs et solides.

la distinction des désirs et la recherche de la vertu

« Il me semble que l'erreur qu'on commet le plus ordinairement touchant les désirs est qu'on ne distingue pas assez les choses qui dépendent entièrement de nous de celles qui n'en dépendent point : car, pour celles qui ne dépendent que de nous, c'est-à-dire de notre libre arbitre, il suffit de savoir qu'elles sont bonnes pour ne les pouvoir désirer avec trop d'ardeur, à cause que c'est suivre la vertu que de faire les choses bonnes qui dépendent de nous, et il est certain qu'on ne saurait avoir un désir trop ardent pour la vertu, outre que ce que nous désirons en cette façon ne pouvant manquer de nous réussir, puisque c'est de nous seuls qu'il dépend, nous en recevons toujours toute la satisfaction que nous en avons attendue. Mais la faute qu'on a coutume de commettre en ceci n'est jamais qu'on désire trop, c'est seulement qu'on désire trop peu ; et le souverain remède contre cela est de délivrer l'esprit autant qu'il se peut de toutes sortes d'autres désirs moins utiles, puis de tâcher de connaître bien clairement et de considérer avec attention la bonté de ce qui est à désirer. »
Descartes
Thèse principale : Il me semble que l'erreur qu'on commet le plus ordinairement touchant les désirs est qu'on ne distingue pas assez les choses qui dépendent entièrement de nous de celles qui n'en dépendent point.

la nécessité de l'ancien pour comprendre le présent

temps langage
« Mais je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la lecture des livres anciens, et à leurs histoires, et à leurs fables. Car c'est quasi le même (1) de converser (2) avec ceux des autres siècles que de voyager. Il est bon de savoir quelque chose des mœurs de divers peuples, afin de juger des nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes (3) soit ridicule et contre raison, ainsi qu'ont coutume de faire ceux qui n'ont rien vu. Mais lorsqu'on emploie trop de temps à voyager, on devient enfin étranger en son pays ; et lorsqu'on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci. Outre que les fables font imaginer plusieurs événements comme possibles qui ne le sont point ; et que même les histoires les plus fidèles, si elles ne changent ni n'augmentent la valeur des choses pour les rendre plus dignes d'être lues, au moins en omettent-elles presque toujours les plus basses et moins illustres circonstances, d'où vient que le reste ne paraît pas tel qu'il est, et que ceux qui règlent leurs mœurs par les exemples qu'ils en tirent sont sujets à tomber dans les extravagances des paladins de nos romans, et à concevoir des desseins qui passent (4) leurs forces. »
Descartes
Thèse principale : Il est important de connaître les mœurs des autres peuples pour mieux juger les nôtres.

la maîtrise de soi : clé de la véritable félicité

raison bonheur
« Mais il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu'elles aient aussi des passions et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse, et fait que les afflictions même leur servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie. Car, d'une part, se considérant comme immortelles et capables de recevoir de très grands contentements, puis, d'autre part, considérant qu'elles sont jointes à des corps mortels et fragiles, qui sont sujets à beaucoup d'infirmités, et qui ne peuvent manquer de périr dans peu d'années, elles font bien tout ce qui est en leur pouvoir pour se rendre la fortune (1) favorable en cette vie, mais néanmoins elles l'estiment si peu, au regard de l'éternité, qu'elles n'en considèrent quasi les événements que comme nous faisons ceux des comédies. Et comme les histoires tristes et lamentables, que nous voyons représenter sur un théâtre, nous donnent souvent autant de récréation que les gaies, bien qu'elles tirent des larmes de nos yeux ; ainsi ces plus grandes âmes, dont je parle, ont de la satisfaction en elles-mêmes, de toutes les choses qui leur arrivent, même les plus fâcheuses et insupportables. »
Descartes
Thèse principale : Les âmes vulgaires sont heureuses ou malheureuses selon les événements, mais les autres maîtrisent leurs passions et trouvent du bonheur en toute situation.

raison bonheur
« La différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu'elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse, et fait que les afflictions (1) même les servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie. […]. Ainsi, ressentant de la douleur en leur corps, elles s'exercent à la supporter patiemment, et cette épreuve qu'elles font de leur force, leur est agréable ; ainsi, voyant leurs amis en quelque grande affliction, elles compatissent à leur mal, et font tout leur possible pour les en délivrer, et ne craignent pas même de s'exposer à la mort pour ce sujet, s'il en est besoin. Mais, cependant, le témoignage que leur donne leur conscience, de ce qu'elles s'acquittent en cela de leur devoir, et font une action louable et vertueuse, les rend plus heureuses, que toute la tristesse, que leur donne la compassion, ne les afflige. »
Descartes
Thèse principale : Les âmes plus fortes résistent aux passions et trouvent la félicité dans les afflictions.

la liberté de la volonté et la responsabilité de nos actions

liberté liberté
« La volonté étant, de sa nature, très étendue, ce nous est un avantage très grand de pouvoir agir par son moyen, c'est-à-dire librement ; en sorte que nous soyons tellement les maîtres de nos actions, que nous sommes dignes de louange lorsque nous les conduisons bien : car, tout ainsi qu'on ne donne point aux machines qu'on voit se mouvoir en plusieurs façons diverses, aussi justement qu'on saurait désirer, des louanges qui se rapportent véritablement à elles, parce que ces machines ne représentent aucune action qu'elles ne doivent faire par le moyen de leurs ressorts, et qu'on en donne à l'ouvrier qui les a faites, parce qu'il a eu le pouvoir et la volonté de les composer avec tant d'artifice ; de même on doit nous attribuer quelque chose de plus, de ce que nous choisissons ce qui est vrai, lorsque nous le distinguons d'avec le faux, par une détermination de notre volonté, que si nous y étions déterminés et contraints par un principe étranger. »
Descartes
Thèse principale : La volonté est étendue, ce qui nous donne la liberté d'agir et être maîtres de nos actions.

