Locke

Locke

1632;1704
Tabula rasa;Idées simples;Contrat social
John Locke, philosophe anglais, est un des premiers théoriciens de l'empirisme et a grandement influencé la philosophie politique avec son concept de contrat social.

Biographie

John Locke, philosophe anglais, est un des premiers théoriciens de l'empirisme et a grandement influencé la philosophie politique avec son concept de contrat social.

Courant philosophique

Épistémologie

Ce courant de pensée se caractérise par une approche spécifique des questions philosophiques fondamentales.

Approche philosophique

Empirisme

Contexte historique

Locke vit à une époque de troubles politiques en Angleterre, marquée par la guerre civile, la dictature de Cromwell, la Restauration des Stuart et la Glorieuse Révolution de 1688. Il est témoin des conflits entre le Parlement et la monarchie, et de la montée du puritanisme.

Il participe activement à la vie politique aux côtés du comte de Shaftesbury, s'opposant à l'absolutisme de Charles II. La révolution scientifique est en cours, avec les travaux de Galilée, Boyle, et Newton.
Le rationalisme cartésien gagne en influence dans les milieux intellectuels. Les théories du droit naturel et du contrat social se développent. Locke cherche à fonder une théorie politique qui garantisse les libertés individuelles face à l'absolutisme.
Il développe une philosophie empiriste, s'opposant à l'innéisme cartésien et à la scolastique. Son expérience de l'exil en Hollande renforce ses idées sur la tolérance religieuse. Il élabore une théorie du contrat social et des droits naturels qui influencera profondément la pensée libérale.
Sa réflexion sur l'entendement humain vise à établir les limites de la connaissance humaine.

Pour réussir au bac avec Locke

Pour mobiliser efficacement cet auteur dans vos dissertations :

  • Maîtrisez ses concepts clés et sa démarche philosophique
  • Mémorisez quelques citations pertinentes pour illustrer ses idées
  • Comprenez la cohérence globale de sa pensée et son évolution
  • Identifiez ses apports majeurs à l'histoire de la philosophie
  • Établissez des liens avec d'autres philosophes pour une approche comparative
L’homme porte en lui-même la justification principale de la propriété.
justice
Selon Locke, l”homme est naturellement doté de la propriété sur ses biens, car il les a créés ou acquittés par son travail. Cette notion de propriété est donc fondée sur le droit à la possession et au contrôle des biens qui procèdent directement de l”homme lui-même.

l'influence des sentiments sur les opinions

Essai sur la tolérance
liberté religion
« Si la force ne peut se rendre maîtresse des opinions des hommes, ni en implanter de nouvelles dans leurs cœurs, en revanche, la courtoisie, l'amitié et la douceur sont capables de ce genre d'effets ; beaucoup d'hommes, que leurs occupations et la paresse empêchent de se livrer à l'examen, n'adoptent leurs opinions que sur la foi d'autrui, même en matière de religion ; mais jamais ils ne consentent à les recevoir de gens dont ils ne sont pas assurés qu'ils sont savants, bienveillants et sincères ; or, ils ne sauraient prêter de telles qualités à quelqu'un qui les persécute. Quant à ceux qui cherchent, il est vrai qu'ils n'adhèrent pas à l'opinion d'un autre en raison des seules bonnes dispositions de celui-ci ; mais ils seront d'autant plus disposés à être convaincus et à chercher les raisons qui pourraient les persuader de partager l'opinion de quelqu'un qu'ils sont obligés de chérir. La force est un mauvais moyen pour faire que les dissidents reviennent de leurs opinions ; en revanche, lorsque vous les convainquez de partager votre propre opinion, vous les attachez solidement au char de l'État ; mais pour ceux qui demeurent fermes en leurs convictions, et qui continuent d'avoir des opinions différentes, la force ne réussira certainement pas à en faire pour vous des amis. »
Locke, Essai sur la tolérance
Thèse principale : La force ne peut pas convaincre les opposants à changer leurs opinions, mais plutôt la courtoisie et l'amitié peuvent ; des gens qui cherchent la vérité sont plus susceptibles d'être convaincus par ceux qu'ils chérissent. La force est un mauvais moyen pour faire que les dissidents reviennent de leurs opinions, mais elle ne peut pas réussir à en faire des amis.

la propriété de soi et du travail

Deuxième Traité du gouvernement civil
« Bien que la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent en commun à tous les hommes, chacun garde la propriété de sa propre personne. Sur celle-ci, nul n'a droit que lui-même. Le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains, pouvons-nous dire, sont vraiment à lui. Toutes les fois qu'il fait sortir un objet de l'état où la Nature l'a mis et l'a laissé, il y mêle son travail, il y joint quelque chose qui lui appartient et de ce fait, il se l'approprie. Cet objet, soustrait par lui à l'état commun dans lequel la Nature l'avait placé, se voit adjoindre par ce travail quelque chose qui exclut le droit commun des autres hommes. Sans aucun doute, ce travail appartient à l'ouvrier (1) ; nul autre que l'ouvrier ne saurait avoir de droit sur ce à quoi le travail s'attache, dès 1ors que ce qui reste suffit aux autres en quantité et en qualité. »
Locke, Deuxième Traité du gouvernement civil
Thèse principale : La terre et toutes les ressources appartiennent à tous, mais chacun a la propriété de sa propre personne et de son travail.

la loi, garante de la liberté individuelle

Traité du gouvernement civil
liberté justice
« Une loi, suivant sa véritable notion, n'est pas tant faite pour limiter, que pour faire agir un agent intelligent et libre conformément à ses propres intérêts : elle ne prescrit rien que par rapport au bien général de ceux qui y sont soumis. Peuvent-ils être plus heureux sans cette loi là ? Dès lors cette sorte de loi s'évanouit d'elle-même, comme une chose inutile ; et ce qui nous conduit dans des précipices et dans des abîmes, mérite sans doute d'être rejeté. Quoi qu'il en soit, il est certain que la fin d'une loi n'est point d'abolir ou de diminuer la liberté, mais de la conserver et de l'augmenter. Et certes, dans toutes les sortes d'états des êtres créés capables de lois, où il y a point de loi, il n'y a point non plus de liberté. Car la liberté consiste à être exempt de gêne et de violence, de la part d'autrui : ce qui ne saurait se trouver où il n'y a point de loi, et où il n'y a point, selon ce que nous avons dit ci-dessus, une liberté, par laquelle chacun peut faire ce qu'il lui plaît. Car qui peut être libre, lorsque l'humeur fâcheuse de quelque autre pourra dominer sur lui et le maîtriser ? Mais on jouit d'une véritable liberté, quand on peut disposer librement, et comme on veut, de sa personne, de ses actions, de ses possessions, de tout son bien propre, suivant les lois sous lesquelles on vit, et qui font qu'on n'est point sujet à la volonté arbitraire des autres, mais qu'on peut librement suivre la sienne propre. »
Locke, Traité du gouvernement civil
Thèse principale : Une loi est faite pour faire agir un agent intelligent et libre conformément à ses propres intérêts.

