Kant

Kant

1724;1804
Catégories;Impératif catégorique;Noumène
Immanuel Kant, philosophe allemand, est l'un des penseurs les plus influents de la philosophie occidentale, notamment pour sa "Critique de la raison pure".

Biographie

Immanuel Kant, philosophe allemand, est l'un des penseurs les plus influents de la philosophie occidentale, notamment pour sa "Critique de la raison pure".

Courant philosophique

Épistémologie

Ce courant de pensée se caractérise par une approche spécifique des questions philosophiques fondamentales.

Approche philosophique

Idéalisme transcendantal

Contexte historique

Kant vit à l'époque des Lumières, dans une Prusse en pleine ascension sous Frédéric II. C'est une période de réformes et de développement intellectuel en Europe. Il est témoin de la Révolution américaine et des débuts de la Révolution française.

Les idées des Lumières se répandent, prônant la raison et le progrès. Le rationalisme de Leibniz et l'empirisme de Hume influencent fortement la pensée philosophique. Les découvertes de Newton révolutionnent la compréhension scientifique du monde.
Kant développe une philosophie critique visant à concilier rationalisme et empirisme. Il élabore la notion de "révolution copernicienne" en philosophie, plaçant le sujet au centre de la connaissance.
Sa pensée vise à déterminer les limites et les possibilités de la raison humaine. Il s'intéresse à la morale, développant le concept d'impératif catégorique comme principe éthique universel. Kant cherche à fonder une métaphysique sur des bases rationnelles solides.
Il développe des théories importantes en esthétique et en philosophie politique.

Pour réussir au bac avec Kant

Pour mobiliser efficacement cet auteur dans vos dissertations :

  • Maîtrisez ses concepts clés et sa démarche philosophique
  • Mémorisez quelques citations pertinentes pour illustrer ses idées
  • Comprenez la cohérence globale de sa pensée et son évolution
  • Identifiez ses apports majeurs à l'histoire de la philosophie
  • Établissez des liens avec d'autres philosophes pour une approche comparative
Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être tenue pour une loi universelle.
devoir
Selon Kant, le devoir consiste à agir comme si l”action pourrait être considérée comme une loi applicable à tous. Il s”agit de prendre des décisions qui peuvent être adoptées par tout individu raisonnable et respectueuses des droits des autres.
Les sens ne trompent pas.
vérité
Selon Kant, "Les sens ne trompent pas" car ils ne sont pas sujets à des erreurs subjectives ou personnelles, mais plutôt font partie de l”expérience collective et objective. Ils nous offrent une perception initiale de la réalité, qui est ensuite modifiée par notre entendement et nos croyances.
Un être organisé n’est pas simplement machine, car la machine possède uniquement une force motrice, tandis que l’être organisé possède en soi une force formatrice qu’il communique aux matériaux qui ne la possèdent pas.
nature
Selon Kant, la nature (l”être organisé) est distincte de la machine car elle possède une force créative ("force formatrice") qui permet de former et d”organiser les matériaux. La machine, quant à elle, n”a que des forces motrices.
Nous sommes civilisés (...) mais nous sommes loin de pouvoir nous tenir pour déjà moralisés.
nature
Selon Kant, la civilisation ne signifie pas nécessairement une moralité intégrale. Bien que nous ayons développé des sociétés complexes et cultives, il est possible que nous soyons encore loin de pratiquer réellement la vertu et l”éthique, car notre moralité peut être superficielle et éphémère.
Le beau est ce qui plaît universellement sans concept.
art
Selon Kant, la beauté est un phénomène esthétique qui plait à tous sans être lié à une idée ou un concept précis. C”est une expérience sensorielle pure qui émet un sentiment universel de plaisir et d”admiration, indépendamment de nos jugements rationnels.
Le génie est la disposition innée de l’esprit par laquelle la nature donne ses règles à l’art.
art
Selon Kant, le génie est une qualité innée qui permet à l”esprit de recevoir les règles de la nature, ce qui signifie que l”artiste naît avec une intuition créative qui lui permet de créer des œuvres d”une grande beauté.
Agis uniquement d’après la maxime dont tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle.
devoir
Selon Kant, le devoir consiste à agir selon une maxime qui peut être voulue et adoptée par tous. Il s”agit d”une règle morale qui doit être universellement applicable pour être considérée comme juste.
Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi.
devoir
Selon Kant, deux choses suscitent une admiration et une vénération sans cesse renouvelées : le ciel étoilé (symbole de l”infini) et la Loi morale (représentant l”ordre universel). Plus on y réfléchit, plus on en éprouve l”émerveillement.

la primauté de la moralité dans la religion

conscience religion
« La religion, qui est fondée simplement sur la théologie, ne saurait contenir quelque chose de moral. On n'y aura d'autres sentiments que celui de la crainte, d'une part, et l'espoir de la récompense de l'autre, ce qui ne produira qu'un culte superstitieux. Il faut donc que la moralité précède et que la théologie la suive, et c'est là ce qui s'appelle la religion. La loi considérée en nous s'appelle la conscience. La conscience est proprement l'application de nos actions à cette loi. Les reproches de la conscience resteront sans effet, si on ne les considère pas comme les représentants de Dieu, dont le siège sublime est bien élevé au-dessus de nous, mais qui a aussi établi en nous un tribunal. Mais d'un autre côté, quand la religion ne se joint pas à la conscience morale, elle est aussi sans effet. Comme on l'a déjà dit, la religion, sans la conscience morale est un culte superstitieux. On pense servir Dieu en le louant, par exemple, en célébrant sa puissance, sa sagesse, sans songer à remplir les lois divines, sans même connaître cette sagesse et cette puissance et sans les étudier. On cherche dans ces louanges comme un narcotique pour sa conscience, ou comme un oreiller sur lequel on espère reposer tranquillement. »
Kant
Thèse principale : La moralité doit précéder et la théologie suivre.

le contentement de soi-même : une satisfaction intellectuelle

liberté conscience
« N'a-t-on pas un mot qui désignerait, non une jouissance comme le mot bonheur, mais qui cependant indiquerait une satisfaction liée à notre existence, un analogue du bonheur qui doit nécessairement accompagner la conscience de la vertu ? Si ! ce mot existe, c'est contentement de soi-même, qui au sens propre ne désigne jamais qu'une satisfaction négative liée à l'existence, par laquelle on a conscience de n'avoir besoin de rien. La liberté et la conscience de la liberté, comme conscience d'un pouvoir que nous avons de suivre, avec une intention inébranlable, la loi morale, est l'indépendance à l'égard des penchants, du moins comme causes déterminantes (sinon comme causes affectives) de notre désir, et en tant que je suis conscient de cette indépendance dans l'exécution de mes maximes morales, elle est l'unique source d'un contentement immuable, nécessairement lié avec elle, ne reposant sur aucun sentiment particulier, et qui peut s'appeler intellectuel. Le contentement sensible (qui est ainsi appelé improprement) qui repose sur la satisfaction des penchants, si raffinés qu'on les imagine, ne peut jamais être adéquat à ce qu'on se représente. Car les penchants changent, croissent avec la satisfaction qu'on leur accorde et ils laissent toujours un vide plus grand encore que celui qu'on a cru remplir. »
Kant
Thèse principale : On peut se satisfaire d

les passions et les influences sociales

justice nature
« Ce ne sont pas les excitations de sa nature qui éveillent en l'homme les passions, ces mouvements désignés par un mot si juste et qui causent de si grands ravages dans ses dispositions primitivement bonnes. Il n'a que de petits besoins, et les soucis qu'ils lui procurent laissent son humeur calme et modérée. Il n'est pauvre (ou ne se croit tel) qu'autant qu'il a peur que les autres hommes puissent le croire pauvre et le mépriser pour cela. L'envie, l'ambition, l'avarice, et les inclinations haineuses qui les suivent, assaillent sa nature, en elle-même modérée, dès qu'il vit au milieu des hommes, et il n'est même pas besoin de supposer ces hommes déjà enfoncés dans le mal, lui donnant de mauvais exemples ; il suffit qu'ils soient là, qu'ils l'entourent dans leurs dispositions morales et qu'ils se rendent mutuellement mauvais. »
Kant
Thèse principale : Ce sont les réactions des autres qui éveillent les passions en l'homme.

la relativité du bonheur et la liberté individuelle

bonheur liberté
« Relativement au bonheur, aucun principe universellement valable ne peut-être donné pour loi. Car aussi bien les circonstances que l'illusion pleine de contradictions et en outre sans cesse changeante où l'individu place son bonheur (personne ne peut lui prescrire où il doit le placer) font que tout principe ferme est impossible et en lui-même impropre à fonder une législation. La proposition : Salus publica suprema civitatis lex est(1) garde intacte sa valeur et son autorité, mais le salut public qu'il faut d'abord prendre en considération est précisément cette constitution légale qui garantit la liberté de chacun par des lois, en quoi il demeure loisible à chacun de rechercher son bonheur dans la voie qui lui paraît la meilleure, pourvu seulement qu'il ne porte aucune atteinte à la liberté générale, par conséquent au droit des autres cosujets. »
Kant
Thèse principale : Le bonheur individuel n'a pas de loi universellement valable.

la liberté individuelle et le bonheur sous le regard de kant

liberté état
« Personne ne peut me conduire à être heureux à sa manière (c'est-à-dire à la manière dont il conçoit le bien-être des autres hommes) ; par contre, chacun peut chercher son bonheur de la manière qui lui paraît bonne, à condition de ne pas porter préjudice à la liberté qu'a autrui de poursuivre une fin semblable (c'est-à-dire de ne pas porter préjudice au droit d'autrui), liberté qui peut coexister avec la liberté de chacun grâce à une possible loi universelle. Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, comme celui d'un père envers ses enfants, c'est-à-dire un gouvernement paternaliste […] où les sujets sont forcés de se conduire d'une manière simplement passive, à la manière d'enfants mineurs, incapables de distinguer ce qui leur est vraiment utile ou nuisible et qui doivent attendre simplement du jugement d'un chef d'État la manière dont ils doivent être heureux et simplement de sa bonté qu'également il le veuille, est le plus grand despotisme qu'on puisse concevoir (c'est-à-dire une constitution qui supprime toute liberté pour les sujet qui ainsi ne possèdent aucun droit). »
Kant
Thèse principale : « Chacun peut rechercher son bonheur en liberté, à condition qu'il ne porte pas préjudice aux droits des autres. »

la culpabilité persistante et le poids du repentir

conscience liberté
« Un homme peut travailler avec autant d'art qu'il le veut à se représenter une action contraire à la loi qu'il se souvient avoir commise, comme une erreur faite sans intention, comme une simple imprévoyance qu'on ne peut jamais entièrement éviter, par conséquent comme quelque chose où il a été entraîné par le torrent de la nécessité naturelle, et à se déclarer ainsi innocent, il trouve cependant que l'avocat qui parle en sa faveur ne peut réduire au silence l'accusateur qui est en lui s'il a conscience qu'au temps où il commettait l'injustice, il était dans son bon sens, c'est -à-dire qu'il avait l'usage de sa liberté. Quoiqu'il s'explique sa faute par quelque mauvaise habitude, qu'il a insensiblement contractée en négligeant de faire attention à lui-même et qui est arrivée à un tel degré de développement qu'il peut considérer la première comme une conséquence naturelle de cette habitude, il ne peut jamais néanmoins ainsi se mettre en sûreté cotre le blâme intérieur et le reproche qu'il se fait à lui-même. C'est là-dessus aussi que se fonde le repentir qui se produit à l'égard d'une action accomplie depuis longtemps, chaque fois que nous nous en souvenons. »
Kant
Thèse principale : Un homme peut être innocent et considérer une action comme une erreur, mais il a conscience qu'il avait l'usage de sa liberté lorsqu'il commettait l'injustice.

l'éducation, fondement de l'humanité

« L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui. Il faut remarquer que l'homme n'est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. C'est pourquoi le manque de discipline et d'instruction (que l'on remarque) chez quelques hommes fait de ceux-ci de mauvais éducateurs pour leurs élèves. Si seulement un être d'une nature supérieure se chargeait de notre éducation, on verrait alors ce que l'on peut faire de l'homme. Mais comme l'éducation d'une part ne fait qu'apprendre certaines choses aux hommes et d'autre part ne fait que développer en eux certaines qualités, il est impossible de savoir jusqu'où vont les dispositions naturelles de l'homme. Si du moins avec l'appui des grands de ce monde et en réunissant les forces de beaucoup d'hommes on faisait une expérience, cela nous donnerait déjà beaucoup de lumières pour savoir jusqu'où il est possible que l'homme s'avance. »
Kant
Thèse principale : L'éducation fait de l'homme ce qu'il est.

la vérité et l'accord de la connaissance avec l'objet

vérité vérité
« La vérité, dit-on, consiste dans l'accord de la connaissance avec l'objet. Selon cette simple définition de mot, ma connaissance doit donc s'accorder avec l'objet pour avoir valeur de vérité. Or le seul moyen que j'ai de comparer l'objet avec ma connaissance c'est que je le connaisse. Ainsi ma connaissance doit se confirmer elle-même, mais c'est bien loin de suffire à la vérité. Car puisque l'objet est hors de moi et que la connaissance est en moi, tout ce que je puis apprécier c'est si ma connaissance de l'objet s'accorde avec ma connaissance de l'objet. Les anciens appelaient diallèle (1) un tel cercle dans la définition. Et effectivement c'est cette faute que les sceptiques n'ont cessé de reprocher aux logiciens ; ils remarquaient qu'il en est de cette définition de la vérité comme d'un homme qui ferait une déposition au tribunal et invoquerait comme témoin quelqu'un que personne ne connaît, mais qui voudrait être cru en affirmant que celui qui l'invoque comme témoin est un honnête homme. Reproche absolument fondé, mais la solution du problème en question est totalement impossible pour tout le monde. En fait la question qui se pose ici est de savoir si, et dans quelle mesure il y a un critère de la vérité certain, universel et pratiquement applicable. Car tel est le sens de la question : qu'est-ce que la vérité ? »
Kant
Thèse principale : La vérité consiste à l'accord de la connaissance avec l'objet, mais cela n'est pas réalisable car l'objet et ma connaissance sont séparés.

les passions : ennemies de la liberté et de l'amélioration

« Les passions, puisqu'elles peuvent se conjuguer avec la réflexion la plus calme, qu'elles ne peuvent donc pas être irréfléchies comme les émotions et que, par conséquent, elles ne sont pas impétueuses (1) et passagères, mais qu'elles s'enracinent et peuvent subsister en même temps que le raisonnement, portent, on le comprend aisément, le plus grand préjudice à la liberté ; si l'émotion est une ivresse, la passion est une maladie, qui exècre toute médication (2), et qui par là est bien pire que tous les mouvements passagers de l'âme ; ceux-ci font naître du moins le propos de s'améliorer, alors que la passion est un ensorcellement qui exclut toute amélioration. »
Kant
Thèse principale : Les passions se conjuguent avec la réflexion sans être impétueuses et passagères.