la force de la volonté face aux passions

« Ceux en qui naturellement la volonté peut le plus aisément vaincre les passions et arrêter les mouvements du corps qui les accompagnent ont sans doute les âmes les plus fortes ; mais il y en a qui ne peuvent éprouver leur force, parce qu'ils ne font jamais combattre leur volonté avec ses propres armes, mais seulement avec celles que lui fournissent quelques passions pour résister à quelques autres. Ce que je nomme ses propres armes sont des jugements fermes et déterminés touchant la connaissance du bien et du mal, suivant lesquels elle a résolu de conduire les actions de sa vie ; et les âmes les plus faibles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point ainsi à suivre certains jugements, mais se laisse continuellement emporter aux passions présentes, lesquelles, étant souvent contraires les unes aux autres, la tirent tour à tour à leur parti et, l'employant à combattre contre elle-même, mettent l'âme au plus déplorable état qu'elle puisse être. Ainsi, lorsque la peur représente la mort comme un mal extrême et qui ne peut être évité que par la fuite, si l'ambition, d'autre côté, représente l'infamie de cette fuite comme un mal pire que la mort, ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle obéissant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, s'oppose continuellement à soi-même, et ainsi rend l'âme esclave et malheureuse. »
Descartes
Thèse principale : Ceux dont la volonté peut vaincre les passions avec leurs propres armes ont les âmes les plus fortes.

la représentation et la vérité des formes géométriques

raison langage
« Lorsque nous avons la première fois aperçu en notre enfance une figure triangulaire tracée sur le papier, cette figure n'a pu nous apprendre comme il fallait concevoir le triangle géométrique, parce qu'elle ne le représentait pas mieux qu'un mauvais crayon une image parfaite. Mais, d'autant que l'idée véritable du triangle était déjà en nous, et que notre esprit la pouvait plus aisément concevoir que la figure moins simple ou plus composée d'un triangle peint, de là vient qu'ayant vu cette figure composée nous ne l'avons pas conçue elle-même, mais plutôt le véritable triangle. Tout ainsi que quand nous jetons les yeux sur une carte où il y a quelques traits qui sont tracés et arrangés de telle sorte qu'ils représentent la face d'un homme, alors cette vue n'excite pas tant en nous l'idée de ces mêmes traits que celle d'un homme : ce qui n'arriverait pas ainsi si la face d'un homme ne nous était connue d'ailleurs, et si nous n'étions plus accoutumés à penser à elle que non pas à ses traits, lesquels assez souvent même nous ne saurions distinguer les uns des autres quand nous en sommes un peu éloignés. Ainsi, certes, nous ne pourrions jamais connaître le triangle géométrique par celui que nous voyons tracé sur le papier, si notre esprit n'en avait eu l'idée d'ailleurs. »
Descartes
Thèse principale : Lorsque nous avons la première fois aperçu en notre enfance une figure triangulaire tracée sur le papier, cette figure ne représentait pas mieux que un mauvais crayon l'idée véritable du triangle géométrique. Mais notre esprit pouvait concevoir ce véritable triangle plus aisément qu'une image composée d'un triangle peint. Ainsi, nous n'avons conçu le vrai triangle que parce que son idée était déjà en nous. De même, en regardant une carte où il y a quelques traits qui représentent la face d'un homme, cette vue ne nous fait pas plus penser à ces mêmes traits qu'à l'idée de l'homme lui-même. Et si nous ne connaissions pas la face d'un homme et n'étions pas accoutumés à y penser plutôt qu'à ses traits, nous ne pourrions pas distinguer les uns des autres quand nous sommes un peu éloignés. Ainsi, nous ne pourrions jamais connaître le triangle géométrique par celui que nous voyons sur papier si notre esprit n'avait eu l'idée d'ailleurs.

les pièges de la précipitation et de l'indétermination dans la recherche philosophique