l'appropriation par le travail des biens communs

Traité du gouvernement civil
« Un homme qui se nourrit de glands qu'il ramasse sous un chêne, ou de pommes qu'il cueille sur des arbres, dans un bois, se les approprie certainement par-là. On ne saurait contester que ce dont il se nourrit, en cette occasion, ne lui appartienne légitimement. Je demande donc : Quand est-ce que ces choses qu'il mange commencent à lui appartenir en propre ? Lorsqu'il les digère, ou lorsqu'il les mange, ou lorsqu'il les cuit, ou lorsqu'il les porte chez lui, ou lorsqu'il les cueille ? Il est visible qu'il n'y a rien qui puisse les rendre siennes, que le soin et la peine qu'il prend de les cueillir et de les amasser. Son travail distingue et sépare alors ces fruits des autres biens qui sont communs ; il y ajoute quelque chose de plus que la nature, la mère commune de tous, n'y a mis ; et, par ce moyen, ils deviennent son bien particulier. Dira-t-on qu'il n'a point un droit de cette sorte sur ces glands et sur ces pommes qu'il s'est appropriés, à cause qu'il n'a pas là-dessus le consentement de tous les hommes ? Dira-t-on que c'est un vol, de prendre pour soi, et de s'attribuer uniquement, ce qui appartient à tous en commun ? Si un tel consentement était nécessaire, la personne dont il s'agit, aurait pu mourir de faim, nonobstant (1) l'abondance au milieu de laquelle Dieu l'a mise. Nous voyons que dans les communautés qui ont été formées par accord et par traité, ce qui est laissé en commun serait entièrement inutile, si on ne pouvait en prendre et s'en approprier quelque partie et par quelque voie. Il est certain qu'en ces circonstances on n'a point besoin du consentement de tous les membres de la société. Ainsi, l'herbe que mon cheval mange, les mottes de terre que mon valet a arrachées, et les creux que j'ai faits dans des lieux auxquels j'ai un droit commun avec d'autres, deviennent mon bien et mon héritage propre, sans le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui est mien, mettant ces choses hors de l'état commun où elles étaient, les a fixées et me les a appropriées. »
Locke, Traité du gouvernement civil
Thèse principale : Le travail permet à l'homme de s'attribuer des biens en propre, même sans le consentement de tous les autres.

le devoir du magistrat envers la société

Essai sur la tolérance
devoir état
« Le magistrat n'a pas à se soucier du bien des âmes, ni de leurs affaires dans l'autre monde. Si on l'institue, et si on lui confie le pouvoir, c'est seulement pour que les hommes puissent vivre en paix et en sécurité en société les uns avec les autres. En outre, il est évident que si le magistrat ordonne la pratique des vertus, ce n'est pas parce qu'elles sont vertueuses et qu'elles obligent en conscience, ni parce qu'elles sont des devoirs que l'homme doit à Dieu, ni parce qu'elles sont la voie qu'il faut suivre pour obtenir sa grâce et sa faveur, mais seulement parce qu'elles sont avantageuses à l'homme dans ses rapports avec ses semblables, et parce que la plupart d'entre elles sont des liens et des nœuds fort solides pour la société, et qu'on ne saurait les relâcher sans ruiner tout l'édifice. Pour d'autres actions, qui n'ont pas une telle influence sur l'État, il peut bien s'agir de vices que l'on reconnaît pour tels à l'égard des autres - comme la convoitise, la désobéissance aux parents, l'ingratitude, la méchanceté, le désir de revanche et bien d'autres encore - mais le magistrat ne tire jamais le glaive pour les combattre. »
Locke, Essai sur la tolérance
Thèse principale : Le magistrat n'a pas à se soucier du bien des âmes.

la raison comme guide du bonheur

Essai sur l'entendement humain
« L'inclination, la tendance au bonheur de leur nature est pour les hommes une obligation et une raison de prendre soin de ne pas se tromper de bonheur ni de le manquer ; elles les engagent donc nécessairement à la circonspection, à la délibération et à la prudence dans la conduite des actions particulières qui sont les moyens d'obtenir ce bonheur. Quelle que soit la nécessité déterminant à la poursuite du bonheur authentique, la même nécessité, dotée de la même force, établit la suspension, la délibération et la circonspection envers tout désir qui se présente : le satisfaire, n'est-ce pas interférer avec notre vrai bonheur et nous en détourner ? Ceci me semble être le grand privilège des êtres raisonnables ; et je voudrais qu'on se demande sérieusement si la source et la mise en œuvre majeures de toute la liberté qu'ont les hommes, qu'ils peuvent acquérir, ou qui peut leur être utile, et dont dépend la tournure de leurs actions, ne résident pas en ce qu'ils peuvent suspendre leurs désirs, et les empêcher de déterminer leur volonté à une action jusqu'à ce qu'ils aient soigneusement et correctement examiné le bien et le mal, autant que l'exige l'importance de la chose. Ceci, nous sommes capables de le faire ; et quand nous l'avons fait, nous avons fait notre devoir, tout ce qui est en notre pouvoir, et tout ce qui est effectivement nécessaire. »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : L'inclination naturelle des hommes vers le bonheur est une obligation et une raison.

la vérité pratique : un principe universellement accepté ?