la sincérité comme garant de la vérité

conscience vérité
« Que soit vrai tout ce que l'on dit tant aux autres qu'à soi-même, c'est ce qu'il est impossible de garantir dans tous les cas, parce qu'on peut se tromper ; mais que ce soit sincère, c'est ce que l'on peut et doit toujours garantir, parce qu'on s'en rend compte immédiatement. Dans le premier cas, il faut, par un jugement logique de la raison, confronter l'affirmation avec l'objet ; dans le second, à l'instant où l'on constate sa conviction, on confronte devant la conscience l'affirmation avec le sujet. Si l'on pose l'affirmation par rapport à l'objet sans s'être assuré qu'on peut la poser aussi par rapport au sujet, on avance autre chose que ce dont on est convaincu, on ment […]. Les moralistes parlent d'une conscience fausse, mais ils disent une absurdité. Si une pareille conscience existait, personne ne serait plus jamais assuré d'avoir bien agi, puisque le juge en dernier ressort lui-même pourrait se tromper. Il m'arrive sans doute de me tromper dans le jugement qui me fait croire que j'ai raison ; mais ce jugement procède de l'intelligence, et celle-ci se borne, d'une manière exacte ou erronée, à juger objectivement. Mais dans ce sentiment intime : je crois avoir raison, ou : je fais semblant de le croire, je ne puis absolument pas me tromper, puisque ce jugement, ou mieux cette phrase n'est que l'expression de ce sentiment même. »
Kant
Thèse principale : Que soit vrai tout ce que l'on dit, c'est impossible à garantir ; mais qu'il soit sincère, on peut et doit toujours garantir, car on s'en rend compte immédiatement.

la liberté morale comme réponse à nos penchants

liberté devoir
« Supposons que quelqu'un affirme, en parlant de son penchant au plaisir, qu'il lui est tout à fait possible d'y résister quand se présentent l'objet aimé et l'occasion : si, devant la maison où il rencontre cette occasion, une potence était dressée pour l'y attacher aussitôt qu'il aurait satisfait sa passion, ne triompherait-il pas alors de son penchant ? On ne doit pas chercher longtemps ce qu'il répondrait. Mais demandez-lui si, dans le cas où son prince lui ordonnerait, en le menaçant d'une mort immédiate, de porter un faux témoignage contre un honnête homme qu'il voudrait perdre sous un prétexte plausible, il tiendrait comme possible de vaincre son amour pour la vie, si grand qu'il puisse être. Il n'osera peut-être assurer qu'il le ferait ou qu'il ne le ferait pas, mais il accordera sans hésiter que cela lui est possible. Il juge donc qu'il peut faire une chose, parce qu'il a conscience qu'il doit le faire et reconnaît ainsi sa liberté qui, sans loi morale, lui serait restée inconnue. »
Kant
Thèse principale : Nous avons tous la possibilité de résister à nos passions et désirs lorsqu'il s'agit de choses moralement acceptables.

l'espoir comme moteur de l'action

« Cette espérance en des temps meilleurs, sans laquelle jamais un réel désir d'accomplir quelque chose qui aille dans le sens du bien général n'aurait enflammé le cœur humain, a aussi toujours eu une influence sur l'activité des bons esprits. […] Malgré le triste spectacle non pas tant des maux d'origine naturelle qui pèsent sur le genre humain, que de ceux que les hommes s'infligent à eux mêmes les uns les autres, l'esprit s'éclaire pourtant devant la perspective que l'avenir sera peut-être meilleur, et il le fait certes avec une bienveillance désintéressée, étant donné que nous serons depuis longtemps dans la tombe et ne récolterons pas les fruits de ce nous aurons nous-mêmes en partie semé. Les arguments empiriques déployés contre le succès de ces résolutions inspirées par l'espoir sont ici sans effet. Car la proposition selon laquelle ce qui jusqu'à maintenant n'a pas encore réussi ne doit pour cette raison jamais réussir non plus, ne justifie même pas qu'on abandonne une intention pragmatique (1) ou technique (comme par exemple les voyages aériens avec des ballons aérostatiques), mais encore moins qu'on abandonne une intention morale qui, dès que sa réalisation ne peut pas être démontrée impossible, devient un devoir. »
Kant
Thèse principale : « L'humanité est capable de s'améliorer et il est moralement obligatoire de poursuivre ce but. »

l'incertitude du progrès humain

« S'il était découvert que l'espèce humaine, considérée dans sa totalité, a avancé et a été en train de progresser même aussi longtemps que l'on voudra, personne ne pourrait pourtant assurer que n'intervienne désormais, à cet instant précis, en raison des dispositions physiques de notre espèce, l'époque de son recul ; et inversement, si l'on marche à reculons et vers le pire en une chute accélérée, on ne doit pas écarter l'espoir de pouvoir rencontrer le point d'inflexion, précisément là où, en raison des dispositions morales de notre espèce, le cours de celle -ci se retournerait vers le mieux. Car nous avons affaire à des êtres agissant librement, auxquels certes se peut à l'avance dicter ce qu'ils doivent faire, mais ne se peut prédire ce qu'ils feront, et qui, du sentiment des maux qu'ils s'infligèrent à eux -mêmes, savent, si cela empire vraiment, retirer un motif renforcé de faire désormais mieux que ce n'était en tout cas avant cette situation. »
Kant
Thèse principale : Nous sommes des êtres libres capables de faire mieux ou pire, mais notre libre arbitre nous permet de choisir entre les deux à tout moment.

l'utilité de la connaissance et la valeur de l'intelligence

raison science
« Il n'est point de connaissance qui soit superflue et inutile de façon absolue et à tous égards, encore que nous ne soyons pas toujours à même d'en apercevoir l'utilité. C'est par conséquent une objection aussi mal avisée qu'injuste que les esprits superficiels adressent aux grands hommes qui consacrent aux sciences des soins laborieux lorsqu'ils viennent demander : à quoi cela sert-il ? On ne doit en aucun cas poser une telle question quand on prétend s'occuper de science. A supposer qu'une science ne puisse apporter d'explication que sur un quelconque objet possible, de ce seul fait son utilité serait déjà suffisante. Toute connaissance parfaite a toujours quelque utilité possible : même si elle nous échappe jusqu'à présent, il se peut que la postérité la découvre. Si en cultivant les sciences on n'avait jamais mesuré l'utilité qu'au profit matériel qu'on pourrait retirer, nous n'aurions pas l'arithmétique et la géométrie. Aussi bien notre intelligence est ainsi conformée qu'elle trouve satisfaction dans la simple connaissance et même une satisfaction plus grande que dans l'utilité qui en résulte. L'homme y prend conscience de sa valeur propre ; il a la sensation de ce qui se nomme : avoir l'intelligence. Les hommes qui ne sentent pas cela doivent envier les bêtes. La valeur intrinsèque que les connaissances tiennent de leur perfection logique est incomparable avec leur valeur extrinsèque, qu'elles tirent de leur application. »
Kant
Thèse principale : Toute connaissance est utile et a une valeur intrinsèque.

la nature morale de l'homme et la voie de la vertu

devoir raison
« On pose la question de savoir si l'homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n'est ni l'un ni l'autre, car l'homme par nature n'est pas du tout un être moral ; il ne devient un être moral que lorsque sa raison s'élève jusqu'aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu'il contient en lui-même à l'origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d'un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c'est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu'il puisse être innocent s'il est sans passion. La plupart des vices naissent de ce que l'état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu'homme est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »
Kant
Thèse principale : On peut considérer l'homme comme moralement neutre par nature, mais il contient des impulsions qui conduisent aux vices.

l'intégrité morale comme fin ultime

devoir bonheur
« L'adversité, la douleur, la pauvreté sont de grandes tentations menant l'homme à violer son devoir. L'aisance, la force, la santé et la prospérité en général, qui s'opposent à cette influence, peuvent donc aussi, semble-t-il, être considérées comme des fins qui sont en même temps des devoirs, je veux dire celui de travailler à son propre bonheur et de ne pas s'appliquer seulement à celui d'autrui. Mais alors ce n'est pas le bonheur qui est la fin, mais la moralité du sujet, et le bonheur n'est que le moyen légitime d'écarter les obstacles qui s'opposent à cette fin ; aussi personne n'a ainsi le droit d'exiger de moi le sacrifice de mes fins qui ne sont pas immorales. Ce n'est pas directement un devoir que de chercher pour elle-même l'aisance, mais indirectement ce peut bien en être un, à savoir écarter la misère comme étant une forte tentation à mal agir. Mais alors ce n'est pas de mon bonheur, mais de ma moralité, que j'ai comme fin et aussi comme devoir de conserver l'intégrité. »
Kant
Thèse principale : L'adversité, la douleur et la pauvreté sont des tentations menant l'homme à violer son devoir. Le bonheur est un moyen pour échapper aux obstacles qui s'opposent à la moralité. Il n'est pas directement un devoir d'être aisée, mais indirectement c'est en être une si c'est pour écarter la misère qui tente à mal agir. La fin et le devoir est de conserver l'intégrité. bonne réponse

le respect des animaux : un devoir moral pour l'homme

« Concernant la partie des créatures qui est vivante, bien que dépourvue de raison, un traitement violent et en même temps cruel des animaux est opposé au devoir de l'homme envers lui-même, parce qu'ainsi la sympathie à l'égard de leurs souffrances se trouve émoussée en l'homme et que cela affaiblit et peu à peu anéantit une disposition naturelle très profitable à la moralité dans la relation avec les autres hommes. Cela est vrai quand bien même, dans ce qui est permis à l'homme, s'inscrit le fait de tuer rapidement (d'une manière qui évite de les torturer) les animaux, ou encore de les astreindre à un travail (ce à quoi, il est vrai, les hommes eux aussi doivent se soumettre), à condition simplement qu'il n'excède pas leurs forces ; à l'inverse, il faut avoir en horreur les expériences physiques qui les martyrisent pour le simple bénéfice de la spéculation, alors que, même sans elles, le but pourrait être atteint. Même la reconnaissance pour les services longtemps rendus par un vieux cheval ou un vieux chien (comme s'ils étaient des personnes de la maison) appartient indirectement aux devoirs de l'homme, à savoir au devoir conçu en considération de ces animaux, mais cette reconnaissance, envisagée directement, n'est jamais qu'un devoir de l'homme envers lui-même. »
Kant
Thèse principale : Concernant la partie des créatures qui est vivante, bien que dépourvue de raison, les expériences physiques violentes sur les animaux sont incompatibles avec le devoir moral de l'homme envers lui-même.

la quête de la vérité et les limites de la connaissance

vérité vérité
« La vérité, dit-on, consiste dans l'accord de la connaissance avec l'objet. Selon cette simple définition de mot, ma connaissance doit donc s'accorder avec l'objet pour avoir valeur de vérité. Or le seul moyen que j'ai de comparer l'objet avec ma connaissance c'est que je le connaisse. Ainsi ma connaissance doit se confirmer elle-même ; mais c'est bien loin de suffire à la vérité. Car puisque l'objet est hors de moi et que la connaissance est en moi, tout ce que je puis apprécier c'est si ma connaissance de l'objet s'accorde avec ma connaissance de l'objet. Les anciens appelaient diallèle un tel cercle (1) dans la définition. Et effectivement c'est cette faute que les sceptiques n'ont cessé de reprocher aux logiciens ; ils remarquaient qu'il en est de cette définition de la vérité comme d'un homme qui ferait une déposition au tribunal et invoquerait comme témoin quelqu'un que personne ne connaît, mais qui voudrait être cru en affirmant que celui qui l'invoque comme témoin est un honnête homme. Reproche absolument fondé, mais la solution du problème en question est totalement impossible pour tout le monde. En fait la question qui se pose est de savoir si, et dans quelle mesure il y a un critère de la vérité certain, universel et pratiquement applicable. Car tel est le sens de la question : qu'est-ce que la vérité ? »
Kant
Thèse principale : «La vérité, c'est ce à quoi s'accorde une connaissance et son objet. »

l'autorité de la connaissance rationnelle

« Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l'expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l'autorité d'autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d'aucun préjugé ; car dans ce genre de choses puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l'expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l'autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. - Mais lorsque nous faisons de l'autorité d'autrui le fondement de notre assentiment à l'égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c'est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s'agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu'a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l'autorité des grands hommes n'en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d'imiter ce qui nous est présenté comme grand. À quoi s'ajoute que l'autorité personnelle sert, indirectement, à flatter notre vanité. »
Kant
Thèse principale : Lorsque nous bâtissons notre connaissance sur l'autorité d'autrui, nous sommes coupables d'aucun préjugé. Mais lorsque nous admettons des connaissances rationnelles comme simple préjugé, c'est un échec de la raison.

la connaissance de notre ignorance

vérité science
« L'ignorance peut être ou bien savante, scientifique, ou bien vulgaire. Celui qui voit distinctement les limites de la connaissance, par conséquent le champ de l'ignorance, à partir d'où il commence à s'étendre, par exemple le philosophe qui aperçoit et montre à quoi se limite notre capacité de savoir relatif à la structure de l'or, faute de données requises à cet effet, est ignorant de façon technique ou savante. Au contraire, celui qui est ignorant sans apercevoir les raisons des limites de l'ignorance et sans s'en inquiéter est ignorant de façon non savante. Un tel homme ne sait même pas qu'il ne sait rien. Car il est impossible d'avoir la représentation de son ignorance autrement que par la science ; tout comme un aveugle ne peut se représenter l'obscurité avant d'avoir recouvré la vue. Ainsi la connaissance de notre ignorance suppose que nous ayons la science et du même coup nous rend modeste, alors qu'au contraire s'imaginer savoir gonfle la vanité. »
Kant
Thèse principale : « L

concilier les intérêts personnels pour une société pacifique

état raison
« Le problème d'une constitution, fût-ce pour un peuple de démons (qu'on me pardonne ce qu'il y a de choquant dans l'expression) n'est pas impossible à résoudre, pourvu que ce peuple soit doué d'entendement : “une multitude d'êtres raisonnables souhaitent tous pour leur conservation des lois universelles, quoique chacun d'eux ait un penchant secret à s'en excepter soi-même. Il s'agit de leur donner une constitution qui enchaîne tellement leurs passions personnelles l'une par l'autre, que, dans leur conduite extérieure, l'effet en soit aussi insensible que s'ils n'avaient pas du tout ces dispositions hostiles”. Pourquoi ce problème serait-il insoluble ? Il n'exige pas qu'on obtienne l'effet désiré d'une réforme morale des hommes. Il demande uniquement comment on pourrait tirer parti du mécanisme de la nature, pour diriger tellement la contrariété des intérêts personnels, que tous les individus, qui composent un peuple, se contraignissent eux-mêmes les uns les autres à se ranger sous le pouvoir coercitif d'une législation, et amenassent ainsi un état pacifique de législation. »
Kant
Thèse principale : Une constitution est possible pour n'importe quel peuple.