raison vérité
« Fréquemment […] quelques-uns se mettent à scruter des propositions avec tant de hâte qu'ils appliquent à leur solution un esprit errant à l'aventure, avant de remarquer à quels signes ils reconnaîtront l'objet cherché, s'il vient à se présenter. Ils ne sont pas moins niais qu'un serviteur envoyé quelque part par son maître et qui serait si désireux d'obéir qu'il se mettrait à courir en hâte sans avoir encore reçu d'ordre et sans savoir où on lui ordonne d'aller. Au contraire, dans toute question, quoiqu'il doive y avoir quelque chose d'inconnu, car autrement sa recherche serait vaine, il faut néanmoins que cet inconnu soit désigné par des conditions si précises que nous soyons entièrement déterminés à rechercher un objet particulier plutôt qu'un autre. C'est à l'examen de ces conditions, disons-nous, qu'il faut dès le début nous livrer, et c'est ce qui arrivera si nous appliquons notre pénétration intellectuelle à les saisir distinctement par intuition une à une, en recherchant avec soin quelle limitation reçoit de chacune d'elles cet inconnu que nous cherchons. L'esprit humain, en effet, a coutume de se tromper ici de deux façons, soit en prenant quelque chose de plus que ce qui lui a été donné pour déterminer la question, soit au contraire en faisant quelque omission. »
Descartes
Thèse principale : Pour résoudre les problèmes, il est essentiel de bien comprendre la question posée. Fréquemment, certains se mettent à y réfléchir avec tant de hâte qu'ils appliquent un esprit errant à l'aventure avant de voir clairement ce qui leur est demandé, s'il apparaît à ce moment-là. Ils sont alors aussi niais qu'un serviteur envoyé quelque part par son maître et cherchant à obéir avec toute la précipitation possible sans même avoir une idée de l'endroit où il doit aller. Au contraire, dans tout problème, quoiqu'il doive y avoir un certain inconnu, car autrement la recherche serait vaine, il faut néanmoins que cet inconnu soit désigné par des conditions si précises que nous soyons entièrement déterminés à rechercher un objet particulier plutôt qu'un autre. C'est alors à l'examen de ces conditions, disons-nous, qu'il faut dès le début se livrer, et c'est ce qui arrivera si nous appliquons notre pénétration intellectuelle à les saisir distinctement par intuition une à une, en recherchant avec soin quelle limitation reçoit de chacune d'elles cet inconnu que nous cherchons. L'esprit humain a coutume de se tromper ici de deux façons : soit en prenant quelque chose de plus que ce qui lui a été donné pour déterminer la question, soit au contraire en faisant une omission.

** méthode et curiosité : les chemins de la vérité

raison vérité
« Les hommes sont la proie d'une si aveugle curiosité qu'ils conduisent souvent leur esprit par des chemins inconnus, et sans aucune raison d'espérer, mais seulement pour courir leur chance d'y trouver par hasard ce qu'ils cherchent ; comme quelqu'un qui brûlerait d'un désir si brutal de découvrir un trésor, qu'il ne cesserait de courir les rues çà et là, cherchant si par hasard il n'en trouverait pas un qu'un voyageur aurait perdu. C'est ainsi que travaillent presque tous les chimistes, la plupart des géomètres, et plus d'un philosophe ; et certes je ne nie point que parfois ils ne vagabondent avec assez de bonne fortune pour trouver quelque vérité ; je n'admets pas pour autant qu'ils en soient plus habiles, mais seulement plus chanceux. Il vaut cependant bien mieux ne jamais songer à chercher la vérité sur quelque objet que ce soit, que le faire sans méthode : car il est très certain que ces recherches désordonnées et ces méditations obscures troublent la lumière naturelle et aveuglent l'esprit ; et tous ceux qui s'habituent ainsi à marcher dans les ténèbres affaiblissent tant leur vue que par la suite ils ne peuvent plus supporter la lumière du jour : l'expérience aussi le confirme, puisque nous voyons très souvent ceux qui ne se sont jamais souciés d'étudier porter des jugements bien plus solides et bien plus clairs sur ce qui se présente à eux, que ceux qui ont passé tout leur temps dans les écoles. »
Descartes
Thèse principale : Les hommes conduisent souvent leur esprit par des chemins inconnus, mais sans raison d'espérer, pour courir leur chance d'y trouver ce qu'ils cherchent. C'est ainsi que travaillent les chimistes, la plupart des géomètres et certains philosophes ; ils ne sont pas plus habiles, juste plus chanceux. Il vaut mieux ne jamais songer à chercher la vérité, que de le faire sans méthode.

l'illusion des désirs et la quête des biens véritables

raison vérité
« Mais souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu'elles ne sont ; puis, quand nous avons pris bien de la peine à les acquérir, et perdu cependant l'occasion de posséder d'autres biens plus véritables, la jouissance (1) nous en fait connaître les défauts, et de là viennent les dédains, les regrets et les repentirs. C'est pourquoi le vrai office de la raison est d'examiner la juste valeur de tous les biens dont l'acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d'employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ceux qui sont, en effet, les plus désirables ; en quoi, si la fortune (2) s'oppose à nos desseins et les empêche de réussir, nous aurons au moins la satisfaction de n'avoir rien perdu par notre faute. »
Descartes
Thèse principale : La passion nous fait prendre des décisions irraisonnées.

la nature des vertus pures et parfaites

Principes de la philosophie
conscience raison
« Pour ce qui est des vraies vertus, beaucoup d'entre elles ne naissent pas seulement de la connaissance vraie, mais aussi de quelque erreur ou défaut : ainsi, la simplicité d'esprit (1) donne souvent de la bonté, la crainte de la piété, et le désespoir du courage. Et les vertus de ce genre sont différentes entre elles, si bien qu'on leur a donné divers noms. Mais quant à ces vertus pures et parfaites qui découlent de la seule connaissance du bien, elles sont toutes d'une seule et même nature, et peuvent être comprises sous le seul nom de sagesse. Car quiconque a une volonté ferme et constante d'user toujours de sa raison autant que cela est en son pouvoir, et de faire en toutes ses actions ce qu'il, reconnaît être le meilleur, celui-là est véritablement sage, autant que sa nature permet qu'il le soit ; et par cela seul il est juste, courageux, modéré ; et possède toutes les autres vertus, mais tellement jointes entre elles qu'il n'y en a aucune qui surpasse les autres ; c'est pourquoi, bien qu'elles soient beaucoup plus remarquables que celles que le mélange de quelques défauts fait distinguer, toutefois, parce qu'elles sont moins connues du commun des hommes, on n'a pas coutume de leur donner tant de louanges. »
Descartes, Principes de la philosophie
Thèse principale : La sagesse naît de la connaissance vraie du bien.