Essai sur l'entendement humain
justice vérité
« Quant à savoir s'il existe le moindre principe moral qui fasse l'accord de tous, j'en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l'histoire de l'humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique (1) universellement acceptée sans doute ni problème aucuns, comme devrait l'être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l'accord du plus grand nombre ; c'est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l'abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux. Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des Lois de Nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique (1). La Justice et la Vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l'équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble, mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu'ils acceptent et reconnaissent ? »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : La justice et la vérité sont des liens universellement acceptés.

l'appropriation par le travail : la naissance de la propriété

Second Traité du gouvernement civil
« Celui qui se nourrit des glands qu'il a ramassés sous un chêne, ou des pommes qu'il a cueillies aux arbres d'un bois, se les est certainement appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc : quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu'il les a digérées, ou lorsqu'il les a mangées, ou lorsqu'il les a fait bouillir, ou lorsqu'il les a rapportées chez lui, ou lorsqu'il les a ramassées ? Il est clair que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas rendues siennes, rien d'autre ne le pourrait. Ce travail a établi une distinction entre ces choses et ce qui est commun ; il leur a ajouté quelque chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par là, ils sont devenus sa propriété privée. Quelqu'un dira-t-il qu'il n'avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes qu'il s'est appropriés de la sorte, parce qu'il n'avait pas le consentement de toute l'humanité pour les faire siens ? était-ce un vol, de prendre ainsi pour soi ce qui appartenait à tous en commun ? si un consentement de ce genre avait été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l'abondance des choses […]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par convention, c'est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de l'arracher à l'état où la laisse la nature qui est au commencement de la propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu'on se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous. Ainsi, l'herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu'a coupée mon serviteur et le minerai que j'ai déterré, dans tous les lieux où j'y ai un droit en commun avec d'autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d'arracher ces choses de l'état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma propriété. »
Locke, Second Traité du gouvernement civil
Thèse principale : Le travail, qui était le mien, a fixé ma propriété.

la liberté comme pouvoir d'agir selon sa volonté

Essai sur l'entendement humain
liberté liberté
« L'idée de liberté est l'idée du pouvoir qu'a un agent de faire une action particulière ou de s'en abstenir, selon la détermination ou la pensée de l'esprit qui préfère {'un plutôt que l'autre. Là où l'agent n'a pas le pouvoir de produire l'un des deux selon sa volition (1), là il n'a pas la liberté ; cet agent est soumis à la nécessité. Mais il peut y avoir pensée, il peut y avoir volonté, il peut y avoir volition, là où il n'y a pas de liberté ; ce que l'examen rapide d'un ou deux exemples évidents peut rendre clair. Une balle de tennis, envoyée par une raquette ou immobile à terre, n'est considérée par personne comme un agent libre. Si l'on en cherche la raison, on verra que c'est parce qu'on ne conçoit pas qu'une balle de tennis pense et qu'elle n'a par conséquent aucune volition ni préférence pour le mouvement plutôt que pour le repos ou vice versa ; elle n'a donc pas de liberté, elle n'est pas un agent libre ; au contraire, ses mouvements comme son repos tombent sous l'idée de nécessaire et en portent le nom. De même, un homme qui tombe dans l'eau parce qu'un pont cède sous ses pas n'a pas de ce fait de liberté, il n'est pas un agent libre ; car, malgré sa volition, malgré sa préférence (ne pas tomber plutôt que tomber), s'abstenir de ce mouvement n'est pas en son pouvoir et l'arrêt ou la cessation de ce mouvement ne suivent pas de sa volition ; sur ce point, il n'est donc pas libre. »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : Un agent libre a le pouvoir de faire une action particulière ou s'en abstenir suivant sa détermination.

les différentes formes de liberté selon locke

Second Traité du gouvernement
« La liberté naturelle de l'homme, c'est d'être exempt de toute sujétion envers un pouvoir supérieur sur la terre, et de ne pas être soumis à l'autorité législative de l'homme, mais de n'avoir pour règle que la loi de nature. La liberté de l'homme dans la société, c'est de n'être soumis à aucun autre pouvoir législatif que celui qui a été établi dans la République par consentement ; de n'être assujetti à aucune domination, à aucune volonté, ni à aucune loi hormis celle qu'édicte le pouvoir législatif, conformément à la mission qui lui a été confiée. La liberté n'est donc pas […] une liberté pour tout un chacun de faire tout ce qui lui plaît, de vivre comme il l'entend, et de n'être lié par aucune loi. Mais la liberté des hommes soumis à un gouvernement, c'est d'avoir une règle stable à laquelle se conformer, qui soit commune à tous les membres de cette société, et créée par le pouvoir législatif qui y a été établi ; une liberté de suivre ma propre volonté dans toutes les choses où la règle ne prescrit rien ; de n'être pas assujetti à la volonté inconstante, incertaine et arbitraire d'un autre homme. Tout comme la liberté de nature consiste à n'être soumis à aucune autre contrainte que celle de la loi de nature. »
Locke, Second Traité du gouvernement
Thèse principale : La liberté naturelle, c'est de ne pas être soumis à l'autorité législative de l'homme.

la relativité des principes moraux

Essai sur l'entendement humain
justice vérité
« Quant à savoir s'il existe le moindre principe moral qui fasse l'accord de tous, j'en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l'histoire de l'humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l'être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l'accord du plus grand nombre ; c'est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l'abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux. Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique. La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l'équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu'ils acceptent et reconnaissent ? »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : La justice et la vérité sont des liens sociaux élémentaires.

la loi comme garante de la liberté individuelle

liberté justice
« La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu'à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S'ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s'évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n'est pas d'abolir ou de restreindre mais de préserver et d'élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d'après des lois, là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu'il n'y a point de loi ; mais la liberté n'est pas ce que l'on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n'importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c'est une liberté de disposer et d'ordonner comme on l'entend sa personne, ses actions, ses biens et l'ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. »
Locke
Thèse principale : La liberté est la capacité de vivre d'après des lois et les lois sont là pour préserver et élargir la liberté. La liberté consiste à être libre de la contrainte et de la violence exercées par autrui, c'est une liberté de disposer de soi dans les limites permises par les lois.