l'imagination et les règles de l'art

art liberté
« Le véritable champ du génie est celui de l'imagination, parce qu'elle est créatrice et qu'elle se trouve moins que d'autres facultés sous la contrainte des règles ; ce qui la rend d'autant plus capable d'originalité. La démarche mécanique de l'enseignement, en forçant à toute heure l'élève à l'imitation, est assurément préjudiciable à la levée de germe du génie, en son originalité. Tout art réclame cependant certaines règles mécaniques fondamentales, celle de l'adéquation de l'œuvre à l'idée sous-jacente, c'est-à-dire la vérité dans la représentation de l'objet conçu en pensée. Cette exigence doit être apprise avec la rigueur de l'école, elle est à la vérité un effet de l'imitation. Quant à libérer l'imagination de cette contrainte et à laisser le talent hors du banal procéder sans règle et s'exalter jusqu'à contredire la nature, cela pourrait bien donner une folie originale qui ne serait tout de même pas exemplaire, et ne pourrait donc pas non plus être rangée dans le génie. »
Kant
Thèse principale : L'originalité du génie découle de l'imagination créatrice.

les mobiles secrets de l'action morale

conscience devoir
« Il arrive parfois sans doute qu'avec le plus scrupuleux examen de nous-mêmes nous ne trouvons absolument rien qui, en dehors du principe moral du devoir, ait pu être assez puissant pour nous pousser à telle ou telle bonne action et à tel grand sacrifice ; mais de là on ne peut nullement conclure avec certitude que réellement ce ne soit point une secrète impulsion de l'amour-propre qui, sous le simple mirage de cette idée, ait été la vraie cause déterminante de la volonté ; c'est que nous nous flattons volontiers en nous attribuant faussement un principe de détermination plus noble mais en réalité nous ne pouvons jamais, même par l'examen le plus rigoureux, pénétrer entièrement jusqu'aux mobiles secrets ; or, quant il s'agit de valeur morale, l'essentiel n'est point dans les actions, que l'on voit, mais dans ces principes intérieurs des actions, que l'on ne voit pas. »
Kant
Thèse principale : Notre détermination à faire du bien est souvent motivée par l'amour-propre.

le pouvoir suprême de l'état et la participation citoyenne à la guerre

état liberté
« De même que l'on peut dire des plantes (par exemple, des pommes de terre) et des animaux domestiques, dans la mesure où, du point de vue de leur abondance, ils constituent l'œuvre de l'homme, qu'on est en droit de les utiliser, de les exploiter et de les consommer (de les faire abattre), de même, semble-t-il, on pourrait dire aussi du pouvoir suprême de l'État, du souverain, qu'il a le droit de mener ses sujets, qui sont, pour la plus grande part, son propre produit, à la guerre comme à une chasse et à une bataille rangée comme à une partie de plaisir. En fait, ce principe juridique […] possède certes une validité en ce qui concerne les animaux, lesquels peuvent être une propriété de l'homme, mais ne peut en revanche en aucune manière s'appliquer à l'homme, notamment en tant que citoyen, lequel doit toujours être considéré dans l'État comme un membre qui participe à l'activité législatrice (non seulement comme moyen, mais en même temps aussi comme fin en soi) et doit donc donner son libre consentement, par l'intermédiaire de ses représentants, non seulement à la guerre en général, mais aussi à chaque déclaration de guerre particulière - condition limitative sous laquelle seulement l'État peut disposer de lui pour ce périlleux service. »
Kant
Thèse principale : L'homme ne peut être considéré comme une propriété, il doit donner son consentement à la guerre.

l'homme, maître de la nature et des animaux

nature raison
« Le dernier progrès que fit la raison, achevant d'élever l'homme tout à fait au-dessus de la société animale, ce fut qu'il comprit (obscurément encore) qu'il était proprement la fin de la nature (1), et que rien de ce qui vit sur terre ne pouvait lui disputer ce droit. La première fois qu'il dit au mouton : “la peau que tu portes, ce n'est pas pour toi, mais pour moi que la nature te l'a donnée”, qu'il lui retira et s'en revêtit, il découvrit un privilège, qu'il avait, en raison de sa nature, sur tous les animaux. Et il cessa de les considérer comme ses compagnons dans la création, pour les regarder comme des moyens et des instruments mis à la disposition de sa volonté en vu d'atteindre les desseins (2) qu'il se propose. Cette représentation implique (obscurément sans doute) cette contrepartie, à savoir qu'il n'avait pas le droit de traiter un autre homme de cette façon, mais qu'il devait le considérer comme un associé participant sur un pied d'égalité avec lui aux dons de la nature. »
Kant
Thèse principale : Le dernier progrès de la raison est que l'homme comprend qu'il est la fin de la nature.

la dignité de l'homme face à l'argent

« Celui qui renonce à sa liberté et l'échange pour de l'argent agit contre l'humanité. La vie elle-même ne doit être tenue en haute estime que pour autant qu'elle nous permet de vivre comme des hommes, c'est-à-dire non pas en recherchant tous les plaisirs, mais de façon à ne pas déshonorer notre humanité. Nous devons dans notre vie être dignes de notre humanité : tout ce qui nous en rend indignes nous rend incapables de tout et suspend l'homme en nous. Quiconque offre son corps à la malice d'autrui pour en retirer un profit - par exemple en se laissant rouer de coups en échange de quelques bières - renonce du même coup à sa personne, et celui qui le paie pour cela agit de façon aussi méprisable que lui. D'aucune façon ne pouvons-nous, sans sacrifier notre personne, nous abandonner à autrui pour satisfaire son inclination, quand bien même nous pourrions par là sauver de la mort nos parents et nos amis. On peut encore moins le faire pour de l'argent. Si c'est pour satisfaire ses propres inclinations qu'on agit ainsi, cela est peut-être naturel mais n'en contredit pas moins la vertu et la moralité ; si c'est pour l'argent ou pour quelque autre but, on consent alors à se laisser utiliser comme une chose malgré le fait qu'on soit une personne, et on rejette ainsi la valeur de l'humanité. »
Kant
Thèse principale : En renonçant à sa liberté et en l'échangeant pour de l'argent, on agit contre l'humanité.

la dignité de l'honnête homme

conscience devoir
« Cette idée de la personnalité qui éveille le respect, qui nous met devant les yeux la sublimité de notre nature (d'après sa détermination), en nous faisant remarquer en même temps le défaut d'accord de notre conduite avec elle, et en abaissant par cela même la présomption, est naturelle, même à la raison humaine la plus commune, et aisément remarquée. Tout homme, même médiocrement honorable, n'a-t-il pas trouvé quelquefois qu'il s'est abstenu d'un mensonge, d'ailleurs inoffensif, par lequel il pouvait ou se tirer lui-même d'une affaire désagréable ou procurer quelque avantage à un ami cher et plein de mérite, pour avoir le droit de ne pas se mépriser en secret à ses propres yeux ? Dans les grands malheurs de la vie, qu'il aurait pu éviter en se mettant au-dessus du devoir, un honnête homme n'est-il pas soutenu par la conscience d'avoir en sa personne maintenu l'humanité dans sa dignité, de l'avoir honorée, de n'avoir pas de raison de rougir de lui-même à ses propres yeux et de craindre le spectacle intérieur de l'examen de conscience ? »
Kant
Thèse principale : Notre nature est remplie de sublimité, mais notre conduite ne l'est pas toujours.

la responsabilité morale des individus dès l'enfance

« Il y a des cas où des hommes, même avec une éducation qui a été profitable à d'autres, montrent cependant dès l'enfance une méchanceté si précoce, et y font des progrès si continus dans leur âge mûr qu'on les prend pour des scélérats (1) de naissance et qu'on les tient, en ce qui concerne leur façon de penser, pour tout à fait incorrigibles ; et toutefois on les juge pour ce qu'ils font et ce qu'ils ne font pas, on leur reproche leurs crimes comme des fautes, bien plus, eux-mêmes (les enfants) trouvent ces reproches tout à fait fondés, exactement comme si en dépit de la nature désespérante du caractère qu'on leur attribue, ils demeuraient aussi responsables que tout autre homme. Cela ne pourrait arriver si nous ne supposions pas que tout ce qui sort du libre choix d'un homme (comme sans doute toute action faite à dessein) a pour fondement une causalité par liberté, qui, dès la plus tendre jeunesse, exprime son caractère dans ses actions. »
Kant
Thèse principale : Il y a des cas où les enfants sont déjà méchants à l'enfance et se développent en scélérats à l'âge adulte. Mais nous les jugeons pour leurs actes, pas pour leur nature. »

la société et la liberté de l'esprit

état liberté
« L'homme est un être destiné à la société (bien qu'il soit aussi insociable), et en cultivant l'état de société il ressent puissamment le besoin de s'ouvrir aux autres (même sans avoir là d'intention précise) ; mais d'un autre côté, retenu et averti par la peur de l'abus que les autres pourraient faire de cette révélation de ses pensées, il se voit alors contraint de renfermer en lui-même une bonne part de ses jugements (surtout ceux qu'il porte sur les autres hommes). […] Il consentirait bien aussi à révéler aux autres ses défauts et ses fautes, mais il doit craindre que l'autre ne dissimule les siens et que lui-même puisse ainsi baisser dans l'estime de ce dernier s'il lui ouvrait tout son cœur. Si donc il trouve un homme qui ait de bonnes intentions et soit sensé, de telle sorte qu'il puisse, sans avoir à se soucier de ce danger, lui ouvrir son cœur en toute confiance et s'accorde de surcroît avec lui sur la manière de juger des choses, il peut donner libre cours à ses pensées. Il n'est plus entièrement seul avec ses pensées, comme dans une prison, mais jouit d'une liberté dont il est privé dans la foule où il lui faut se renfermer en lui-même. »
Kant
Thèse principale : L'homme est un être destiné à la société et ressent puissamment le besoin de s'ouvrir aux autres.

la beauté subjective et son pouvoir d'universalité

« L'un aime le son des instruments à vent, l'autre celui des instruments à corde. Discuter là-dessus avec l'intention de dénoncer l'erreur du jugement d'autrui qui diffère du nôtre, comme s'il lui était logiquement opposé, serait pure folie ; le principe : à chacun son goût (s'agissant des sens) vaut dans le domaine de l'agréable. Il en va tout autrement du beau. Il serait (tout au contraire) ridicule que quelqu'un qui se flatterait d'avoir du goût songeât à en donner la preuve en disant : cet objet (l'édifice que nous voyons, le vêtement que porte celui-ci, le concert que nous entendons, le poème qui est soumis à notre appréciation) est beau pour moi. Car ce qui lui plaît à lui simplement, il ne doit pas le qualifier de beau. Il ne manque pas de choses qui peuvent avoir pour lui attrait et agrément, personne ne s'en soucie, mais lorsqu'il donne une chose pour belle, il attribue aux autres la même satisfaction, il ne juge pas simplement pour lui, mais pour quiconque et parle alors de la beauté comme si c'était une propriété des choses. Aussi dit-il : la chose est belle, et en jugeant de la satisfaction il ne compte pas sur l'adhésion d'autrui parce qu'il l'a obtenue en maintes occasions, mais il exige d'eux cette adhésion. »
Kant
Thèse principale : L'un aime le son des instruments à vent, l'autre celui des instruments à corde ; mais chacun a sa propre définition du beau, et il est ridicule de croire que quelqu'un puisse prouver qu'une chose est belle pour lui en disant qu'elle l'est. La beauté est une propriété qui s'applique à tout le monde et non simplement au goût individuel.

la voix intérieure inévitable : la conscience comme juge de l'homme

conscience justice
« Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé, de manière générale tenu en respect (respect lié à la crainte) par un juge intérieur et cette puissance qui veille en lui sur les lois n'est pas quelque chose de forgé (arbitrairement) par lui-même, mais elle est inhérente à son être. Elle le suit comme son ombre quand il pense lui échapper. Il peut sans doute par des plaisirs ou des distractions s'étourdir ou s'endormir, mais il ne saurait éviter parfois de revenir à soi ou de se réveiller, dès qu'il en perçoit la voix terrible. Il est bien possible à l'homme de tomber dans la plus extrême abjection où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut jamais éviter de l'entendre. »
Kant
Thèse principale : Tout homme a une conscience inhérente à son être.

le devoir moral et la quête du bonheur

devoir conscience
« Un commandement ordonnant à chacun de chercher à se rendre heureux serait une sottise ; car on n'ordonne jamais à quelqu'un ce qu'il veut déjà inévitablement de lui-même. Il ne faudrait que lui ordonner les lignes de conduite ou, plutôt, les lui proposer, parce qu'il ne peut pas tout ce qu'il veut. Au contraire, ordonner la moralité sous le nom de devoir est tout à fait raisonnable, car tout le monde ne consent pas volontiers à obéir à ses préceptes, quand elle est en conflit avec des inclinations ; et, quant aux mesures à prendre sur la façon dont on peut obéir à cette loi, on n'a pas à les enseigner ici, car ce qu'un homme veut à cet égard, il le peut aussi. Celui qui a perdu au jeu peut bien s'en vouloir à lui-même ainsi qu'en vouloir à son imprudence, mais, s'il a conscience d'avoir triché (encore qu'il ait ainsi gagné), il doit se mépriser lui-même nécessairement dès qu'il se compare avec la loi morale. Il faut donc bien que celle-ci soit autre chose que le principe du bonheur personnel. Car, être contraint de se dire à soi-même : “Je suis un misérable, bien que j'aie rempli ma Bourse”, exige un autre critère de jugement que s'il s'agissait de s'approuver soi-même et de se dire : “Je suis un homme prudent, car j'ai enrichi ma caisse.” »
Kant
Thèse principale : Ordonner à chacun de chercher à se rendre heureux serait une sottise, car il ordonne à quelqu'un ce qu'il veut déjà inévitablement faire.

les désirs artificiels et la conduite de vie chez kant

raison nature
« Une propriété de la raison consiste à pouvoir, avec l'appui de l'imagination, créer artificiellement des désirs, non seulement sans fondements établis sur un instinct naturel, mais même en opposition avec lui ; ces désirs, au début, favorisent peu à peu l'éclosion de tout un essaim de penchants superflus, et qui plus est, contraires à la nature, sous l'appellation de “sensualité” (1). L'occasion de renier l'instinct de la nature n'a eu en soi peut-être que peu d'importance, mais le succès de cette première tentative, le fait de s'être rendu compte que sa raison avait le pouvoir de franchir les bornes dans lesquelles sont maintenus tous les animaux, fut, chez l'homme capital et décisif pour la conduite de sa vie. »
Kant
Thèse principale : Le cerveau humain a la capacité d'imaginer des désirs non naturels.