les fondements solides du changement

Discours de la méthode
raison état
« Il est vrai que nous ne voyons point qu'on jette par terre toutes les maisons d'une ville pour le seul dessein de les refaire d'autre façon et d'en rendre les rues plus belles ; mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs pour les rebâtir, et que même quelquefois ils y sont contraints quand elles sont en danger de tomber d'elles-mêmes, et que les fondements n'en sont pas bien fermes. A l'exemple de quoi je me persuadai qu'il n'y aurait véritablement point d'apparence (1) qu'un particulier fît dessein de réformer un État, en y changeant tout dès les fondements, et en le renversant pour le redresser ; ni même aussi de réformer le corps des sciences, ou l'ordre établi dans les écoles pour les enseigner ; mais que, pour toutes les opinions que j'avais reçues jusques alors en ma créance (2), je ne pouvais mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les en ôter, afin d'y en remettre par après ou d'autres meilleurs, ou bien les mêmes, lorsque je les aurais ajustées au niveau de la raison. Et je crus fermement que par ce moyen je réussirais à conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne bâtissais que sur de vieux fondements, et que je ne m'appuyasse que sur les principes que je m'étais laissé persuader en ma jeunesse, sans avoir jamais examiné s'ils étaient vrais. »
Descartes, Discours de la méthode
Thèse principale : « J'ai décidé de remettre en question mes croyances. »

la vérité ne se trouve pas dans le nombre d'opinions

raison vérité
« Il ne servirait de rien de compter les suffrages pour suivre l'opinion garantie par le plus d'auteurs, car s'il s'agit d'une question difficile, il est plus croyable que la vérité en a été découverte par un petit nombre plutôt que par beaucoup. Même si tous étaient d'accord, leur enseignement ne nous suffirait pas : nous ne deviendrons jamais mathématiciens, par exemple, bien que notre mémoire possède toutes les démonstrations faites par d'autres, si notre esprit n'est pas capable de résoudre toute sorte de problèmes ; nous ne deviendrons pas philosophes, pour avoir lu tous les raisonnements de Platon et d'Aristote, sans pouvoir porter un jugement solide sur ce qui nous est proposé. Ainsi, en effet, nous semblerions avoir appris, non des sciences, mais des histoires. »
Descartes
Thèse principale : Il ne servirait de rien de compter les suffrages pour suivre l'opinion garantie par le plus d'auteurs, car s'il s'agit d'une question difficile, il est plus croyable que la vérité en a été découverte par un petit nombre plutôt que par beaucoup.

l'unité de la connaissance humaine

Règles pour la direction de l'esprit
science art
« On a établi une fausse comparaison entre les sciences, qui consistent tout entières en une connaissance qui appartient à l'esprit, et les arts (1), qui exigent quelque exercice et quelque disposition du corps ; on voyait bien qu'on ne saurait proposer au même homme l'apprentissage simultané de tous les arts, et qu'au contraire celui qui n'en cultive qu'un seul devient plus aisément un maître artiste ; en effet, ce ne sont pas les mains d'un même homme qui peuvent s'accoutumer à cultiver les champs et à jouer de la cithare, ou à remplir différents offices de ce genre, aussi commodément qu'à pratiquer l'un seulement d'entre eux ; on a donc cru qu'il en était de même pour les sciences, et, en les distinguant l'une de l'autre à raison de la diversité de leurs objets, on a pensé qu'il fallait les étudier chacune à part, en laissant toutes les autres de côté. En quoi l'on s'est assurément trompé. Toutes les sciences ne sont en effet rien d'autre que l'humaine sagesse, qui demeure toujours une et identique à elle-même, quelque différents que soient les objets auxquels elle s'applique, et qui ne reçoit pas d'eux plus de diversité que n'en reçoit la lumière du soleil de la variété des choses qu'elle éclaire ; il n'y a donc pas lieu de contenir l'esprit en quelques bornes que ce soit ; loin en effet que la connaissance d'une seule vérité, à l'exemple de la pratique d'un seul art, nous empêche d'en découvrir une autre, elle nous y aide plutôt. »
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit
Thèse principale : On n'a pas raison de contenir l'esprit en quelques bornes que ce soit, car les sciences ne reçoivent pas de diversité des objets auxquels elles s'appliquent.

l'interdépendance de l'individu et du tout

Lettre à Elisabeth
« Il y a une vérité dont la connaissance me semble fort utile : qui est que, bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul, et qu'on est, en effet, l'une des parties de l'univers, et plus particulièrement encore l'une des parties de cette terre, l'une des parties de cet État, de cette société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion (1), car on aurait tort de s'exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportait tout à soi-même, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu'on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n'aurait aucune vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu ; au lieu qu'en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d'exposer sa vie pour le service d'autrui, lorsque l'occasion s'en présente ; voire on voudrait perdre son âme, s'il se pouvait, pour sauver les autres. »
Descartes, Lettre à Elisabeth
Thèse principale : Il y a une vérité utile : nous sommes des parties de l'univers et devons préférer les intérêts du tout.