la recherche de sécurité dans la société

Traité du gouvernement civil
liberté état
« Si l'homme, dans l'état de nature, est aussi libre que j'ai dit, s'il est le seigneur absolu de sa personne et de ses possessions, égal au plus grand et sujet à personne ; pourquoi se dépouille-t-il de sa liberté et de cet empire, pourquoi se soumet-il à la domination et à l'inspection de quelque autre pouvoir ? Il est aisé de répondre, qu'encore que, dans l'état de nature, l'homme ait un droit, tel que nous avons posé, la jouissance de ce droit est pourtant fort incertaine et exposée sans cesse à l'invasion d'autrui. Car, tous les hommes étant Rois, tous étant égaux et la plupart peu exacts observateurs de l'équité et de la justice, la jouissance d'un bien propre, dans cet état, est mal assurée, et ne peut guère être tranquille. C'est ce qui oblige les hommes de quitter cette condition, laquelle, quelque libre qu'elle soit, est pleine de crainte, et exposée à de continuels dangers, et cela fait voir que ce n'est pas sans raison qu'ils recherchent la société, et qu'ils souhaitent de se joindre avec d'autres qui sont déjà unis ou qui ont dessein de s'unir et de composer un corps, pour la conservation mutuelle de leurs vies, de leurs libertés et de leurs biens ; choses que j'appelle, d'un nom général, propriétés. C'est pourquoi, la plus grande et la principale fin que se proposent les hommes, lorsqu'ils s'unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement, c'est de conserver leurs propriétés, pour la conservation desquelles bien des choses manquent dans l'état de nature. »
Locke, Traité du gouvernement civil
Thèse principale : Si l'homme se dépouille de sa liberté, c'est pour assurer la sécurité de ses biens.

la conscience comme fondement de l'identité personnelle

Essai sur l'entendement humain
conscience état
« Il est difficile de concevoir qu'une chose pense sans en être consciente. Si vraiment l'âme d'un homme qui dort pense sans qu'il en soit conscient, je pose la question : ressent-elle plaisir ou douleur, est-elle capable de bonheur ou de malheur pendant qu'elle pense ainsi ? Je suis sûr que l'homme ne le peut pas, pas plus que le lit ou le sol sur lequel il repose. Car être heureux ou malheureux sans en être conscient me paraît totalement contradictoire et impossible. Ou s'il était possible que l'âme ait, dans un corps endormi, des pensées, des joies, des soucis, des plaisirs et des peines séparés dont l'homme ne serait pas conscient, qu'il ne partagerait pas, il serait alors certain que Socrate endormi et Socrate éveillé ne seraient pas la même personne : son âme quand il dort, et l'homme Socrate pris corps et âme quand il est éveillé, seraient deux personnes distinctes. En effet, Socrate éveillé n'a aucune connaissance ni aucun souci de ce bonheur ou de ce malheur que son âme seule éprouve, de son côté, tandis qu'il dort sans rien en percevoir ; il n'en aurait pas plus qu'à l'égard du bonheur ou du malheur d'un homme des Indes qu'il ne connaîtrait pas. Car si nous ôtons toute conscience de nos actions et de nos sensations, en particulier du plaisir et de la douleur, et du souci qui les accompagnent, il sera difficile de savoir où placer l'identité personnelle. »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : Si vraiment l'âme d'un homme qui dort pense sans qu'il en soit conscient, je pose la question : ressent-elle plaisir ou douleur ? Je suis sûr que l'homme ne le peut pas. Car être heureux ou malheureux sans en être conscient me paraît totalement contradictoire et impossible.

l'exercice du pouvoir dans les limites de la loi

Traité du gouvernement civil
état justice
« Dans tous les États, le pouvoir de ceux qui gouvernent doit être exercé selon des lois publiées et reçues, non par des arrêts faits sur-le-champ, et par des résolutions arbitraires : car autrement, on se trouverait dans un plus triste et plus dangereux état que n'est l'état de nature, si l'on avait armé du pouvoir réuni de toute une multitude, une personne, ou un certain nombre de personnes, afin qu'elles se fissent obéir selon leur plaisir, sans garder aucunes bornes, et conformément aux décrets arbitraires de la première pensée qui leur viendrait, sans avoir jusqu'alors donné à connaître leur volonté, ni observé aucunes règles qui pussent justifier leurs actions. Tout le pouvoir d'un gouvernement n'étant établi que pour le bien de la société, comme il ne saurait, par cette raison, être arbitraire et être exercé suivant le bon plaisir, aussi doit-il être exercé suivant les lois établies et connues ; en sorte que le peuple puisse connaître son devoir, et être en sûreté à l'ombre de ces lois ; et qu'en même temps les gouverneurs se tiennent dans de justes bornes, et ne soient point tentés d'employer le pouvoir qu'ils ont entre les mains, pour suivre leurs passions et leurs intérêts, pour faire des choses inconnues et désavantageuses à la société politique, et qu'elle n'aurait garde d'approuver. »
Locke, Traité du gouvernement civil
Thèse principale : Dans tous les États, le pouvoir des gouvernants doit être exercé selon des lois publiées et reçues.

le pouvoir des mots : la communication des pensées

Essai sur l'entendement humain
« L'homme a des pensées fort diverses et d'autres pourraient comme lui en tirer plaisir et profit ; mais toutes demeurent en son sein, invisibles et cachées aux autres et ne peuvent d'elles-mêmes devenir manifestes. Les avantages et les bénéfices de la vie sociale sont inaccessibles sans communication des pensées ; aussi a-t-il fallu que l'homme trouve des signes sensibles externes permettant de faire connaître aux autres les idées invisibles dont sont constituées ses pensées. A cette fin rien n'est plus adapté, par leur fécondité aussi bien que leur brièveté, que les sons articulés que l'homme s'est trouvé capable de créer avec tant de facilité et de variété. Ainsi, peut-on penser, est-il arrivé que les mots, naturellement si bien adaptés à leur but, ont été utilisés par les hommes comme signes de leurs idées : non par la liaison naturelle qui existerait entre des sons articulés particuliers et certaines idées (il n'y aurait alors qu'une seule langue par toute l'humanité), mais par l'institution volontaire qui fait qu'un mot devient arbitrairement la marque de telle idée. L'utilité des mots est donc d'être la marque sensible des idées, et les idées dont ils tiennent lieu sont leur signification propre et immédiate. »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : L'homme peut communiquer ses pensées grâce à des mots qui servent de signes externes et visibles : c'est la marque sensible des idées, leur signification immédiate.