la limite de l'apprentissage dans les domaines scientifiques et artistiques

vérité art
« Ainsi on peut bien apprendre tout ce que Newton a exposé dans son œuvre immortelle, les Principes de la philosophie de la nature, si puissant qu'ait dû être le cerveau nécessaire pour ces découvertes ; en revanche on ne peut apprendre à composer des poèmes d'une manière pleine d'esprit, si précis que puissent être tous les préceptes pour l'art poétique, et si excellents qu'en soient les modèles. La raison en est que Newton pouvait rendre parfaitement clair et déterminé non seulement pour lui-même, mais aussi pour tout autre et pour ses successeurs, tous les moments de la démarche qu'il dut accomplir, depuis les premiers éléments de la géométrie jusqu'à ses découvertes les plus importantes et les plus profondes ; mais aucun Homère ou aucun Wieland (1) ne peut montrer comment ses idées riches de poésie et toutefois en même temps grosses de pensées surgissent et s'assemblent dans son cerveau, parce qu'il ne le sait pas lui-même et aussi ne peut l'enseigner à personne. Dans le domaine scientifique ainsi, le plus remarquable auteur de découvertes ne se distingue que par le degré de l'imitateur et de l'écolier le plus laborieux, tandis qu'il est spécifiquement différent de celui que la nature a doué pour les beaux-arts. »
Kant
Thèse principale : Ainsi on peut bien apprendre tout ce que Newton a exposé, mais on ne peut pas apprendre la composition d'un poème en suivant des préceptes ou des modèles. La raison est qu'on peut rendre parfaitement clair et déterminé les moments de la démarche scientifique, mais pas ceux de l'inspiration créative.

le respect de l'humanité comme fin en soi

liberté raison
« Celui qui a l'intention de faire à autrui une fausse promesse apercevra aussitôt qu'il veut se servir d'un autre homme simplement comme d'un moyen, sans que ce dernier contienne en même temps la fin en lui-même. Car celui que je veux par cette promesse faire servir à mes desseins ne peut absolument pas adhérer à ma façon d'en user envers lui et contenir ainsi lui-même la fin de cette action. Cette violation du principe de l'humanité dans d'autres hommes tombe plus évidemment sous les yeux quand on tire les exemples d'atteintes portées à la liberté ou à la propriété d'autrui. Car là il apparaît clairement que celui qui viole les droits des hommes a l'intention de se servir de la personne des autres simplement comme d'un moyen, sans considérer que les autres, en qualité d'êtres raisonnables, doivent être toujours estimés en même temps comme des fins, c'est-à-dire uniquement comme des êtres qui doivent pouvoir contenir aussi en eux la fin de cette même action. »
Kant
Thèse principale : Celui qui utilise une autre personne comme moyen sans qu'elle soit en elle-même fin est injuste.

le bonheur comme moyen de préserver la moralité

Doctrine de la vertu
devoir bonheur
« L'adversité, la douleur, la pauvreté sont de grandes tentations menant l'homme à violer son devoir. L'aisance, la force, la santé et la prospérité en général, qui s'opposent à cette influence, peuvent donc aussi, semble-t-il, être considérées comme des fins qui sont en même temps des devoirs, je veux dire le devoir de travailler à son propre bonheur et de ne pas s'appliquer seulement à celui d'autrui. - Mais alors ce n'est pas le bonheur qui est la fin, mais la moralité du sujet et le bonheur n'est que le moyen légitime d'écarter les obstacles qui s'opposent à cette fin ; aussi personne n'a ainsi le droit d'exiger de moi le sacrifice de mes fins qui ne sont pas immorales. Ce n'est pas directement un devoir que de chercher pour elle-même l'aisance, mais indirectement ce peut bien en être un, à savoir écarter la misère comme étant une forte tentation de mal agir. Mais alors ce n'est pas de mon bonheur, mais de ma moralité que j'ai comme fin et aussi comme devoir de conserver l'intégrité. »
Kant, Doctrine de la vertu
Thèse principale : L'adversité, la douleur et la pauvreté peuvent être des tentations qui conduisent à la violation du devoir.

l'invention, une création originale

« Inventer est tout autre chose que découvrir. Car ce qu'on découvre est considéré comme déjà existant sans être révélé, par exemple l'Amérique avant Colomb ; mais ce que l'on invente, la poudre à canon par exemple, n'était pas connu avant l'artisan qui l'a fabriqué. Les deux choses peuvent avoir leur mérite. On peut trouver quelque chose que l'on ne cherche pas (comme l'alchimiste le phosphore) et ce n'est pas un mérite. - Le talent d'inventeur s'appelle le génie, mais on n'applique jamais ce nom qu'à un créateur, c'est-à-dire à celui qui s'entend à faire quelque chose et non pas à celui qui se contente de connaître et de savoir beaucoup de choses ; on ne l'applique pas à qui se contente d'imiter, mais à qui est capable de faire dans ses ouvrages une production originale ; en somme à un créateur, à cette condition seulement que son œuvre soit un modèle. »
Kant
Thèse principale : Inventer est tout autre chose que découvrir

la tension entre la nécessité de la société et la crainte du jugement des autres

conscience état
« L'homme est un être destiné à la société (bien qu'il soit aussi, pourtant, insociable), et en cultivant l'état de société il éprouve puissamment le besoin de s'ouvrir à d'autres (même sans viser par là quelque but) ; mais d'un autre côté, embarrassé et averti par la crainte du mauvais usage que d'autres pourraient faire du dévoilement de ses pensées, il se voit contraint de renfermer en lui-même une bonne partie de ses jugements (particulièrement quand ils portent sur d'autres hommes). C'est volontiers qu'il s'entretiendrait avec quelqu'un de ce qu'il pense des hommes qu'il fréquente, de même que de ses idées sur le gouvernement, la religion, etc ; mais il ne peut avoir cette audace, d'une part parce que l'autre, qui retient en lui-même prudemment son jugement, pourrait s'en servir à son détriment, d'autre part, parce que, concernant la révélation de ses propres fautes, l'autre pourrait bien dissimuler les siennes et qu'il perdrait ainsi le respect de ce dernier s'il exposait à son regard, ouvertement, tout son cœur. »
Kant
Thèse principale : L'homme a besoin de s'ouvrir à la société.

l'importance de l'éducation rationnelle dès la jeunesse

raison liberté
« L'homme doit de bonne heure être habitué à se soumettre aux prescriptions de la raison. Si en sa jeunesse on laisse l'homme n'en faire qu'à sa volonté et que rien ne lui est opposé, il conserve durant sa vie entière une certaine sauvagerie. Et il ne sert en rien à certains d'être en leur jeunesse protégés par une excessive tendresse maternelle, car plus tard ils n'en rencontreront que plus de résistances et ils subiront des échecs dès qu'ils s'engageront dans les affaires du monde. C'est une faute habituelle dans l'éducation des princes que de ne jamais leur opposer dans leur jeunesse une véritable résistance, parce qu'ils sont destinés à régner. Chez l'homme, en raison de son penchant pour la liberté, il est nécessaire de polir sa rudesse ; en revanche chez l'animal cela n'est pas nécessaire en raison de l'instinct. »
Kant

agir pour la paix perpétuelle

Métaphysique des Mœurs, Première partie : Doctrine du droit
état devoir
« La raison […] énonce en nous son veto irrésistible : Il ne doit y avoir aucune guerre ; ni celle entre toi et moi dans l'état de nature, ni celle entre nous en tant qu'États, qui bien qu'ils se trouvent intérieurement dans un état légal, sont cependant extérieurement (dans leur rapport réciproque) dans un état dépourvu de lois - car ce n'est pas ainsi que chacun doit chercher son droit. Ainsi la question n'est plus de savoir si la paix perpétuelle est quelque chose de réel ou si ce n'est qu'une chimère et si nous ne nous trompons pas dans notre jugement théorique, quand nous admettons le premier cas, mais nous devons agir comme si la chose qui peut-être ne sera pas devait être, et en vue de sa fondation établir la constitution […] qui nous semble la plus capable d'y mener et de mettre fin à la conduite de la guerre dépourvue de salut vers laquelle tous les États sans exception ont jusqu'à maintenant dirigé leurs préparatifs intérieurs, comme vers leur fin suprême. Et si notre fin, en ce qui concerne sa réalisation, demeure toujours un vœu pieux, nous ne nous trompons certainement pas en admettant la maxime d'y travailler sans relâche, puisqu'elle est un devoir. »
Kant, Métaphysique des Mœurs, Première partie : Doctrine du droit
Thèse principale : La raison demande l'interdiction absolue de la guerre.

devoir bonheur
« Le principe du devoir envers soi-même est d'un tout autre ordre et n'a aucun rapport avec notre bien-être et notre bonheur terrestre. Loin d'occuper le dernier rang, ces devoirs envers soi viennent en premier et sont les plus importants de tous, car - sans encore expliquer de quoi ils retournent - il est évident qu'on ne peut rien attendre d'un homme qui déshonore sa propre personne. Celui qui contrevient aux devoirs qu'il a envers lui-même rejette du même coup l'humanité et n'est plus en état de s'acquitter de ses devoirs envers les autres. L'homme qui a mal accompli ses devoirs envers autrui, en manquant de générosité, de bonté et de compassion à son endroit, mais qui a observé les devoirs qu'il a envers lui-même en vivant comme il convient, peut encore posséder une certaine valeur intrinsèque. Celui qui au contraire a transgressé ces devoirs envers soi ne possède aucune valeur intrinsèque. Par conséquent la violation des devoirs envers soi-même enlève toute valeur à l'homme, tandis que la violation de ses devoirs envers les autres lui ôte sa valeur de manière simplement relative. Aussi les devoirs envers soi sont-ils la condition première sous laquelle les devoirs envers autrui pourront être observés […]. Un ivrogne ne fait de mal à personne, et s'il est de forte constitution, il peut bien ne pas se nuire à lui-même en abusant de la boisson, et pourtant il est un objet de mépris. »
Kant
Thèse principale : Les devoirs envers soi-même sont les plus importants et primaires.

l'écart constant de l'être humain par rapport à sa destination

Anthropologie du point de vue pragmatique
« L'homme est destiné par sa raison à exister en société avec des hommes et à se cultiver, se civiliser, se moraliser, dans cette société, par l'art et les sciences, si grand que puisse être son penchant animal à s'abandonner passivement aux séductions du confort et du bien-vivre qu'il appelle félicité : bien plutôt est-il destiné à se rendre activement digne de l'humanité, en luttant contre les obstacles dont l'accable la grossièreté de sa nature. L'homme doit donc nécessairement être éduqué en vue du bien ; mais celui qui a le devoir de l'éduquer est à son tour un homme qui est encore plongé dans la grossièreté de la nature et doit pourtant produire ce dont lui-même a besoin. De là vient le constant écart de l'être humain par rapport à sa destination, avec toujours des tentatives répétées pour y revenir. »
Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique
Thèse principale : L'homme est destiné à se cultiver et à se moraliser en société.

la raison comme juge souveraine de la connaissance

Critique de la raison pure
« La raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans et elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, elle doit obliger la nature à répondre à ces questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle ; car autrement, faites au hasard et sans aucun plan tracé d'avance, nos observations ne se rattacheraient point à une loi nécessaire, chose que la raison demande et dont elle a besoin. Il faut donc que la raison se présente à la nature tenant, d'une main, ses principes qui seuls peuvent donner aux phénomènes concordant entre eux l'autorité de la loi, et de l'autre, l'expérimentation qu'elle a imaginée d'après ses principes, pour être instruite par elle, il est vrai, mais non pas comme un écolier qui se laisse dire tout ce qui plaît au maître, mais, au contraire, comme un juge en fonctions qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose. »
Kant, Critique de la raison pure
Thèse principale : La raison doit prendre les devants avec ses propres principes immuables et obliger la nature à répondre.

la liberté de pensée, un joyau fragile

langage liberté
« On dit bien que la liberté de parler ou d'écrire peut assurément nous être enlevée par une autorité supérieure, mais non point la liberté de penser. Quelles seraient toutefois l'étendue et la justesse de notre pensée si nous ne pensions pas pour ainsi dire en communauté avec d'autres, dans une communication réciproque de nos pensées ! On peut donc dire que cette autorité extérieure qui arrache aux hommes la liberté de faire part publiquement, chacun, de ses pensées, leur arrache en même temps la liberté de penser, le seul joyau qui nous reste encore dans la multitude des fardeaux de la vie civile et qui, seul, peut nous aider encore à trouver un remède à tous les maux de cette condition. »
Kant
Thèse principale : La liberté de penser reste la seule liberté essentielle pour l'homme.

la subjectivité du jugement esthétique

Critique de la faculté de juger
« Quand quelqu'un ne trouve pas beau un édifice, un paysage, un poème, il ne se laisse pas imposer intérieurement l'assentiment par cent voix, qui toutes louent ces choses. Certes il peut faire comme si cela lui plaisait à lui aussi, afin de ne pas passer pour dépourvu de goût et il peut même commencer à douter d'avoir assez formé son goût à la connaissance d'un nombre suffisant de choses de ce genre (tout de même que celui qui croit de loin voir une forêt, tandis que d'autres aperçoivent une ville, doute du jugement de sa propre vue). Mais ce qu'il voit bien clairement, c'est que l'assentiment d'autrui ne constitue pas une preuve valable pour le jugement sur la beauté. Et si d'autres peuvent voir et observer pour lui, et si ce que beaucoup ont vu d'une même manière peut constituer une raison démonstrative suffisante pour lui au point de vue théorique et par conséquent logique, même s'il croit avoir vu autrement, en revanche jamais ce qui a plu à un autre ne saurait servir de fondement à un jugement esthétique. Le jugement d'autrui défavorable à notre égard peut sans doute à bon droit nous rendre incertain sur le nôtre, mais il ne saurait jamais nous convaincre qu'il n'est pas légitime. Ainsi il n'existe aucune raison démonstrative empirique pour imposer le jugement de goût à quelqu'un. »
Kant, Critique de la faculté de juger
Thèse principale : Aucun goût personnel n'est imposé par l'opinion commune, ni un point de vue unique ne convainc de la beauté. »

l'importance du travail dans la vie de l'homme

Réflexions sur l'éducation
travail devoir
« Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler. L'homme est le seul animal qui doit travailler. Il lui faut d'abord beaucoup de préparation pour en venir à jouir de ce qui est supposé par sa conservation. La question est de savoir si le Ciel n'aurait pas pris soin de nous avec plus de bienveillance, en nous offrant toutes les choses déjà préparées, de telle sorte que nous ne serions pas obligés de travailler, doit assurément recevoir une réponse négative : l'homme, en effet, a besoin d'occupations et même de celles qui impliquent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s'imaginer que si Adam et Eve étaient demeurés au Paradis, ils n'auraient rien fait d'autre que d'être assis ensemble, chanter des chants pastoraux et contempler la beauté de la nature. L'ennui les eût torturés tout aussi bien que d'autres hommes dans une situation semblable. L'homme doit être occupé de telle manière qu'il soit rempli par le but qu'il a devant les yeux, si bien qu'il ne se sente plus lui-même et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail. Ainsi l'enfant doit être habitué à travailler. Et où donc le penchant au travail doit-il être cultivé, si ce n'est à l'école ? L'école est une culture par contrainte. Il est extrêmement mauvais d'habituer l'enfant à tout regarder comme un jeu. »
Kant, Réflexions sur l'éducation
Thèse principale : Il est essentiel que les enfants apprennent à travailler. L'homme doit s'occuper et même faire face à certaines contraintes. Il n'est pas vrai qu'Adam et Eve fussent restés au Paradis sans rien faire, sans être inquiets par la solitude.