Lettre à Elisabeth
raison bonheur
« Il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu'elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun (1), leur raison demeure néanmoins toujours la maîtresse, et fait que les afflictions même leur servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie. Car, d'une part, se considérant comme immortelles et capables de recevoir de très grands contentements, puis, d'autre part, considérant qu'elles sont jointes à des corps mortels et fragiles, qui sont sujets à beaucoup d'infirmités, et qui ne peuvent manquer de périr dans peu d'années, elles font bien tout ce qui est en leur pouvoir pour se rendre la fortune (2) favorable en cette vie, mais néanmoins elles l'estiment si peu, au regard de l'éternité, qu'elles n'en considèrent quasi les événements que comme nous faisons ceux des comédies. Et comme les histoires tristes et lamentables, que nous voyons représenter sur un théâtre, nous donnent souvent autant de récréation que les gaies, bien qu'elles tirent des larmes de nos yeux ; ainsi ces plus grandes âmes, dont je parle, ont de la satisfaction, en elles-mêmes, de toutes les choses qui leur arrivent, même des plus fâcheuses et insupportables. »
Descartes, Lettre à Elisabeth
Thèse principale : Il me semble que la différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste principalement en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses qu

Les passions de l'âme
« Il me semble que l'erreur qu'on commet le plus ordinairement touchant les désirs est qu'on ne distingue pas assez les choses qui dépendent entièrement de nous de celles qui n'en dépendent point : car, pour celles qui ne dépendent que de nous, c'est-à-dire de notre libre arbitre, il suffit de savoir qu'elles sont bonnes pour ne les pouvoir désirer avec trop d'ardeur, à cause que c'est suivre la vertu que de faire les choses bonnes qui dépendent de nous, et il est certain qu'on ne saurait avoir un désir trop ardent pour la vertu, outre que ce que nous désirons en cette façon ne pouvant manquer de nous réussir, puisque c'est de nous seuls qu'il dépend, nous en recevons toujours toute la satisfaction que nous en avons attendue. Mais la faute qu'on a coutume de commettre en ceci n'est jamais qu'on désire trop, c'est seulement qu'on désire trop peu ; et le souverain remède contre cela est de se délivrer l'esprit autant qu'il se peut de toutes sortes d'autres désirs moins utiles, puis de tâcher de connaître bien clairement et de considérer avec attention la bonté de ce qui est à désirer. »
Descartes, Les passions de l'âme
Thèse principale : Il faut faire la différence entre nos désirs et ceux qui dépendent que de nous et pas de nous. »

l'interdépendance et l'altruisme au service de l'humanité

devoir état
« Bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul, et qu'on est, en effet, l'une des parties de l'univers, et plus particulièrement encore, l'une des parties de cette terre, l'une des parties de cet État, de cette société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion (1), car on aurait tort de s'exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportait tout à soi-même, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu'on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n'aurait aucune vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu ; au lieu qu'en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d'exposer sa vie pour le service d'autrui, lorsque l'occasion s'en présente ; voire on voudrait perdre son âme, s'il se pouvait, pour sauver les autres. En sorte que cette considération est la source et l'origine de toutes les plus héroïques actions que fassent les hommes. »
Descartes
Thèse principale : Notre bien-être est étroitement lié au bonheur du reste des autres.

la mesure des plaisirs : une quête de vérité et de bonheur

Lettres à Elisabeth
bonheur raison
« Il y a deux sortes de plaisirs : les uns qui appartiennent à l'esprit seul, et les autres qui appartiennent à l'homme, c'est-à-dire à l'esprit en tant qu'il est uni au corps ; et ces derniers, se présentant confusément à l'imagination, paraissent souvent beaucoup plus grands qu'ils ne sont, principalement avant qu'on ne les possède, ce qui est la source de tous les maux et de toutes les erreurs de la vie. Car, selon la règle de la raison, chaque plaisir se devrait mesurer par la grandeur de la perfection qui le produit, et c'est ainsi que nous mesurons celui dont les causes nous sont clairement connues. Mais souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu'elles ne sont ; puis, quand nous avons pris bien de la peine à les acquérir, et perdu cependant l'occasion de posséder d'autres biens plus véritables, la jouissance nous en fait connaître les défauts, et de là viennent les dédains, les regrets et les repentirs. C'est pourquoi le vrai office de la raison est d'examiner la juste valeur de tous les biens dont l'acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d'employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ceux qui sont, en effet, les plus désirables. »
Descartes, Lettres à Elisabeth
Thèse principale : Il y a deux sortes de plaisirs : les uns qui appartiennent à l'esprit seul, et les autres qui appartiennent à l'homme.

l'évaluation rationnelle des biens et la quête du bonheur

raison bonheur
« Souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu'elles ne sont ; puis, quand nous avons pris bien de la peine à les acquérir, et perdu cependant (1) l'occasion de posséder d'autres biens plus véritables, la jouissance nous en fait connaître les défauts, et de là viennent les dédains, les regrets et les repentirs. C'est pourquoi le vrai office (2) de la raison est d'examiner la juste valeur de tous les biens dont l'acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d'employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ceux qui sont, en effet, les plus désirables ; en quoi, si la fortune (3) s'oppose à nos desseins (4) et les empêche de réussir, nous aurons au moins la satisfaction de n'avoir rien perdu par notre faute, et ne laisserons (5) pas de jouir de toute la béatitude naturelle dont l'acquisition aura été en notre pouvoir. »
Descartes
Thèse principale : La passion nous fait croire à des biens qui ne sont pas meilleurs que ce qu'ils sont en réalité.