la perception de la durée à travers la succession des idées

Essai sur l'entendement humain
« Les notions de succession et de durée ont pour origine une réflexion sur l'enchaînement des idées que l'on voit apparaître l'une après l'autre dans l'esprit ; cela me paraît évident : on n'a en effet aucune perception de la durée, sauf si l'on considère l'enchaînement des idées qui se succèdent dans l'entendement. Quand cette succession d'idées cesse, la perception de la durée cesse avec elle ; chacun l'expérimente en lui quand il dort profondément, que ce soit une heure ou un jour, un mois ou une année ; il n'a aucune perception de cette durée des choses tant qu'il dort ou ne pense pas : elle est totalement perdue pour lui. Entre le moment où il arrête de penser et celui où il recommence, il lui semble ne pas y avoir de distance. Il en serait de même pour une personne éveillée, je n'en doute pas, s'il lui était possible de garder une seule idée à l'esprit, sans changement ni variation ; quelqu'un qui fixe attentivement ses pensées sur une chose et remarque très peu la succession des idées qui passent en son esprit, laissera passer sans la remarquer une bonne partie de la durée : tant qu'il sera pris par cette contemplation stricte, il croira que le temps est plus court. […] Il est donc pour moi très clair que les hommes dérivent leurs idées de la durée de leur réflexion sur l'enchaînement des idées dont ils observent la succession dans leur entendement ; sans cette observation, ils ne peuvent avoir aucune notion de durée, quoi qu'il arrive dans le monde. »
Locke, Essai sur l'entendement humain
Thèse principale : Les notions de succession et de durée ont pour origine une réflexion sur l'enchaînement des idées qui se succèdent dans l'entendement.

la liberté et les lois : une relation indissociable

liberté justice
« Il est certain que la fin d'une loi n'est pas d'abolir ou de restreindre la liberté mais de la préserver et de l'augmenter. Ainsi, partout où vivent des êtres créés capables de lois, là où il n'y a pas de lois il n'y a pas non plus de liberté. Car la liberté consiste à n'être pas exposé à la contrainte et à la violence des autres ; ce qui ne peut se trouver là où il n'y a pas de loi. La liberté n'est toutefois pas, comme on le prétend, le loisir pour tout homme de faire ce qui lui plaît - qui, en effet, serait libre là où n'importe quel autre, d'humeur méchante (1), pourrait le soumettre ? - mais le loisir de conduire et de disposer comme il l'entend de sa personne, de ses biens, et de tout ce qui lui appartient, suivant les lois sous lesquelles il vit ; et par là, de n'être pas sujet à la volonté arbitraire d'un autre mais de suivre librement la sienne propre. »
Locke
Thèse principale : Il est essentiel que la fin d'une loi soit de préserver et d'augmenter la liberté. L'absence de lois signifie l'absence de liberté, car les lois protègent contre la violence et la contrainte. La liberté n'est pas le libre arbitre mais plutôt la possibilité de prendre des décisions sans être soumis à la volonté d'un autre.

Lettre sur la tolérance
« Quant à l'efficacité de la force et de la rigueur pour modifier les opinions des hommes, l'histoire est remplie d'exemples de leur essai ; mais à peine trouvera-t-on un cas où une opinion ait été éradiquée par les persécutions, sauf là où la violence qui s'est exercée à son encontre s'est employée en même temps à exterminer tous ceux qui la professaient. Je désire seulement que chacun consulte son propre cœur et qu'il en fasse l'expérience : la violence peut-elle contraindre les opinions ? Les arguments eux-mêmes, lorsqu'ils sont poussés avec trop de chaleur, ne nous rendent-ils pas encore plus obstinés dans nos opinions ? Les hommes sont en effet fort soucieux de préserver la liberté de cette partie d'eux-mêmes en quoi réside leur dignité d'hommes et qui, si on pouvait la contraindre, ferait d'eux des créatures très peu différentes des bêtes brutes. Je pose la question à ceux qui, récemment, ont eux-mêmes résisté avec constance à l'emploi d'une force qui s'est révélée sans efficacité, et qui ont montré à quel point elle était incapable de l'emporter sur leurs opinions, alors qu'ils s'empressent aujourd'hui de l'exercer sur les autres : toute la rigueur du monde pouvait-elle les rapprocher d'un seul pas d'une adhésion intime et sincère aux opinions qui prédominaient alors ? Et qu'ils ne viennent pas me dire que c'est parce qu'ils étaient assurés d'être dans le vrai car, dans ce qu'il croit, tout homme est persuadé qu'il a raison. »
Locke, Lettre sur la tolérance
Thèse principale : La violence ne peut pas contraindre les opinions des hommes.

la liberté et le pouvoir de choisir

liberté liberté
« Supposez un homme transporté pendant son sommeil dans une chambre où se trouve une personne qu'il est impatient de voir et qu'il y soit enfermé de sorte qu'il soit hors de son pouvoir de sortir ; il se réveille, il est heureux de se trouver en compagnie si désirée et il demeure volontairement là, c'est-à-dire il préfère rester plutôt que s'en aller. Ma question : n'est-ce pas rester volontairement ? Je pense que personne n'en doutera ; et pourtant, étant enfermé, il n'a évidemment pas la liberté de ne pas rester, il n'a aucune liberté de sortir. Ainsi, la liberté n'est pas une idée attachée à la volition (1) ou à la préférence, mais à la personne qui a le pouvoir de faire ou d'éviter de faire selon que l'esprit choisira ou ordonnera. Notre idée de liberté a la même extension que ce pouvoir et pas plus. Car là où une limite vient s'opposer à ce pouvoir, là où une contrainte ôte l'indifférence ou la capacité d'agir en l'un ou l'autre sens, la liberté disparaît aussitôt et avec elle la notion que l'on en a. »
Locke
Thèse principale : L'homme préfère rester qu'en s'en aller à cause de la contrainte. thèse

l'influence des principes enseignés dans l'enfance sur notre perception de la vérité