la responsabilité morale face à nos actes volontaires

justice conscience
« Prenons un acte volontaire, par exemple un mensonge nuisible par lequel un homme a introduit un certain désordre dans la société et dont on cherche d'abord les causes qui lui ont donné naissance pour juger ensuite comment il peut lui être attribué avec toutes ses conséquences. Sous le premier point de vue, on pénètre le caractère psychologique de cet homme jusque dans ses sources que l'on recherche dans la mauvaise éducation, dans les mauvaises fréquentations, en partie aussi dans la méchanceté d'un naturel insensible à la honte, qu'on attribue en partie à la légèreté et à l'irréflexion, sans négliger les circonstances tout à fait occasionnelles qui ont pu influer. Dans tout cela, on procède comme on le fait, en général, dans la recherche de la série des causes déterminantes d'un effet naturel donné. Or, bien que l'on croie que l'action soit déterminée par là, on n'en blâme pas moins l'auteur […]. Ce blâme se fonde sur une loi de la raison où l'on regarde celle-ci comme une cause qui aurait pu et aurait dû déterminer autrement la conduite de l'homme, indépendamment de toutes les conditions nommées […]. La raison était pleinement libre, et cet acte doit être attribué entièrement au fait que cet homme l'a négligée. »
Kant
Thèse principale : L'acte doit être attribué à la raison.

la rigueur de la loi morale

Leçons d'éthique
justice vérité
« L'éthique peut proposer des lois de moralité qui sont indulgentes et qui s'ordonnent aux faiblesses de la nature humaine, et ainsi elle s'accommode à cette nature en ne demandant rien de plus à l'homme que ce qu'il est en mesure d'accomplir. Mais l'éthique peut aussi être rigoureuse et réclamer la plus haute perfection morale. En fait, la loi morale doit elle-même être rigoureuse. Une telle loi, que l'homme soit en mesure ou non de l'accomplir, ne doit pas être indulgente et s'accommoder aux faiblesses humaines, car elle contient la norme de la perfection morale, laquelle doit être stricte et exacte. La géométrie donne par exemple des règles strictes, sans se demander si l'homme peut ou non les appliquer et les observer : le point qu'on dessine au centre d'un cercle a beau ne jamais être assez petit pour correspondre au point mathématique, la définition de ce dernier n'en conserve pas moins toute sa rigueur. De même, l'éthique présente des règles qui doivent être les règles de conduite de nos actions ; ces règles ne sont pas ordonnées au pouvoir de l'homme, mais indiquent ce qui est moralement nécessaire. L'éthique indulgente est la corruption de la mesure de perfection morale de l'humanité. La loi morale doit être pure. »
Kant, Leçons d'éthique
Thèse principale : L'éthique peut être rigoureuse et réclamer la perfection morale. La loi morale doit elle-même être stricte. Elle contient la norme de la perfection morale, laquelle doit être stricte et exacte.

la voix intérieure de la culpabilité

Critique de la raison pratique
conscience liberté
« Un homme a beau chercher par tous les artifices à représenter une action illégitime, qu'il se rappelle avoir commise, comme une erreur involontaire, comme une de ces négligences qu'il est impossible d'éviter entièrement, c'est-à-dire comme une chose où il a été entraîné par le torrent de la nécessité naturelle, et se déclarer ainsi innocent, il trouve toujours que l'avocat qui parle en sa faveur ne peut réduire au silence la voix intérieure qui l'accuse, s'il a conscience d'avoir été dans son bon sens, c'est-à-dire d'avoir eu l'usage de sa liberté au moment où il a commis cette action injuste ; et, quoiqu'il s'explique sa faute par une mauvaise habitude, qu'il a insensiblement contractée en négligeant de veiller sur lui-même, et qui en est venue à ce point que cette faute en peut être considérée comme la conséquence naturelle, il ne peut pourtant se mettre en sécurité contre les reproches et le blâme qu'il s'adresse à lui-même. »
Kant, Critique de la raison pratique
Thèse principale : Un homme a beau chercher par tous les artifices à représenter une action illégitime, qu'il se rappelle avoir commise, comme une erreur involontaire, comme une de ces négligences qu'il est impossible d'éviter entièrement, c'est-à-dire comme une chose où il a été entraîné par le torrent de la nécessité naturelle.

l'action bienfaisante : entre devoir et inclination

devoir bonheur
« Être bienfaisant, lorsqu'on le peut, est un devoir, et, de plus, il y a certaines âmes si naturellement portées à la sympathie que, sans aucun motif de vanité ou d'intérêt, elles trouvent une satisfaction intérieure à répandre la joie autour d'elles, et jouissent du bonheur d'autrui, en tant qu'il est leur ouvrage. Mais je soutiens que dans ce cas l'action, si conforme au devoir, si aimable qu'elle soit, n'a pourtant aucune vraie valeur morale, et qu'elle va de pair avec les autres inclinations, par exemple avec l'ambition, qui, lorsque, par bonheur, elle est conforme à l'intérêt public et au devoir, par conséquent à ce qui est honorable, mérite des éloges et des encouragements, mais non pas notre respect ; car la maxime (1) manque alors du caractère moral, qui veut qu'on agisse par devoir et non par inclination. »
Kant
Thèse principale : Être bienfaisant est une obligation.

la fausseté humaine et ses conséquences morales

Critique de la raison pure
vérité nature
« Il y a dans la nature humaine une certaine fausseté qui doit, en définitive, comme tout ce qui vient de la nature, contenir une disposition qui aboutit à une bonne fin ; je veux parler de notre inclination à cacher nos vrais sentiments et à afficher certains autres supposés, que nous tenons pour bons et honorables. Il est très certain que grâce à ce penchant qui porte les hommes tant à dissimuler qu'à prendre une apparence qui leur soit avantageuse, ils ne se sont pas seulement civilisés, mais encore moralisés peu à peu dans une certaine mesure, parce que personne ne pouvant percer le fard (1) de la bienséance, de l'honorabilité et de la décence, on trouva, dans ces prétendus bons exemples qu'on voyait autour de soi, une école d'amélioration pour soi-même. Mais cette disposition à se faire passer pour meilleur qu'on ne l'est et à manifester des sentiments que l'on n'a pas, ne sert en quelque sorte que provisoirement à tirer l'homme de sa rudesse et à lui faire prendre au moins d'abord l'apparence du bien qu'il connaît ; car une fois que les véritables principes sont développés et qu'ils sont passés dans la manière de penser, cette fausseté doit alors être peu à peu combattue avec force, car autrement elle corrompt le cœur et étouffe les bons sentiments sous l'ivraie (2) de la belle apparence. »
Kant, Critique de la raison pure
Thèse principale : Il y a une certaine fausseté naturelle à notre penchant

cultiver la liberté par la contrainte : un défi éducatif

« L'un des grands problèmes de l'éducation est de savoir comment allier la soumission à la contrainte de la règle et la capacité d'user de sa liberté. Car la contrainte est nécessaire ! Comment cultiverai-je la liberté par la contrainte ? Je dois accoutumer mon élève à endurer une contrainte imposée à sa liberté et le conduire en même temps à bien user de celle-là. Sans cela, tout ne sera que mécanisme, et il ne saura pas, au sortir de ses années d'éducation, se servir de sa liberté. Il lui faut sentir de bonne heure l'inévitable résistance de la société, apprendre à connaître la difficulté de subsister, de se priver et d'acquérir, afin d'être indépendant. Ici s'imposent les observations suivantes :
1°) il convient de laisser l'enfant libre en toutes choses (hormis celles où il se nuit à lui-même, en portant par exemple la main sur la lame nue d'un couteau), à condition qu'il n'entrave pas par là la liberté des autres : ainsi ses cris ou son exubérance suffisent à les importuner.
2°) Il faut lui montrer qu'il ne peut arriver à ses fins qu'en laissant les autres atteindre les leurs, par exemple, qu'on ne lui fera aucun plaisir s'il ne fait pas ce que l'on veut, qu'il a le devoir de s'instruire, etc.
3°) Il faut lui prouver qu'on lui impose une contrainte propre à le mener à l'usage de sa propre liberté, qu'on veille à sa culture pour qu'il puisse un jour être libre, c'est-à-dire qu'il n'ait pas à dépendre du secours d'autrui. »
Kant
Thèse principale : L'un des grands problèmes de l'éducation est de savoir comment allier la soumission à la contrainte et la capacité à utiliser sa liberté.

la force formatrice de l'être organisé

Critique de la faculté de juger
nature technique
« Dans une montre une partie est l'instrument du mouvement des autres, mais un rouage n'est pas la cause efficiente de la production d'un autre rouage ; certes une partie existe pour une autre, mais ce n'est pas par cette autre partie qu'elle existe. C'est pourquoi la cause productrice de celles-ci et de leur forme n'est pas contenue dans la nature (de cette matière), mais en dehors d'elle dans un être, qui d'après des Idées peut réaliser un tout possible par sa causalité. C'est pourquoi aussi dans une montre un rouage ne peut en produire un autre et encore moins une montre d'autres montres, en sorte qu'à cet effet elle utiliserait (elle organiserait) d'autres matières ; c'est pourquoi elle ne remplace pas d'elle-même les parties, qui lui ont été ôtées, ni ne corrige leurs défauts dans la première formation par l'intervention des autres parties, ou se répare elle-même, lorsqu'elle est déréglée : or tout cela nous pouvons en revanche l'attendre de la nature organisée. Ainsi un être organisé n'est pas simplement machine, car la machine possède uniquement une force motrice ; mais l'être organisé possède en soi une force formatrice qu'il communique aux matériaux, qui ne la possèdent pas (il les organise) : il s'agit ainsi d'une force formatrice qui se propage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de mouvoir (le mécanisme). »
Kant, Critique de la faculté de juger
Thèse principale : Un être organisé est capable de réaliser un tout possible par sa causalité.

l'homme, fin de la nature et égalité avec les autres êtres

Conjectures sur les débuts de l'histoire humaine
nature raison
« Le dernier progrès que fit la raison, achevant d'élever l'homme tout à fait au-dessus de la société animale, ce fut qu'il comprit (obscurément encore) qu'il était proprement la fin de la nature, et que rien de ce qui vit sur terre ne pouvait lui disputer ce droit. La première fois qu'il dit au mouton : “la peau que tu portes, ce n'est pas pour toi, mais pour moi que la nature te l'a donnée”, qu'il la lui retira et s'en revêtit, il découvrit un privilège qu'il avait, en raison de sa nature, sur tous les animaux. Et il cessa désormais de les considérer comme ses compagnons dans la création, pour les regarder comme des moyens et des instruments mis à la disposition de sa volonté en vue d'atteindre les desseins qu'il se propose. Cette représentation implique (obscurément sans doute) la contrepartie, à savoir qu'il n'avait pas le droit de traiter un homme de cette façon, mais qu'il devait le considérer comme un associé participant sur un pied d'égalité avec lui aux dons de la nature ; c'était se préparer de loin à la limitation que la raison devait à l'avenir imposer à sa volonté à l'égard des hommes ses semblables, et qui, bien plus que l'inclination et l'amour, est nécessaire à l'établissement de la société. Et ainsi l'homme venait d'atteindre l'égalité avec tous les autres êtres raisonnables, à quelque rang qu'ils pussent se trouver, c'est-à-dire, en ce qui concerne sa prétention d'être à lui-même sa fin, le droit d'être estimé par tous les autres comme tel, et de n'être utilisé par aucun comme simple moyen pour atteindre d'autres fins. »
Kant, Conjectures sur les débuts de l'histoire humaine
Thèse principale : L’homme a compris qu’il était la fin de la nature.

l'autorité de la connaissance rationnelle

vérité raison
« Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l'expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l'autorité d'autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d'aucun préjugé ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l'expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l'autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. - Mais lorsque nous faisons de l'autorité d'autrui le fondement de notre assentiment (1) à l'égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c'est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles ; il ne s'agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu'a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant à suivre l'autorité des grands hommes n'en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d'imiter ce qui nous est présenté comme grand. »
Kant
Thèse principale : Lorsque nous bâtissons notre connaissance sur l'autorité d'autrui, nous ne sommes pas coupables d'aucun préjugé. Mais lorsqu'on fait de l'autorité d'autrui le fondement de nos jugements, alors on admet que c'est un simple préjugé.

le progrès moral de l'humanité et la nécessité de poursuivre les desseins pragmatiques et moraux

Théorie et pratique
« L'idée selon laquelle ce qui n'a pas réussi jusqu'à maintenant ne réussira jamais pour cette même raison, cette idée ne justifie en aucun cas de renoncer à un dessein pragmatique ou technique (comme par exemple, le dessein de naviguer en ballon), encore moins de renoncer à un dessein moral qui est un devoir, dès lors qu'on n'a pas démontré que sa réalisation était impossible. Du reste, on peut prouver de mainte manière que le genre humain dans son ensemble a effectivement progressé d'une manière considérable au point de vue moral à notre époque, si on compare celle-ci à toutes les époques antérieures (des arrêts temporaires ne sauraient rien prouver là contre). On peut également prouver que tout le bruit qu'on fait à propos de la décadence irrésistiblement croissante du genre humain vient précisément du fait que, lorsque sa moralité franchit un degré supérieur, il voit encore plus loin devant lui. Dès lors, tout jugement sur ce qu'on est qui s'appuie sur une comparaison avec ce qu'on devrait être et, par conséquent, notre capacité à nous blâmer nous-même, deviennent d'autant plus sévères que nous avons déjà franchi davantage de marches dans la moralité de l'ensemble du cours du monde qui nous est connu. »
Kant, Théorie et pratique
Thèse principale : Le désir ne peut jamais être abandonné par la raison.