l'unité des sciences pour la recherche de la vérité

Règles pour la direction de l'esprit
vérité raison
« Rien ne nous éloigne plus du droit chemin pour la recherche de la vérité, que d'orienter nos études […] vers des buts particuliers […] : ainsi, quand nous voulons cultiver les sciences utiles, soit pour les avantages qu'on en retire dans la vie, soit pour le plaisir qu'on trouve dans la contemplation du vrai, et qui en cette vie est presque le seul bonheur qui soit pur et que ne trouble aucune douleur. Ce sont là, en effet, des fruits légitimes que nous pouvons attendre de la pratique des sciences ; mais si nous y pensons au milieu de nos études, ils nous font souvent omettre bien des choses nécessaires pour l'acquisition d'autres connaissances, soit parce qu'au premier abord ces choses paraissent de peu d'utilité, soit parce qu'elles semblent de peu d'intérêt. Il faut donc bien se convaincre que toutes les sciences sont tellement liées ensemble, qu'il est plus facile de les apprendre toutes à la fois, que d'en isoler une des autres. Si quelqu'un veut chercher sérieusement la vérité, il ne doit donc pas choisir l'étude de quelque science particulière : car elles sont toutes unies entre elles et dépendent les unes des autres ; mais il ne doit songer qu'à accroître la lumière naturelle de sa raison, non pour résoudre telle ou telle difficulté d'école, mais pour qu'en chaque circonstance de la vie son entendement montre à sa volonté le parti à prendre ; et bientôt il s'étonnera d'avoir fait de plus grands progrès que ceux qui s'appliquent à des études particulières, et d'être parvenu, non seulement à tout ce que les autres désirent, mais encore à de plus beaux résultats qu'ils ne peuvent espérer. »
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit
Thèse principale : L'orientation vers des buts particuliers nous fait omettre les connaissances nécessaires. Il faut accroître la lumière naturelle de sa raison pour montrer à sa volonté le parti à prendre en chaque circonstance de la vie.

la dualité entre l'esprit et le corps

Méditations métaphysiques
« Je remarque ici, premièrement, qu'il y a une grande différence entre l'esprit et le corps, en ce que le corps, de sa nature, est toujours divisible, et que l'esprit est entièrement indivisible. Car en effet, lorsque je considère mon esprit, c'est-à-dire moi-même en tant que je suis seulement une chose qui pense, je n'y puis distinguer aucunes parties, mais je me conçois comme une chose seule et entière. Et quoique tout l'esprit semble être uni à tout le corps, toutefois un pied, ou un bras, ou quelque autre partie étant séparée de mon corps, il est certain que pour cela il n'y aura rien de retranché de mon esprit. Et les facultés de vouloir, de sentir, de concevoir, etc., ne peuvent pas proprement être dites ses parties : car le même esprit s'emploie tout entier à vouloir, et aussi tout entier à sentir, à concevoir, etc. Mais c'est tout le contraire dans les choses corporelles ou étendues : car il n'y en a pas une que je ne mette aisément en pièces par ma pensée, que mon esprit ne divise fort facilement en plusieurs parties et par conséquent que je ne connaisse être divisible. Ce qui suffirait pour m'enseigner que l'esprit ou l'âme de l'homme est entièrement différente du corps, si je ne l'avais déjà d'ailleurs assez appris. »
Descartes, Méditations métaphysiques
Thèse principale : L'esprit est entièrement indivisible tandis que le corps est toujours divisible.

l'interdépendance de l'individu et du tout

Lettre à Elisabeth
justice état
« Bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul, et qu'on est, en effet, l'une des parties de l'univers, et plus particulièrement encore l'une des parties de cette terre, l'une des parties de cet État, de cette société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion (1), car on aurait tort de s'exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportait tout à soi-même, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu'on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n'aurait aucune vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu ; au lieu qu'en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d'exposer sa vie pour le service d'autrui, lorsque l'occasion s'en présente. »
Descartes, Lettre à Elisabeth (1645)
Thèse principale : Nous ne pouvons nous en considérer comme isolés et être uniquement intéressés par notre bien-être individuel, car on fait partie du tout.

la quête de la vérité au-delà des opinions

Règles pour la direction de l'esprit
« Il n'y a presque rien qui n'ait été dit par l'un, et dont le contraire n'ait été affirmé par quelque autre. Et il ne serait d'aucun profit de compter les voix, pour suivre l'opinion qui a le plus de répondants (1) : car, lorsqu'il s'agit d'une question difficile, il est plus vraisemblable qu'il s'en soit trouvé peu, et non beaucoup, pour découvrir la vérité à son sujet. Mais quand bien même (2) ils seraient tous d'accord, leur enseignement ne serait pas encore suffisant : car jamais, par exemple, nous ne deviendrons mathématiciens, même en connaissant par cœur toutes les démonstrations des autres, si notre esprit n'est pas en même temps capable de résoudre n'importe quel problème ; et nous ne deviendrons jamais philosophes, si nous avons lu tous les raisonnements de Platon et d'Aristote, et que nous sommes incapables de porter un jugement assuré sur les sujets qu'on nous propose ; dans ce cas, en effet, ce ne sont point des sciences que nous aurions apprises, semble-t-il, mais de l'histoire. »
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit (posthume, écrit vers 1628)
Thèse principale : L'opinion majoritaire n'est pas suffisante pour être considérée comme véridique.