Essai sur l'entendement humain
conscience religion
« Ceux qui veillent (comme ils disent) à donner de bons principes aux enfants (bien peu sont démunis d'un lot de principes pour enfants auxquels ils accordent foi), distillent (1) dans l'entendement jusque là sans prévention (2) ni préjugés ces doctrines qu'ils voudraient voir mémorisées et appliquées (n'importe quel caractère se marque sur du papier blanc) : elles sont enseignées aùssitôt que l'enfant commence à percevoir et, quand il grandit, on les renforce par la répétition publique ou par l'accord tacite (3) du voisinage ; ou au moins par l'accord de ceux dont l'enfant estime la sagesse, la connaissance et la piété et qui n'acceptent que l'on mentionne ces principes autrement que comme la base et le fondement sur lesquels bâtir leur religion et leurs mœurs : ainsi ces doctrines acquièrent-elles la réputation de vérités innées, indubitables et évidentes par elles-mêmes. On peut ajouter que, lorsque des gens éduqués ainsi grandissent et reviennent sur ce qu'ils pensent, ils n'y peuvent rien trouver de plus ancien que ces opinions qu'on leur a enseignées avant que la mémoire ait commencé à tenir le registre de leurs actes ou des dates d'apparition des nouveautés ; ils n'ont dès lors aucun scrupule à conclure que ces propositions dont la connaissance n'a aucune origine perceptible en eux ont été certainement imprimées sur leur esprit par Dieu ou la Nature et non enseignées par qui que ce soit. Ils conservent ces propositions et s'y soumettent avec vénération, comme beaucoup se soumettent à leurs parents non pas parce que c'est naturel (dans les pays où ils ne sont pas formés ainsi, les enfants n'agissent pas ainsi) mais parce qu'ils pensent que c'est naturel ; ils ont en effet toujours été éduqués ainsi et n'ont pas le moindre souvenir des débuts de ce respect. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1689)
Thèse principale : Nous enseignons les principes aux enfants qui grandissent et répètent ces doctrines, renforçant ainsi leur connaissance.

l'identité personnelle et la conscience

Essai philosophique concernant l'entendement humain
conscience justice
« Quoi que ce soit qui fasse un homme aux yeux de certains hommes, et par conséquent l'identité d'un individu humain, sur quoi peut-être peu seront d'accord, nous ne pourrons situer l'identité personnelle nulle part ailleurs que dans la conscience (qui est la seule chose qui fait ce que nous appelons soi) sans nous trouver embarqués dans de grandes absurdités. Mais un homme saoul et un homme dessaoulé ne sont-ils pas la même personne ? Sinon, pourquoi un homme est-il puni pour ce qu'il a commis quand il était saoul, même s'il n'en a plus eu conscience ensuite ? C'est la même personne dans l'exacte mesure où un homme qui marche et fait d'autres choses encore pendant son sommeil est la même personne, et est responsable de tout dommage causé alors. Dans les deux cas, les lois humaines punissent selon une justice qui dépend de ce qu'elles peuvent connaître : ne pouvant dans des cas de ce genre distinguer avec certitude ce qui est vrai et ce qui est feint, elles ne peuvent admettre comme défense valable l'ignorance due à l'ivresse ou au sommeil. Car bien que le châtiment soit attaché à la personnalité, et la personnalité à la conscience, et que peut-être l'ivrogne n'ait pas conscience de ce qu'il a fait, les tribunaux humains cependant le punissent à bon droit, parce que contre lui il y a la preuve du fait, tandis qu'en sa faveur il ne peut y avoir la preuve du manque de conscience. »
Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain (1690)
Thèse principale : L'identité personnelle se situe dans la conscience, qui est la seule chose qui fait ce que nous appelons soi.

la liberté de suspendre nos désirs pour éviter les erreurs

Essai philosophique concernant l'entendement humain
liberté liberté
« Puisqu'un grand nombre de malaises constamment nous pressent et tentent de déterminer la volonté, il est naturel que le malaise le plus grand et le plus fort détermine la volonté à l'action prochaine. Il y réussit en général, mais pas toujours ; car la plupart du temps, l'expérience le montre, l'esprit a le pouvoir de suspendre (1) l'exécution et la satisfaction de n'importe quel désir et donc de chacun à son tour ; il a ainsi la liberté d'en étudier l'objet, de les examiner sous toutes leurs faces, de les comparer à d'autres. C'est là que réside la liberté de l'homme ; et c'est du mauvais usage de cette liberté que provient cette grande diversité d'erreurs, d'égarements, de fautes où l'on se précipite en passant sa vie à la recherche du bonheur, dès que l'on brusque la décision de la volonté et que l'on s'engage trop vite, sans examen nécessaire. Pour l'éviter, on a le pouvoir de suspendre l'exécution de tel ou tel désir, comme tout un chacun peut quotidiennement l'expérimenter en lui. Ceci me semble être la source de toute liberté, et ce en quoi parait consister ce que l'on appelle (à tort, à mon sens) volonté libre. Car pendant cette suspension de tout désir, avant que la volonté ne soit déterminée à l'action, avant que l'action (qui suit cette détermination) ne soit posée, on a la possibilité d'examiner, de considérer, de juger le bien ou le mal de ce qu'on va faire. »
Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain (1690)
Thèse principale : Le grand malaise détermine la volonté à l'action prochaine, mais elle peut être suspendue pour être étudiée.

la relativité du bonheur

Essai sur l'entendement humain
bonheur raison
« Les esprits aussi bien que les palais diffèrent dans leur goût ; et vous chercherez avec autant d'efficacité à faire aimer par tous les hommes les richesses et la gloire (où certains mettent pourtant leur bonheur), que vous ne comblerez la faim de tous avec du fromage ou du homard : bien que ce soient pour certains des mets fort agréables et délicieux, ils sont pour d'autres repoussants et écœurants ; beaucoup préféreraient avec raison les protestations d'un ventre affamé à ces plats qui pour d'autres sont des festins. De là vient, je pense, que les anciens philosophes ont en vain cherché si le souverain bien (1) était constitué par les richesses, par les plaisirs physiques, par la vertu ou par la contemplation ; il aurait été aussi raisonnable de discuter sur le fruit (la pomme, la prune ou la noix) dont la saveur est la meilleure et de se diviser en clans d'après ce critère. Car de même que les goûts agréables ne dépendent pas des choses mêmes mais de leur convenance à tel ou tel palais particulier (ce qui peut varier considérablement), de même le plus grand bonheur consiste dans la jouissance de ces choses qui produisent le plus grand plaisir, et dans l'absence de celles qui produisent du trouble ou de la douleur ; et pour des personnes différentes, ce sont des choses très différentes. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1690)
Thèse principale : Les goûts diffèrent considérablement.