la moralité comme devoir et non comme moyen de bonheur

Critique de la raison pratique
devoir bonheur
« Un commandement ordonnant à chacun de chercher à se rendre heureux serait une sottise ; car on n'ordonne jamais à quelqu'un ce qu'il veut déjà inévitablement de lui-même. Il ne faudrait que lui ordonner les lignes de conduite ou, plutôt, les lui proposer, parce qu'il ne peut pas tout ce qu'il veut. Au contraire, ordonner la moralité sous le nom de devoir est tout à fait raisonnable, car tout le monde ne consent pas volontiers à obéir à ses préceptes, quand elle est en conflit avec des Inclinations ; et, quant aux mesures à prendre sur la façon dont on peut obéir à cette loi, on n'a pas à les enseigner ici, car ce qu'un homme veut à cet égard, il le peut aussi. Celui qui a perdu au jeu peut bien s'en vouloir à lui-même ainsi qu'en vouloir à son Imprudence, mais, s'il a conscience d'avoir triché (encore qu'il ait ainsi gagné), il doit se mépriser lui-même nécessairement dès qu'il se compare avec la loi morale. Il faut donc bien que celle-ci soit autre chose que le principe du bonheur personnel. Car, être contraint de se dire à soi-même : Je suis un misérable, bien que j'aie rempli ma bourse, exige un autre critère de jugement que s'il s'agissait de s'approuver soi-même et se dire : Je suis un homme prudent, car j'ai enrichi ma caisse. »
Kant, Critique de la raison pratique
Thèse principale : La moralité est un critère de jugement différent du bonheur personnel.

la subjectivité du jugement esthétique

Critique de la faculté de juger
« Quand quelqu'un ne trouve pas beau un édifice, un paysage, un poème, il ne se laisse pas imposer intérieurement l'assentiment par cent voix, qui toutes les célèbrent hautement. Il peut certes faire comme si cela lui plaisait à lui aussi, afin de ne pas être considéré comme dépourvu de goût ; il peut même commencer à douter d'avoir assez formé son goût par la connaissance d'une quantité suffisante d'objets de ce genre (de même que quelqu'un qui croit reconnaître au loin une forêt dans ce que tous les autres aperçoivent comme une ville doute du jugement de sa propre vue). Mais, en tout cas, il voit clairement que l'assentiment des autres ne constitue absolument pas une preuve valide pour l'appréciation de la beauté : d'autres peuvent bien voir et observer pour lui, et ce que beaucoup ont vu d'une même façon peut assurément, pour lui qui croit avoir vu la même chose autrement, constituer une preuve suffisante pour construire un jugement théorique et par conséquent logique ; mais jamais ce qui a plu à d'autres ne saurait servir de fondement à un jugement esthétique. Le jugement des autres, quand il ne va pas dans le sens du nôtre, peut sans doute à bon droit nous faire douter de celui que nous portons, mais jamais il ne saurait nous convaincre de son illégitimité. Ainsi n'y a-t-il aucune preuve empirique permettant d'imposer à quelqu'un le jugement de goût. »
Kant, Critique de la faculté de juger
Thèse principale : Quand quelqu'un ne trouve pas beau, il ne se laisse pas imposer intérieurement l'assentiment.

la quête du bonheur et la liberté individuelle

« Personne ne peut me contraindre à être heureux d'une certaine manière (celle dont il conçoit le bien-être des autres hommes) mais il est permis à chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, à lui, être la bonne, pourvu qu'il ne nuise pas à la liberté qui peut cœxister avec la liberté de chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, à ce droit d'autrui). - Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel que celui du père envers ses enfants, c'est-à-dire un gouvernement paternel, où par conséquent les sujets, tels des enfants mineurs incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de se comporter de manière uniquement passive, afin d'attendre uniquement du jugement du chef de l'État la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu'il le veuille également, - un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l'on puisse concevoir (constitution qui supprime toute liberté des sujets qui, dès lors, ne possèdent plus aucun droit). »
Kant
Thèse principale : Chacun a le droit de rechercher son bonheur, mais pas à en contraindre un autre à être heureux.

la responsabilité morale face à nos actes passés

Critique de la raison pratique
conscience liberté
« Un homme peut travailler avec autant d'art qu'il le veut à se représenter une action contraire à la loi dont il se souvient, comme une erreur faite sans intention, comme une simple imprévoyance qu'on ne peut jamais entièrement éviter, par conséquent comme quelque chose où il a été entraîné par le torrent de la nécessité naturelle et à se déclarer ainsi innocent, il trouve cependant que l'avocat qui parle en sa faveur ne peut réduire au silence l'accusateur qui est en lui s'il a conscience qu'au temps où il commettait l'injustice, il était dans son bon sens, c'est-à-dire qu'il avait l'usage de sa liberté. Quoiqu'il s'explique de sa faute par quelque mauvaise habitude, qu'il a insensiblement contractée en négligeant de faire attention à lui-même et qui est arrivée à un tel degré de développement qu'il peut considérer la première comme une conséquence naturelle de cette habitude, il ne peut jamais néanmoins ainsi se mettre en sûreté contre le blâme intérieur et le reproche qu'il se fait à lui-même. C'est là-dessus aussi que se fonde le repentir qui se produit à l'égard d'une action accomplie depuis longtemps, chaque fois que nous nous en souvenons : c'est-à-dire un sentiment de douleur produit par l'intention morale. »
Kant, Critique de la raison pratique
Thèse principale : Le fait d'agir intentionnellement contrairement à la loi est toujours blamable.

le respect : une affaire de personnes, pas de choses

Critique de la raison pratique
« Le respect s'applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l'inclination et même de l'amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment, c'est l'admiration et l'admiration comme affection, c'est-à-dire l'étonnement, peut aussi s'appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l'éloignement des corps célestes, à la force et à l'agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n'est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d'amour, de crainte ou d'une admiration qui peut même aller jusqu'à l'étonnement et cependant n'être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine (1), son courage et sa force, la puissance qu'il a d'après son rang parmi ses semblables, peuvent m'inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit : Devant un grand seigneur, je m'incline, mais mon esprit ne s'incline pas. Je puis ajouter : Devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s'incline, que je le veuille ou non, et si haut que j'élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité. »
Kant, Critique de la raison pratique
Thèse principale : Le respect s'applique toujours aux personnes, jamais à des choses.

impératifs de l'habileté : une question de moyens, pas de fins

Fondements de la métaphysique des mœurs
« Toutes les sciences ont une partie pratique, consistant en des problèmes qui supposent que quelque fin est possible pour nous, et en des impératifs qui énoncent comment cette fin peut être atteinte. Ces impératifs peuvent donc être appelés en général des impératifs de l'HABILETÉ. Que la fin soit raisonnable et bonne, ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit ici, mais seulement de ce qu'il faut faire pour l'atteindre. Les prescriptions que doit suivre le médecin pour guérir radicalement son homme, celles que doit suivre un empoisonneur pour le tuer à coup sûr, sont d'égale valeur, en tant qu'elles leur servent les unes et les autres à accomplir parfaitement leurs desseins. Comme dans la première jeunesse on ne sait pas quelles fins pourraient s'offrir à nous dans le cours de la vie, les parents cherchent principalement à faire apprendre à leurs enfants une foule de choses diverses ; ils pourvoient à l'habileté dans l'emploi des moyens en vue de toutes sortes de fins à volonté, incapables qu'ils sont de décider pour aucune de ces fins, qu'elle ne puisse pas d'aventure devenir réellement plus tard une visée de leurs enfants, tandis qu'il est possible qu'elle le devienne un jour ; et cette préoccupation est si grande qu'ils négligent communément de leur former et de leur rectifier le jugement sur la valeur des choses qu'ils pourraient bien avoir à se proposer pour fins. »
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Thèse principale : Toutes les sciences ont une partie pratique où l'on recherche comment atteindre une fin.

la sagesse de la suspension du jugement

raison vérité
« Réserver ou suspendre notre jugement, cela consiste à décider de ne pas permettre à un jugement provisoire de devenir définitif. Un jugement provisoire est un jugement par lequel je me représente qu'il y a plus de raison pour la vérité d'une chose que contre sa vérité, mais que cependant ces raisons ne suffisent pas encore pour que je porte un jugement déterminant ou définitif par lequel je décide franchement de sa vérité. Le jugement provisoire est donc un jugement dont on a conscience qu'il est simplement problématique. On peut suspendre le jugement à deux fins : soit en vue de chercher les raisons du jugement définitif, soit en vue de ne jamais juger. Dans le premier cas la suspension du jugement s'appelle critique […] ; dans le second elle est sceptique […]. Car le sceptique renonce à tout jugement, le vrai philosophe au contraire suspend simplement le sien tant qu'il n'a pas de raisons suffisantes de tenir quelque chose pour vrai. »
Kant
Thèse principale : Réserver ou suspendre notre jugement consiste à ne pas décider du vrai et du faux.

l'indétermination du concept de bonheur

bonheur raison
« Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu'a tout homme d'arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c'est-à-dire qu'ils doivent être empruntés à l'expérience, et que cependant, pour l'idée du bonheur, un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu'un être fini, si clairvoyant et en même temps si puissant qu'on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu'il veut ici véritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d'envie, que de pièges ne peut-il pas par là attirer sur sa tête ! Veut-il beaucoup de connaissances et de lumières ? Peut-être cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus pénétrant pour lui représenter d'une manière d'autant plus terrible les maux qui jusqu'à présent se dérobent encore à sa vue et qui sont pourtant inévitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses désirs qu'il a déjà bien assez de peine à satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui garantit que ce ne serait pas une longue souffrance ? Veut-il du moins la santè ? Que de fois l'indisposition du corps a détourné d'excès où aurait fait tomber une santé parfaite, etc.! Bref, il est incapable de déterminer avec une entière certitude d'après quelque principe ce qui le rendrait véritablement heureux : pour cela, il lui faudrait l'omniscience (1). »
Kant
Thèse principale : Le bonheur est un concept si indéterminé, que personne ne peut jamais définir précisément ce qu'il désire.

la distinction entre culture et civilisation dans la quête de la moralité

Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique
« Nous sommes cultivés au plus haut degré par l'art et par la science. Nous sommes civilisés, jusqu'à en être accablés, par la politesse et les bienséances sociales de toute sorte. Mais nous sommes encore loin de pouvoir nous tenir pour déjà moralisés. Si en effet l'idée de la moralité appartient bien à la culture, la mise en pratique de cette idée qui n'aboutit qu'à une apparence de moralité dans l'amour de l'honneur et la bienséance extérieure, constitue simplement la civilisation. Or tant que les États jettent toutes leurs forces dans leurs projets d'extension vains et violents, tant qu'ils entravent ainsi sans cesse le lent effort de formation intérieure du mode de penser de leurs citoyens, et qu'ils leur retirent ainsi toute aide en vue de cette fin, une fin semblable ne peut être atteinte, car sa réalisation exige que, par un long travail intérieur, chaque communauté forme ses citoyens. Or, tout bien qui n'est pas greffé sur une intention moralement bonne n'est qu'apparence criante et brillante misère. C'est dans cet état que l'espèce humaine restera jusqu'à ce qu'elle s'arrache par son travail […] à l'état chaotique de ses relations internationales. »
Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique
Thèse principale : Nous sommes encore loin d'être moralisés, car nous sommes cultivés par l'art et la science, mais la culture n'est pas toujours mise en pratique. Nous devons former nos citoyens pour atteindre une fin semblable, qui nécessite un long travail intérieur et un changement moral.

la maturation nécessaire à la liberté

La Religion dans les limites de la simple raison
liberté raison
« J'avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent aussi des hommes avisés : un certain peuple (en train d'élaborer sa liberté légale (1) n'est pas mûr pour la liberté ; les serfs d'un propriétaire terrien ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; et de même aussi, les hommes ne sont pas encore mûrs pour la liberté de croire. Dans une hypothèse de ce genre, la liberté ne se produira jamais ; car on ne peut pas mûrir pour la liberté, si l'on n'a pas été mis au préalable en liberté (il faut être libre pour pouvoir se servir utilement de ses forces dans la liberté). Les premiers essais en seront sans doute grossiers, et liés d'ordinaire à une condition plus pénible et plus dangereuse que lorsqu'on se trouvait encore sous les ordres, mais aussi sous la prévoyance d'autrui ; cependant jamais on ne mûrit pour la raison autrement que grâce à ses tentatives personnelles (qu'il faut être libre de pouvoir entreprendre). Je ne fais pas d'objection à ce que ceux qui détiennent le pouvoir renvoient encore loin, bien loin, obligés par les circonstances, le moment d'affranchir les hommes de ces trois chaînes. Mais, ériger en principe que la liberté ne vaut rien d'une manière générale pour ceux qui leur sont assujettis et qu'on ait le droit de les en écarter toujours, c'est là une atteinte aux droits régaliens (2) de la divinité elle-même qui a créé l'homme pour la liberté. Il est plus commode évidemment de régner dans l'État, la famille et l'Eglise quand on peut faire aboutir un pareil principe. Mais est-ce aussi plus juste ? »
Kant, La Religion dans les limites de la simple raison
Thèse principale : La liberté ne se produira jamais si on n'est pas libre pour la pratiquer.

l'objectivité des jugements de perception et d'expérience

Prolégomènes à toute métaphysique future
« La pièce est chaude, le sucre est doux, l'absinthe (1) est désagréable, ce sont là des jugements dont la valeur est simplement subjective. Je ne prétends nullement que moi-même je doive en juger ainsi en tout temps ou que quiconque doive en juger comme moi ; ces jugements expriment seulement une relation de deux sensations au même sujet, c'est-à-dire à moi-même et encore uniquement en l'état actuel de ma perception, et, de ce fait, ils ne doivent pas valoir non plus pour l'objet ; ce sont de tels jugements que j'appelle “jugements de perception”. Il en va tout autrement du jugement d'expérience. Ce que l'expérience m'apprend en de certaines circonstances, il faut qu'elle me l'apprenne en tout temps et qu'elle l'apprenne à quiconque également, et sa validité ne se restreint pas au sujet ou à son état momentané. Voilà pourquoi j'énonce de tels jugements comme objectivement valables. Quand je dis, par exemple : l'air est élastique (2), ce jugement n'est tout d'abord qu'un jugement de perception où je me contente de rapporter l'une à l'autre deux sensations telles que mes sens me les procurent. Pour que je puisse en faire un jugement d'expérience, j'exige que cette connexion (3) soit soumise à une condition qui la rende universellement valable. Il faut donc que la même perception dans les mêmes circonstances m'impose à moi en tout temps ainsi qu'à quiconque d'établir une connexion nécessaire. »
Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future (1783)
Thèse principale : Les jugements subjectifs ne sont pas objectivement valables. Les jugements d'expérience, en revanche, sont universellement valables.