la méthode, clé de la recherche de la vérité

Règles pour la direction de l'esprit
« Il vaut bien mieux ne jamais songer à chercher la vérité sur quelque objet que ce soit, que le faire sans méthode : car il est très certain que ces recherches désordonnées et ces méditations obscures troublent la lumière naturelle (1) et aveuglent l'esprit ; et tous ceux qui s'habituent ainsi à marcher dans les ténèbres affaiblissent tant leur vue que, par la suite, ils ne peuvent supporter la lumière du jour : l'expérience aussi le confirme, puisque nous voyons très souvent ceux qui ne se sont jamais souciés d'étudier porter des jugements bien plus solides et bien plus clairs sur ce qui se présente à eux, que ceux qui ont passé tout leur temps dans les écoles. Ce que j'entends maintenant par méthode, ce sont des règles certaines et faciles, par l'observation (2) exacte desquelles on sera sûr de ne jamais prendre une erreur pour une vérité et, sans y dépenser inutilement les forces de son esprit, mais en accroissant son savoir par un progrès continu, de parvenir à la connaissance vraie de ce dont on sera capable. »
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit (1629)
Thèse principale : Il vaut mieux ne jamais chercher que faire sans méthode car les recherches désordonnées aveuglent l'esprit et affaiblissent la vue pour supporter la lumière du jour.

la certitude inaltérable des sciences pures

Règles pour la direction de l'esprit
« On voit clairement pourquoi l'arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : c'est que seules elles traitent d'un objet assez pur et simple pour n'admettre absolument rien que l'expérience ait rendu incertain, et qu'elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par raisonnement. Elles sont donc les plus faciles et les plus claires de toutes, et leur objet est tel que nous le désirons, puisque, sauf par inattention, il semble impossible à l'homme d'y commettre des erreurs. Et cependant il ne faut pas s'étonner si spontanément beaucoup d'esprits s'appliquent plutôt à d'autres études ou à la philosophie : cela vient, en effet, de ce que chacun se donne plus hardiment la liberté d'affirmer des choses par divination dans une question obscure que dans une question évidente, et qu'il est bien plus facile de faire des conjectures sur une question quelconque que de parvenir à la vérité même sur une question, si facile qu'elle soit. De tout cela on doit conclure, non pas, en vérité, qu'il ne faut apprendre que l'arithmétique et la géométrie, mais seulement que ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s'occuper d'aucun objet, dont ils ne puissent avoir une certitude égale à celle des démonstrations de l'arithmétique et de la géométrie. »
Descartes, Règles pour la direction de l'esprit (1628)
Thèse principale : On voit clairement pourquoi l'arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : elles traitent d'un objet suffisamment pur et simple.

la différence entre l'homme et l'animal : le langage comme signe de la pensée

Lettre a? Morus
« De tous les arguments qui nous persuadent que les be?tes sont de?nue?es de pense?e, le principal, a? mon avis, est que bien que les unes soient plus parfaites que les autres dans une me?me espe?ce, tout de me?me (1) que chez les hommes, comme on peut voir chez les chevaux et chez les chiens, dont les uns apprennent beaucoup plus aise?ment que d’autres ce qu’on leur enseigne ; et bien que toutes nous signifient tre?s facilement leurs impulsions naturelles, telles que la cole?re, la crainte, la faim, ou autres e?tats semblables, par la voix ou par d’autres mouvements du corps, jamais cependant jusqu’a? ce jour on n’a pu observer qu’aucun animal en soit venu a? ce point de perfection d’user d’un ve?ritable langage, c’est-a?-dire d’exprimer soit par la voix, soit par les gestes quelque chose qui puisse se rapporter a? la seule pense?e et non a? l’impulsion naturelle. Ce langage est en effet le seul signe certain d’une pense?e latente (2) dans le corps ; tous les hommes en usent, me?me ceux qui sont stupides ou prive?s d’esprit, ceux auxquels manquent la langue et les organes de la voix, mais aucune be?te ne peut en user ; c’est pourquoi il est permis de prendre le langage pour la vraie diffe?rence entre les hommes et les be?tes. Les autres arguments qui retirent la pense?e aux be?tes, je les passe sous silence, pour e?tre bref. Je voudrais cependant indiquer que je parle de la pense?e, non de la vie ou de la sensibilite? : je ne refuse la vie a? aucun animal, car je crois qu’elle consiste dans la seule chaleur du cœur ; je ne lui refuse me?me pas la sensibilite?, dans la mesure ou? elle de?pend d’un organe corporel. »
Descartes, Lettre a? Morus (1649)
Thèse principale : Ce langage est en effet le seul signe certain d'une pensee latente dans le corps, tous les hommes en usent mais aucune be?te ne peut en user c'est pourquoi il est permis de prendre le langage pour la vraie diffe?rence entre les hommes et les be?tes.