résistance aux vérités : les esprits terre à terre face à la persuasion

Essai sur l'entendement humain
« Les esprits terre à terre, comme des murs de boue, résistent à l'artillerie la plus puissante et, bien que la force d'un argument puisse parfois faire impression, ils demeurent fermes malgré tout, ils résistent à l'ennemi (la vérité) qui voudrait s'emparer d'eux et les inquiéter. Dites à un homme passionnément amoureux qu'il est trompé, convoquez vingt témoins de l'infidélité de sa maîtresse : je parie à dix contre un que trois mots doux de sa part invalideront leurs témoignages. Ce qui correspond à nos vœux est volontiers cru, c'est je suppose ce que chacun a plus d'une fois expérimenté et, quoique les gens ne puissent pas toujours contredire la force de probabilités manifestes qui s'opposent à eux ou leur résister ouvertement, ils ne se rendent néanmoins pas à l'argument. Non pas que ce ne soit pas la nature de l'entendement (1) que de coller raisonnablement au côté le plus probable, mais l'homme a le pouvoir de suspendre et de restreindre ses recherches et de ne pas autoriser un examen aussi complet et satisfaisant que ne le permettrait et le supporterait la question. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1689)
Thèse principale : « L'esprit résiste au contraire à l'argument et à la vérité même. »

la liberté de l'esprit : entre choix et contraintes

Essai sur l'entendement humain
liberté conscience
« Il en est des pensées de l'esprit comme des mouvements du corps : quand on a le pouvoir de penser à une chose ou de l'ignorer selon ce que préfère l'esprit, alors on dispose de liberté. Un homme éveillé a nécessairement une idée constamment présente à l'esprit : il ne dispose pas de la liberté de penser ou de ne pas penser, pas plus que de la liberté de toucher ou non un autre corps avec le sien. Par contre, porter son attention d'une idée à l'autre relève souvent de son choix ; donc sa liberté à l'égard de ses idées est aussi grande que celle à l'égard des corps qui le soutiennent : il peut se déplacer à loisir de l'une à l'autre. Il y a cependant pour l'esprit quelques idées, comme pour le corps quelques mouvements, qui ne peuvent en certaines circonstances être évitées ni chassées, même à grand peine. Soumis à la torture, un homme n'a pas la liberté de se défaire de l'idée de douleur ni de se divertir par d'autres considérations ; et parfois une passion violente bouleverse nos pensées comme un ouragan nos corps, sans nous laisser la liberté de penser à d'autres choses que nous préférerions. Mais dès que l'esprit retrouve le pouvoir d'arrêter ou de continuer, de commencer ou d'éviter un mouvement extérieur du corps ou un mouvement intérieur des pensées, selon qu'il juge à propos de préférer l'un à l'autre, alors nous considérons à nouveau l'homme comme un agent libre. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1689)
Thèse principale : Il est libre pour notre esprit de se déplacer d'une idée à une autre.

la subjectivité du langage

Essai sur l'entendement humain
« Les mots [italiques], par l'usage courant et répété qui en est fait, en viennent […] à susciter certaines idées avec une telle régularité et une telle facilité que les gens ont tendance à supposer entre mot et idée une liaison naturelle. Mais les mots ne signifient [ital.] que les idées particulières des gens, et cela par une institution tout à fait arbitraire [“cela par une institution tout à fait arbitraire” en italiques], ce que met en évidence le fait que souvent ces mots ne peuvent provoquer chez d'autres (même s'ils parlent la même langue) les idées dont ils sont censés être signes. Tout homme a la liberté inviolable de donner aux mots la signification qu'il veut au point que personne n'a le pouvoir de faire que les autres qui utilisent les mêmes mots aient dans l'esprit les mêmes idées que lui. Ainsi, même le grand Auguste (1), ayant acquis le pouvoir de commander au monde, reconnaissait-il qu'il ne pouvait créer un nouveau mot latin, ce qui revenait à dire qu'il ne pouvait arbitrairement définir quelle idée serait signifiée par un signe dans la bouche et dans le langage commun de ses sujets. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1689)
Thèse principale : Les mots ne sont liés à des idées qu'arbitrairement et différents individus peuvent donner leur propre signification.

Essai sur l’entendement humain
« On ne peut, a? mon sens, proposer une re?gle morale sans reconnai?tre a? chacun le droit d’en demander la raison, ce qui serait parfaitement ridicule et absurde si ces principes e?taient inne?s, ou au moins e?vidents ; tout principe inne? doit en effet e?tre ne?cessairement e?vident, il ne doit exiger aucune preuve pour authentifier sa ve?rite?, ni avoir besoin d’un motif pour emporter la conviction. Qui demanderait ou chercherait des raisons pour lesquelles Il est impossible pour la me?me chose d’e?tre et de ne pas e?tre serait de?nue? de bon sens, pense-t-on ; ce principe porte en lui sa propre lumie?re, sa propre e?vidence et n’a besoin d’aucune autre preuve : en comprendre les termes c’est l’accepter pour lui-me?me, et rien d’autre ne pourra jamais le convaincre de le faire. Si, en revanche, quelqu’un n’ayant jamais entendu auparavant la re?gle la moins conteste?e de la morale, le fondement de toute vertu sociale, dont il peut comprendre pourtant le sens : Fais a? autrui ce que tu voudrais qu’on te fasse, ne pourrait-il pas sans absurdite? en demander la raison ? Et celui qui la propose ne serait-il pas oblige? de lui en montrer la ve?rite? et la sagesse ? Et ceci manifeste que ce principe n’est pas inne? ; car s’il l’e?tait, il n’aurait pas besoin de preuve, on ne pourrait lui en donner et on devrait au contraire le reconnai?tre et lui donner son assentiment (au moins de?s qu’on l’entend et le comprend), comme une ve?rite? assure?e et absolument indubitable. Ainsi, la ve?rite? de toutes ces re?gles morales de?pend d’une autre ve?rite? ante?rieure dont on doit la de?duire, ce qui ne pourrait se produire, si ces principes e?taient inne?s ou seulement e?vidents. »
Locke, Essai sur l’entendement humain (1689)
Thèse principale : On ne peut pas proposer une règle morale sans reconnaître à chacun le droit d'en demander la raison, ce qui serait parfaitement ridicule et absurde si ces principes étaient innés.