la frontière délicate entre vengeance et justice

Leçons d'éthique
justice justice
« Le désir de vengeance ne doit pas être confondu avec le désir de justice. Chacun a l'obligation de faire valoir son droit et de veiller à ce qu'il ne soit pas foulé aux pieds par autrui. C'est le privilège de l'humanité que d'avoir des droits ; non seulement ne devons-nous pas renoncer à ce privilège, mais il nous faut le défendre dans toute la mesure du possible. Celui qui abandonne son droit, en effet, abandonne du même coup son humanité. Tous les hommes éprouvent donc le désir de protéger leur droit ; ils demandent même que celui qui a porté atteinte au droit d'autrui soit contraint de donner satisfaction à sa victime. Cela nous met en colère d'apprendre qu'une injustice a été commise envers quelqu'un ; nous sommes alors désireux que le coupable puisse lui-même faire l'expérience de ce qu'implique l'atteinte au droit d'autrui. Supposons qu'un homme n'ait pas envie de nous payer pour le travail que nous avons fait, en invoquant toutes sortes d'excuses pour se justifier. Notre droit est alors concerné, et nous ne devons laisser personne tourner celui-ci en plaisanterie. Il n'en va pas ici des quelques thalers (1) qui nous sont dus, mais de notre droit, qui vaut à lui seul bien plus que cent ou mille thalers. Mais si notre désir de justice va au-delà de ce qui est nécessaire pour défendre notre droit, nous cédons alors à l'esprit de vengeance. Nous devenons implacables et ne pensons qu'à la peine et au malheur que nous souhaitons à celui qui nous a fait du tort, même si cela n'accroît aucunement chez lui le respect dû à nos droits. Un tel désir de vengeance est quelque chose de vicieux. »
Kant, Leçons d'éthique (1780)
Thèse principale : « Notre droit doit être défendu et respecté, même s'il ne s'agit que de cent ou mille thalers. »

l'insatisfaction perpétuelle de l'homme face à la vie

Anthropologie du point de vue pragmatique
« Qu'en est-il de la satisfaction pendant la vie ? - Elle n'est pas accessible a? l'homme : ni dans un sens moral (e?tre satisfait de soi-me?me pour sa bonne volonte?) ni dans un sens pragmatique (e?tre satisfait du bien-e?tre qu'on pense pouvoir se procurer par l'habilete? et l'intelligence). La nature a place? en l'homme, comme stimulant de l'activite?, la douleur a? laquelle il ne peut se soustraire afin que le progre?s s'accomplisse toujours vers le mieux ; et me?me a? l'instant supre?me, on ne peut se dire satisfait de la dernie?re partie de sa vie que d'une manie?re relative (en partie par comparaison avec le lot des autres, en partie par comparaison avec nous-me?mes) : mais on ne l'est jamais purement ni absolument. Dans la vie, e?tre satisfait (absolument), ce serait, hors de toute activite?, le repos et l'inertie des mobiles ou l'engourdissement des sensations et de l'activite? qui leur est lie?e. Un tel e?tat est tout aussi incompatible avec la vie intellectuelle de l'homme que l'immobilite? du cœur dans un organisme animal, immobilite? a? laquelle, si ne survient aucune nouvelle excitation (par la douleur), la mort fait suite ine?vitablement. »
Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique (1798)
Thèse principale : La vie est essentiellement inaccomplie.

la voix inévitable de la conscience morale

Doctrine de la vertu
conscience devoir
« Le sentiment d'un tribunal intérieur inscrit en l'homme (“devant lequel ses pensées s'accusent ou se disculpent l'une l'autre”) correspond à la conscience morale. Tout homme a une telle conscience et se trouve observé, menacé et, en général, tenu en respect (un respect lié à la crainte) par un juge intérieur, et cette puissance qui, en lui, veille sur les lois n'est pas quelque chose qu'il se forge lui-même (arbitrairement), mais elle est incorporée dans son être. Elle le suit comme son ombre s'il songe à lui échapper. Il peut certes par des plaisirs et des distractions se rendre insensible ou s'endormir, mais il ne peut éviter par la suite de revenir à soi-même ou de se réveiller dès qu'il perçoit la voix terrible de cette conscience. Au demeurant peut-il en arriver à l'extrême infamie où il ne se préoccupe plus du tout de cette voix, mais il ne peut du moins éviter de l'entendre. »
Kant, Doctrine de la vertu (1795)
Thèse principale : Le sentiment d'un tribunal intérieur est l'incorporation de la conscience morale en l'homme.

l'utilité et la valeur de la connaissance

Logique
vérité science
« Il n'est point de connaissance qui soit superflue et inutile de façon absolue et à tous égards, encore que nous ne soyons pas toujours à même d'en apercevoir l'utilité. - C'est par conséquent une objection aussi mal avisée qu'injuste que les esprits superficiels adressent aux grands hommes qui consacrent aux sciences des soins laborieux, lorsqu'ils viennent demander : à quoi cela sert-il ? On ne doit en aucun cas poser une telle question quand on prétend s'occuper de science. À supposer qu'une science ne puisse apporter d'explication que sur un quelconque objet possible, de ce seul fait son utilité serait déjà suffisante. Toute connaissance logiquement parfaite a toujours quelque utilité possible : même si elle nous échappe jusqu'à présent, il se peut que la postérité la découvre. - Si en cultivant les sciences on n'avait jamais mesuré l'utilité qu'au profit matériel qu'on pourrait retirer, nous n'aurions pas l'arithmétique et la géométrie. Aussi bien notre intelligence est ainsi conformée qu'elle trouve satisfaction dans la simple connaissance, et même une satisfaction plus grande que dans l'utilité qui en résulte. Platon l'avait remarqué. L'homme y prend conscience de sa valeur propre ; il a la sensation de ce qui se nomme : se savoir esprit. Les hommes qui ne sentent pas cela doivent envier les bêtes. La valeur intrinsèque que les connaissances tiennent de leur perfection logique est incomparable avec leur valeur extrinsèque, qu'elles tirent de leur application. »
Kant, Logique (1800)
Thèse principale : Toute connaissance est utile, même si nous ne la percevons pas toujours à l'heure actuelle. C'est en cultivant les sciences qu'on découvre leur utilité et que notre intelligence trouve satisfaction dans la simple connaissance. L'homme prend conscience de sa valeur propre et a la sensation de se savoir esprit. La valeur intrinsèque des connaissances est incomparable avec leur valeur extrinsèque.

l'autorité de la connaissance rationnelle

Logique
« Lorsque, dans les matie?res qui se fondent sur l’expe?rience et le te?moignage, nous ba?tissons notre connaissance sur l’autorite? d’autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun pre?juge? ; car, dans ce genre de choses, puisque nous ne pouvons faire nous-me?mes l’expe?rience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l’autorite? de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l’autorite? d’autrui le fondement de notre assentiment a? l’e?gard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple pre?juge?. Car c’est de fac?on anonyme que valent les ve?rite?s rationnelles ; il ne s’agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu’a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine ; le penchant a? suivre l’autorite? des grands hommes n’en est pas moins tre?s re?pandu tant a? cause de la faiblesse des lumie?res personnelles que par de?sir d’imiter ce qui nous est pre?sente? comme grand. »
Kant, Logique (1800)
Thèse principale : Lorsque nous basons notre connaissance sur l’autorité d’autrui, nous ne sommes pas coupables de préjugés.

l'obéissance au droit et la quête du bonheur

Sur le lieu commun : il se peut que ce soit juste en the?orie, mais, en pratique, cela ne vaut point
« Si un peuple devait estimer perdre tre?s vraisemblablement son bonheur sous une certaine le?gislation pre?sentement effective, qu’a-t-il a? faire ? Doit-il ne pas se rebeller ? La re?ponse ne peut e?tre que : il n’a rien d’autre a? faire que d’obe?ir. Car il n’est pas ici question du bonheur qui est a? attendre pour le sujet d’une institution ou d’une administration de la communaute?, mais uniquement du droit qui doit, par la?, e?tre assure? pour chacun : ce qui constitue le principe supre?me dont doivent provenir toutes les maximes qui touchent une communaute? et qui ne peut e?tre limite? par aucun autre principe. En ce qui concerne le premier point (le bonheur), on ne peut donner pour loi absolument aucun principe universellement valable. Car les circonstances temporelles aussi bien que les chime?res (1), extre?mement contradictoires d’un individu a? l’autre et qui plus est toujours changeantes, ou? chacun place son bonheur (mais personne ne peut lui prescrire ou? il doit le placer) rendent tout principe solide impossible et par sa seule nature impropre a? e?tre le fondement de la le?gislation. La proposition : le salut public est la loi civile supre?me, conserve intacts sa valeur et son cre?dit ; mais le bien public qui doit d’abord e?tre pris en conside?ration est justement cette constitution le?gale qui, par des lois, assure a? chacun sa liberte? : en quoi il lui reste toute possibilite? de chercher son bonheur par les voies qui lui paraissent les meilleures, de?s lors qu’il ne porte pas pre?judice a? cette liberte? le?gale universelle et par suite au droit des autres co-sujets. »
Kant, Sur le lieu commun : il se peut que ce soit juste en the?orie, mais, en pratique, cela ne vaut point (1793)
Thèse principale : Le bonheur est relatif et impossible à légitimer.

le bonheur comme moyen et comme devoir

Doctrine de la vertu
« L'adversite?, la souffrance et la pauvrete? constituent de grandes tentations de transgresser son devoir. L’aisance, la force, la sante? et la prospe?rite? en ge?ne?ral, qui s’opposent a? cette influence, peuvent donc aussi, a? ce qu’il semble, e?tre conside?re?es comme des fins qui sont en me?me temps des devoirs, a? savoir le devoir de favoriser son propre bonheur et de ne pas orienter le bonheur uniquement vers autrui. Mais dans ces conditions ce n’est pas le bonheur qui est la fin : c’est la moralite? du sujet, et le bonheur constitue uniquement le moyen le?gitime d’e?carter les obstacles qu’il pourrait rencontrer – cela dans la mesure ou? personne ne dispose d’un droit d’exiger de moi un sacrifice de mes fins quand elles ne sont pas immorales. Rechercher pour elle-me?me l’aisance, ce n’est pas directement un devoir, mais ce peut parfaitement en e?tre un indirectement, a? savoir celui d’e?carter la mise?re en tant qu’elle constitue une grande incitation a? s’abandonner aux vices. Reste que, dans ce cas, ce n’est pas de mon bonheur, mais de ma moralite? que je me fais une fin et en me?me temps un devoir de les conserver dans leur inte?grite?. »
Kant, Doctrine de la vertu (1797)
Thèse principale : L'adversité, la souffrance et la pauvreté constituent des grandes tentations de transgresser son devoir, mais l'aisance, la force et la santé sont en même temps des fins qui sont en même temps des devoirs. »

la compassion envers les animaux : un devoir moral envers soi-même

Doctrine de la vertu
« Concernant la partie des cre?atures qui est vivante, bien que de?pourvue de raison, un traitement violent et en me?me temps cruel des animaux est […] intimement oppose? au devoir de l’homme envers lui-me?me, parce qu’ainsi la sympathie a? l’e?gard de leurs souffrances se trouve e?mousse?e en l’homme et que cela affaiblit et peu a? peu ane?antit une disposition naturelle tre?s profitable a? la moralite? dans la relation avec les autres hommes – quand bien me?me, dans ce qui est permis a? l’homme, s’inscrit le fait de tuer rapidement (d’une manie?re qui e?vite de les torturer) les animaux, ou encore de les astreindre a? un travail (ce a? quoi, il est vrai, les hommes eux aussi doivent se soumettre), a? condition simplement qu’il n’exce?de pas leurs forces ; a? l’inverse, il faut avoir en horreur les expe?riences physiques qui les martyrisent pour le simple be?ne?fice de la spe?culation, alors que, me?me sans elles, le but pourrait e?tre atteint. Me?me la reconnaissance pour les services longtemps rendus par un vieux cheval ou un vieux chien (comme s’ils e?taient des personnes de la maison) appartient indirectement aux devoirs de l’homme, a? savoir au devoir conc?u en conside?ration de ces animaux, mais cette reconnaissance, envisage?e directement, n’est jamais qu’un devoir de l’homme envers lui-me?me. »
Kant, Doctrine de la vertu (1797)
NB : les termes “indirectement”, “considération” et “directement” sont en italiques
Thèse principale : Concernant la partie des créatures qui est vivante, bien que dépourvue de raison, un traitement violent et en même temps cruel des animaux est intimement opposé au devoir de l’homme envers lui-même, parce qu’ainsi la sympathie à l’égard de leurs souffrances se trouve émoussée en l’homme et que cela affaiblit et peu à peu anéantit une disposition naturelle très profitable à la moralité dans la relation avec les autres hommes.

la dignité de l'honneur et le sens de la vie

Critique de la raison pratique
« Y a-t-il un homme, me?me moyennement honne?te, a? qui il ne soit parfois arrive? de renoncer a? un mensonge, par ailleurs inoffensif, par lequel il pouvait se tirer lui-me?me d'un mauvais pas, ou bien me?me rendre service a? un ami cher et me?ritant, uniquement pour pouvoir ne pas se rendre secre?tement me?prisable a? ses propres yeux ? L'honne?te homme frappe? par un grand malheur qu'il aurait pu e?viter, s'il avait seulement pu manquer a? son devoir, n'est- il pas soutenu par la conscience d'avoir maintenu et honore? en sa personne la dignite? propre a? l'humanite?, de n'avoir pas a? rougir de lui-me?me et de ne pas redouter le regard interne de l'examen de conscience ? Cette consolation n'est pas le bonheur, elle n'en est pas me?me la plus petite partie. Nul, en effet, ne souhaitera l'occasion de l'e?prouver, ni peut-e?tre me?me ne de?sirerait la vie a? ces conditions ; mais il vit, et ne peut supporter d'e?tre a? ses propres yeux indigne de la vie. Cet apaisement inte?rieur est donc purement ne?gatif, par rapport a? tout ce qui peut rendre la vie agre?able ; il consiste en effet a? e?carter le danger de de?cliner en valeur personnelle, alors qu'on a de?ja? renonce? entie?rement a? celle de sa situation. Il est l'effet d'un respect pour quelque chose de bien diffe?rent de la vie, et aupre?s duquel au contraire la vie, avec tout ce qu'elle a d'agre?able, n'a en comparaison et en opposition aucune valeur. L'homme dont nous parlions ne vit plus que par devoir, et non parce qu'il trouve le moindre gou?t a? la vie. »
Kant, Critique de la raison pratique (1788)
Thèse principale : L'honne?te homme est soutenu par la conscience de maintenir sa dignite?.