la volonté de connaître et l'erreur des jugements

Principes de la philosophie
« […] Parce que nous savons que l’erreur de?pend de notre volonte?, et que personne n’a la volonte? de se tromper, on s’e?tonnera peut-e?tre qu’il y ait de l’erreur en nos jugements. Mais il faut remarquer qu’il y a bien de la diffe?rence entre vouloir e?tre trompe? et vouloir donner son consentement a? des opinions qui sont cause que nous nous trompons quelquefois. Car encore qu’il n’y ait personne qui veuille expresse?ment se me?prendre, il ne s’en trouve presque pas un qui ne veuille donner son consentement a? des choses qu’il ne connai?t pas distinctement : et me?me il arrive souvent que c’est le de?sir de connai?tre la ve?rite? qui fait que ceux qui ne savent pas l’ordre qu’il faut tenir pour la rechercher manquent de la trouver et se trompent, a? cause qu’il les incite a? pre?cipiter leurs jugements, et a? prendre des choses pour vraies, desquelles ils n’ont pas assez de connaissance. »
Descartes, Principes de la philosophie (1644)
Thèse principale : Si nous savons que notre erreur est due à notre volonté, et personne n'a envie de se tromper, il est surprenant qu'il y ait des erreurs dans nos jugements. Mais il faut remarquer que vouloir être trompé est différent de donner son consentement à des opinions qui nous font savoir que nous nous trompons parfois. Car même si personne ne veut se meprendre intentionnellement, presque personne n'a envie de donner son accord sur des choses qu'il ne connaît pas clairement : et même ça arrive souvent que c'est le désir de trouver la vérité qui fait que ceux qui ne savent pas dans quel ordre ils doivent chercher manquent de la trouver et se trompent, car il les incite à prendre des décisions rapides, et à croire vrai ce dont ils n'ont pas assez de connaissance.

la raison comme guide pour atteindre le bonheur

Lettres a? E?lisabeth
« […] Souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus de?sirables qu’elles ne sont ; puis, quand nous avons pris bien de la peine a? les acque?rir, et perdu cependant (1) l’occasion de posse?der d’autres biens plus ve?ritables, la jouissance nous en fait connai?tre les de?fauts, et de la? viennent les de?dains, les regrets et les repentirs. C’est pourquoi le vrai office ; (2) de la raison est d’examiner la juste valeur de tous les biens dont l’acquisition semble de?pendre en quelque fac?on de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d’employer tous nos soins a? ta?cher de nous procurer ceux qui sont, en effet, les plus de?sirables ; en quoi, si la fortune (3) s’oppose a? nos desseins, et les empe?che de re?ussir, nous aurons au moins la satisfaction de n’avoir rien perdu par notre faute, et ne laisserons pas de (4) jouir de toute la be?atitude naturelle dont l’acquisition aura e?te? en notre pouvoir. »
Descartes, Lettres a? E?lisabeth, 1er septembre 1645
Thèse principale : La passion nous fait croire à des choses qui sont inférieures qu'elles ne semblent être.

"l'ame et le corps : une réflexion sur la nature humaine"

La Description du corps humain et de toutes ses fonctions
« Parce que nous avons tous e?prouve?, de?s notre enfance, que plusieurs de ses mouvements (1) obe?issaient a? la volonte?, qui est une des puissances de l’a?me, cela nous a dispose?s a? croire que l’a?me est le principe de tous. A quoi aussi a beaucoup contribue? l’ignorance de l’Anatomie et des Me?caniques (2) : car, ne conside?rant rien que l’exte?rieur du corps humain, nous n’avons point imagine? qu’il eut en soi assez d’organes, ou de ressorts, pour se mouvoir de soi-me?me, en autant de diverses fac?ons que nous voyons qu’il se meut. Et cette erreur a e?te? confirme?e, de ce que nous avons juge? que les corps morts avaient les me?mes organes que les vivants, sans qu’il leur manqua?t autre chose que l’a?me, et que toutefois il n’y avait en eux aucun mouvement. Au lieu que lorsque nous ta?chons a? connai?tre plus distinctement notre nature, nous pouvons voir que notre a?me, en tant qu’elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu’elle pense, c’est-a?-dire qu’elle entend (3), qu’elle veut, qu’elle imagine, qu’elle se ressouvient, et qu’elle sent, parce que toutes ces fonctions sont des espe?ces de pense?e. Et que, puisque les autres fonctions que quelques-uns lui attribuent, comme de mouvoir le cœur et les arte?res, de dige?rer les viandes dans l’estomac, et semblables, qui ne contiennent en elles aucune pense?e, ne sont que des mouvements corporels, et qu’il est plus ordinaire qu’un corps soit mu? par un autre corps, que non pas qu’il soit mu? par une a?me, nous avons moins de raison de les attribuer a? elle qu’a? lui. »
Descartes, La Description du corps humain et de toutes ses fonctions
Thèse principale : Notre a?me, en tant qu'elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu'elle pense.

La conscience est la certitude première du cogito

La conscience
Majeure
Ce qui résiste au doute radical est certain
Mineure
La conscience de penser résiste au doute radical
Conclusion
Donc la conscience pensante est la première certitude

La nature est une machine mathématique

La nature
Majeure
Tout dans la nature obéit aux lois mécaniques
Mineure
Ces lois sont mathématiques
Conclusion
Donc la nature est mécanisme

La raison est universelle et méthodique

La raison
Majeure
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée
Mineure
Il doit être guidé par la méthode
Conclusion
Donc la raison est méthode universelle
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Assistant Philosophique
Bonjour, je suis l'assistant philosophique. Posez-moi vos questions sur Descartes, ses concepts ou sa philosophie.
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