le pouvoir du magistrat au service du bien commun

Traite? sur la tole?rance
« La mission de confiance, le pouvoir et l'autorite? qui appartiennent au magistrat (1) ne lui sont accorde?s que pour qu'il en fasse usage pour le bien, la pre?servation et la paix de ceux qui sont membres de la socie?te? a? la te?te de laquelle il est place? ; c'est donc cela, et cela seul, qui est et qui doit e?tre la norme et la mesure sur laquelle il doit se re?gler pour e?tablir ses lois, pour concevoir et pour instituer son gouvernement. Car si les hommes pouvaient vivre ensemble dans la paix et la su?rete? sans s'unir sous des lois et sans se former en corps de re?publique (2), ils n'auraient nul besoin de magistrats et de politique ; ceux-ci n'ont e?te? e?tablis dans ce monde que pour pre?server les hommes des fraudes et des violences qu'ils peuvent commettre les uns a? l'e?gard des autres, en sorte que c'est la fin pour laquelle on a institue? le gouvernement qui doit e?tre l'unique re?gle de ses actions. »
Locke, Traite? sur la tole?rance (1667)
Thèse principale : La mission du magistrat est de servir les autres.

le soin des âmes : une responsabilité individuelle

Lettre sur la tolérance
« […] Le soin des âmes n’appartient pas au magistrat ; je veux parler, si l’on peut ainsi dire, de ce soin autoritaire qui s’exerce en commandant par des lois et en contraignant par des sanctions ; mais on ne peut refuser à personne ce soin charitable qui consiste, au contraire, à aider les autres en les enseignant ou en les avertissant, en les persuadant. Ainsi le soin de sa propre âme est entre les mains de chacun, et il faut le laisser à chacun. Mais, direz-vous, si quelqu’un néglige le soin de son âme ? Je répondrai : et s’il néglige sa santé ? et s’il néglige ses affaires domestiques, qui dépendent cependant plus directement du pouvoir du magistrat ? Faudra-t-il que le magistrat prenne garde, par un édit (1) dûment publié, qu’il ne devienne ni pauvre, ni malade ? Autant que faire se peut, les lois s’efforcent de protéger les biens et la santé des sujets contre la violence étrangère ou la fraude, mais non contre l’incurie (2) ou contre la dissipation de ceux qui en jouissent. Nul ne peut être forcé contre sa volonté à se bien porter ou à s’enrichir. »
Locke, Lettre sur la tolérance (1689)
Thèse principale : L

la distinction entre persuasion et contrainte dans l'exercice du pouvoir

Lettre sur la tolérance
« Persuader ou commander, employer des aruments ou des peines, sont des choses bien différentes. Le pouvoir civil tout seul a droit à l'une, et la bienveillance suffit pour autoriser tout home à l'autre. Nous avons tous mission d'avertir notre prochain que nous le croyons dans l'erreur, et de l'amener à la connaissance de la vérité par de bonnes preuves. Mais donner des lois, exiger la soumission et contraindre par la force, tout cela n'appartient qu'au magistrat (1) seul. C'est aussi sur ce fondement que je soutient que le pouvoir du magistrat ne s'étend pas jusqu'à établir, par ses lois, des articles de foi ni des formes de culte religieux. Car les lois n'ont aucune vigueur sans les peines ; et les peines sont tout à fait inutiles, pour ne pas dire injustes, dans cette occasion puisqu'elles ne sauraient convaincre l'esprit. il n'y a donc ni profession de tels ou tels articles de foi, ni conformité à tel ou tel culte extérieur, qui puissent procurer le salut des âmes, si l'on est bein persuadé de la vérité des uns et que l'autre est agréable à Dieu. Il n'y a que la lumière et l'évidence qui aient le pouvoir de changer les opinions des hommes ; et cette lumière ne peut jamais être produite par la souffrance corporelle, ni par aucune pene extérieure. »
Locke, Lettre sur la tolérance (1686)
Thèse principale : Les lois ne s

l'humilité de la connaissance

Essai sur l'entendement humain
« Car ou? est l'homme qui a des preuves incontestables de la ve?rite? de tout ce qu'il soutient, ou de la faussete? de tout ce qu'il condamne, ou qui peut dire qu'il a examine? a? fond toutes ses opinions, ou toutes celles des autres hommes ? La ne?cessite? ou? nous nous trouvons de croire sans connaissance, et souvent me?me sur de forts le?gers fondements, dans cet e?tat passager d'action et d'aveuglement ou? nous vivons sur la Terre, cette ne?cessite?, dis-je, devrait nous rendre plus soigneux de nous instruire nous-me?mes, que de contraindre les autres a? recevoir nos sentiments (1). Du moins ceux qui n'ont pas examine? parfaitement et a? fond toutes leurs opinions, doivent avouer qu'ils ne sont point en e?tat de les prescrire aux autres, et qu'ils agissent visiblement contre la raison en imposant aux autres hommes la ne?cessite? de croire comme une ve?rite? ce qu'ils n'ont pas examine? eux-me?mes, n'ayant pas pese? les raisons de probabilite? sur lesquelles ils devraient le recevoir ou le rejeter. Pour ceux qui sont entre?s since?rement dans cet examen, et qui par la? se sont mis au-dessus de tout doute a? l'e?gard de toutes les doctrines qu'ils professent, et sur lesquelles ils re?glent leur conduite, ils pourraient avoir un plus juste pre?texte d'exiger que les autres se soumissent a? eux ; mais ceux-la? sont en si petit nombre, et ils trouvent si peu de sujet d'e?tre de?cisifs dans leurs opinions, qu'on ne doit s'attendre a? rien d'insolent et d'impe?rieux de leur part ; et l'on a raison de croire que, si les hommes e?taient mieux instruits eux-me?mes, ils seraient moins sujets a? imposer aux autres leurs propres sentiments. »
Locke, Essai sur l'entendement humain (1689)
Thèse principale : Car ou? est l'homme qui a des preuves incontestables, ou qui peut dire qu'il a examiné à fond toutes ses opinions ; la nécessité où nous sommes de croire sans connaissance, et souvent même sur de forts légères fondements, dans cet état passager d'action et d'aveuglement où nous vivons sur la Terre, devrait nous rendre plus soigneux de nous instruire nous-mêmes que de contraindre les autres à recevoir nos sentiments.

La conscience est la perception de ce qui se passe dans notre esprit

La conscience
Majeure
Toute connaissance vient de l'expérience
Mineure
L'expérience interne est la perception de nos opérations mentales
Conclusion
Donc la conscience est une perception réflexive

L'État doit protéger les droits naturels des individus

L'État
Majeure
Les droits naturels préexistent à l'État
Mineure
L'État est créé pour protéger ces droits
Conclusion
Donc l'État est au service des droits individuels
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Assistant Philosophique
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