la différence entre la science et les beaux-arts selon kant

Critique de la faculte? de juger
« On peut bien apprendre tout ce que Newton (1) a expose? dans son œuvre immortelle, les Principes de la philosophie de la nature, si puissant qu’ait du? e?tre le cerveau ne?cessaire pour ces de?couvertes ; en revanche, on ne peut apprendre a? composer des pœ?mes d’une manie?re pleine d’esprit, si pre?cis que puissent e?tre tous les pre?ceptes pour l’art pœ?tique, et si excellents que soient les mode?les. La raison en est que Newton pouvait rendre parfaitement clair et de?termine? non seulement pour lui-me?me, mais aussi pour tout autre et pour ses successeurs tous les moments de la de?marche qu’il dut accomplir, depuis les premiers e?le?ments de la ge?ome?trie jusqu’a? ses de?couvertes les plus importantes et les plus profondes ; mais aucun Home?re (2) ou aucun Wieland (3) ne peut montrer comment ses ide?es riches de pœ?sie et toutefois en me?me temps grosses de pense?e surgissent et s’assemblent dans son cerveau, parce qu’il ne le sait pas lui-me?me et aussi ne peut l’enseigner a? personne. Dans le domaine scientifique ainsi, le plus remarquable auteur de de?couvertes ne se distingue que par le degre? de l’imitateur et de l’e?colier le plus laborieux, tandis qu’il est spe?cifiquement diffe?rent de celui que la nature a doue? pour les beaux-arts. »
Kant, Critique de la faculte? de juger (1790)
Thèse principale : Nous pouvons apprendre des sciences, mais pas du domaine artistique.

la pureté morale et l'impulsion humanitaire**

Lec?ons d’e?thique
« Il suffit par exemple qu’un malheureux nous aborde pour que nous ressentions de la compassion pour lui et lui venions en aide, ce qui toutefois ne se serait pas produit s’il nous avait implore?s par e?crit. De me?me un voyageur de passage qui aperc?oit des mise?reux e?tendus sur son chemin et leur porte secours, n’est pas pousse? a? agir ainsi pour en retirer des honneurs ou un avantage personnel, car biento?t il aura quitte? ces lieux, mais parce que cette action est bonne en elle-me?me. Il y a donc dans notre cœur quelque chose de moralement pur, bien que sa force d’impulsion ne suffise pas comple?tement pour faire contrepoids a? nos impulsions sensibles. Mais le jugement sur la purete? morale attire a? lui, par association, de nombreux motifs de purete?, aiguillonnant ainsi nos actions, jusqu’au point ou? cela devient chez nous une habitude. On ne doit donc pas persister a? chercher les taches et les faiblesses chez les hommes, ou dans la vie d’un Socrate par exemple, car cela n’est d’aucune utilite?, plus encore, c’est la? une pratique nuisible. En accumulant ainsi les exemples d’imperfection morale, on finit par se flatter soi-me?me de sa propre imperfection. Cette avidite? a? trouver des de?fauts chez les autres trahit une forme de me?chancete?, mais aussi d’envie devant la moralite? que l’on voit briller chez autrui, et dont on est soi-me?me de?pourvu. Le principe que nous tirons de la faiblesse de la nature humaine est le suivant : les lois morales ne doivent jamais s’ajuster aux faiblesses de l’homme, mais doivent e?tre pre?sente?es dans leur saintete? et dans leur purete? parfaites, quelle que soit la constitution de la nature humaine. »
Kant, Lec?ons d’e?thique (1780)
Thèse principale : Il suffit qu'un malheureux nous aborde pour que nous ressentions de la compassion pour lui et lui venions en aide.

l'activité comme source de vie

Lec?ons d’e?thique
« C’est a? travers ses actions, et non dans la jouissance, que l’homme ressent sa vie. Plus nous sommes occupe?s, plus ce sentiment est fort, et plus nous sommes conscients de notre vie. Dans l’oisivete?, nous ressentons au contraire la fugacite? de la vie ; plus encore, nous avons l’impression de ne pas e?tre vivants. L’activite? contribue donc a? l’entretien de notre vie. Le temps, lorsqu’il est vide, nous de?plai?t. Qu’est-ce qui cependant rend le temps agre?able a? nos yeux ? Les jouissances de la vie ne remplissent pas le temps, mais le laissent vide, et devant ce vide l’esprit humain e?prouve de l’aversion, de la morosite? et du de?gou?t. Le moment pre?sent peut sans doute nous parai?tre rempli, mais si nous ne l’occupons qu’avec des jeux, etc., cette apparence de ple?nitude ne dure pas plus longtemps que le moment pre?sent lui-me?me ; a? notre souvenir, ce moment semble vide. Celui qui n’a rien fait d’autre dans la vie que de gaspiller son temps et qui jette un regard en arrie?re sur son existence, est toujours surpris de voir qu’il est si rapidement parvenu a? la fin de ses jours ; il se demande comment cela se peut, car il n’a rien accompli. Seules nos actions remplissent le temps. Ce n’est que dans nos occupations que nous nous sentons vivre, alors que la jouissance, elle, nous laisse une impression d’insuffisance, car la vie est essentiellement la faculte? de l’activite? spontane?e et le sentiment de toutes nos forces humaines. L’occupation est ce qui e?veille la conscience de nos forces ; plus nous sentons celles-ci, plus nous sentons que nous sommes vivants. »
Kant, Lec?ons d’e?thique
Thèse principale : C’est à travers nos actions et non la jouissance que nous sentons vivre.

l'activité comme essence de la vie

Lec?ons d’e?thique
« C’est a? travers ses actions, et non dans la jouissance, que l’homme ressent sa vie. Plus nous sommes occupe?s, plus ce sentiment est fort, et plus nous sommes conscients de notre vie. Dans l’oisivete?, nous ressentons au contraire la fugacite? de la vie ; plus encore, nous avons l’impression de ne pas e?tre vivants. L’activite? contribue donc a? l’entretien de notre vie. Le temps, lorsqu’il est vide, nous de?plai?t. Qu’est-ce qui cependant rend le temps agre?able a? nos yeux ? Les jouissances de la vie ne remplissent pas le temps, mais le laissent vide, et devant ce vide l’esprit humain e?prouve de l’aversion, de la morosite? et du de?gou?t. Le moment pre?sent peut sans doute nous parai?tre rempli, mais si nous ne l’occupons qu’avec des jeux, etc., cette apparence de ple?nitude ne dure pas plus longtemps que le moment pre?sent lui-me?me ; a? notre souvenir, ce moment semble vide. Celui qui n’a rien fait d’autre dans la vie que de gaspiller son temps et qui jette un regard en arrie?re sur son existence, est toujours surpris de voir qu’il est si rapidement parvenu a? la fin de ses jours ; il se demande comment cela se peut, car il n’a rien accompli. Seules nos actions remplissent le temps. Ce n’est que dans nos occupations que nous nous sentons vivre, alors que la jouissance, elle, nous laisse une impression d’insuffisance, car la vie est essentiellement la faculte? de l’activite? spontane?e et le sentiment de toutes nos forces humaines. L’occupation est ce qui e?veille la conscience de nos forces ; plus nous sentons celles-ci, plus nous sentons que nous sommes vivants. »
Kant, Lec?ons d’e?thique
Thèse principale : L’occupation est essentielle à la vie. Plus nous sommes occupés, plus ce sentiment est fort. Laisser le temps vide nous déplait. Les jouissances ne remplissent pas le temps, mais le laissent vide. Seules nos actions remontent dans notre souvenir et remplissent le temps.

The?orie et pratique
« Si un peuple devait tre?s probablement juger que telle le?gislation en vigueur actuellement compromet son bonheur, que doit-il faire ? Ne doit-il pas s'y opposer ? La re?ponse ne saurait e?tre que la suivante : il n'y a rien d'autre a? faire que d’obe?ir. Car, ici, il n'est pas question du bonheur que le sujet peut attendre d'une institution ou d'une administration de la communaute?, mais, avant tout et simplement, du droit qui doit e?tre par la? assure? a? chacun : ce qui est le principe supre?me dont doivent provenir toutes les maximes qui concernent une communaute? et qu'aucun autre ne peut limiter. En ce qui concerne la premie?re maxime (celle du bonheur), aucun principe valable universellement ne peut e?tre pre?sente? au titre de loi. Car, aussi bien les circonstances historiques que les mirages ou? chacun place son bonheur et qui sont source de de?saccords entre les hommes et qui changent pour cela continuellement (mais personne ne peut prescrire a? quiconque le lieu ou? il doit le placer) rendent tout principe ferme impossible et inapte a? devenir, pour ce qui le concerne, le fondement de la le?gislation. La proposition : Le salut public est la loi supre?me de la cite? (1) conserve sa valeur et son cre?dit inentame?s ; mais le salut public, qu'il convient de prendre d'abord en conside?ration, est justement cette constitution le?gale dont les lois assurent a? chacun la liberte? ; en quoi il lui reste loisible de poursuivre son bonheur de la manie?re qui lui semble la meilleure a? condition de ne pas porter pre?judice a? cette loi universelle et conforme a? la loi, donc au droit des autres co-sujets. »
Kant, The?orie et pratique (1793)
Thèse principale : Si un peuple devait s'opposer à une loi, il doit la suivre, car c'est le droit qui doit être assuré à chacun, et aucun principe valable universellement ne peut être pris en considération en tant que loi.

Le temps comme condition de possibilité

Critique de la Raison Pure, Esthétique transcendantale, II, § 4 : Exposition métaphysique
temps conscience
« 1) Le temps n’est pas un concept empirique qui dérive d’une expérience quelconque. En effet, la simultanéité ou succession ne tomberait pas elle-même sous la perception, si la représentation du temps ne lui servait a priori de fondement. Ce n’est que sous cette supposition que l’on peut se représenter qu’une chose existe en même temps qu’une autre (simultanément) ou dans des temps différents (successivement). [ceci suppose que les données sensibles qui nous arrivent de l’extérieur ne sont ni simultanées ni successives par elles-mêmes.] 2) Le temps est une représentation nécessaire qui sert de fondement à toutes les intuitions. On ne saurait exclure le temps lui-même par rapport aux phénomènes en général, quoiqu’on puisse fort bien enlever les phénomènes du temps. Le temps est donc donné a priori. En lui seul est possible toute réalité des phénomènes. Ceux-ci peuvent bien disparaître tous ensemble, mais le temps lui-même (comme condition générale de leur possibilité) ne peut être supprimé. 3) Sur cette nécessité a priori se fonde aussi la possibilité de principes apodictiques [c’est-à-dire nécessaires et universels] concernant les rapports du temps ou d’axiomes du temps en général. Le temps n’a qu’une dimension : des temps différents ne sont pas simultanés mais successifs (de même des espaces différents ne sont pas successifs mais simultanés). Ces principes ne peuvent pas être tirés de l’expérience, car cette expérience ne saurait donner ni une rigoureuse universalité, ni une certitude apodictique. Nous ne pouvons que dire : voilà ce qu’apprend la perception commune, mais non voilà comment cela doit se passer. Ces principes ont donc la valeur de règles qui rendent, en général, possibles les expériences ; ils nous instruisent avant l’expérience, mais non par elle. 4) Le temps n’est pas un concept discursif, ou, comme on dit, un concept général, mais une forme pure de l’intuition sensible. Des temps différents ne sont que des parties du même temps. Mais la représentation qui ne peut être donnée que par un seul objet est une intuition. Aussi cette proposition : que des temps différents ne peuvent être simultanés, ne saurait elle dériver d’un concept général. Cette proposition est synthétique et elle ne peut être tirée uniquement de concepts. Elle est donc immédiatement contenue dans l’intuition et dans la représentation du temps. [Plus encore qu’à propos de l’espace, il est beaucoup plus évident que seules les parties du temps nous sont données et que sa totalité est une généralisation par l’imagination ou le concept.] 5) L’infinité du temps ne signifie rien de plus sinon que toute grandeur déterminée du temps n’est possible que par des limitations d’un temps unique qui lui sert de fondement. Aussi faut-il que la représentation originaire de temps soit donnée comme illimitée. Mais quand les parties mêmes et toute grandeur d’un objet ne peuvent être représentées d’une façon déterminée que par une limitation, alors la représentation tout entière ne peut pas être donnée par des concepts (car ceux-ci ne contiennent que des représentations partielles), et il faut qu’il y ait une intuition immédiate qui leur serve de fondement. »
Thèse principale : Le temps n'est pas empirique, mais a priori, nécessaire à toutes les intuitions et donné par la représentation du temps lui-même. La simultanéité ou succession ne sont perceptibles que sous l'hypothèse qu'une chose existe en même temps qu'une autre simultanément ou dans des temps différents successivement. Le temps est une forme pure de l'intuition sensible, infini et donné par la représentation originaire du temps comme illimité. La représentation totale ne peut pas être donnée par des concepts, mais par une intuition immédiate qui leur sert de fondement.

Le beau artistique est ce qui plaît universellement sans concept

L'art
Majeure
Un jugement universel sans concept est un jugement esthétique pur
Mineure
Le beau artistique suscite un plaisir désintéressé et universel
Conclusion
Donc le beau artistique relève du jugement esthétique pur

Le bonheur n'est pas le but de la morale mais sa conséquence

Le bonheur
Majeure
Le but de la morale est le devoir rationnel pur
Mineure
Le bonheur vient comme récompense de la vertu
Conclusion
Donc le bonheur est la conséquence et non le but de la vie morale

La conscience transcendantale unifie l'expérience

La conscience
Majeure
Toute expérience requiert une unité synthétique
Mineure
Cette unité est fournie par la conscience transcendantale
Conclusion
Donc la conscience rend possible l'expérience

Le devoir est un impératif catégorique de la raison

Le devoir
Majeure
Une action morale doit être universalisable
Mineure
Seul l'impératif catégorique est universalisable
Conclusion
Donc le devoir moral est un impératif catégorique

La justice doit être fondée sur la raison pure pratique

La justice
Majeure
Le droit doit être universel
Mineure
Seule la raison pure fonde l'universel
Conclusion
Donc la justice doit être rationnelle

La liberté est l'autonomie de la volonté

La liberté
Majeure
La volonté peut se donner sa propre loi
Mineure
Cette autodétermination est la liberté
Conclusion
Donc la liberté est autonomie morale

La nature obéit à des lois que nous lui imposons

La nature
Majeure
L'entendement prescrit ses lois à la nature
Mineure
Ces lois sont les catégories a priori
Conclusion
Donc la nature est phénoménale

La raison pure a des limites mais guide la pratique

La raison
Majeure
La raison théorique ne peut connaître que les phénomènes
Mineure
Mais la raison pratique fonde la morale
Conclusion
Donc la raison est limitée mais normative

La religion doit se limiter à la raison pure

La religion
Majeure
La religion relève de la raison pratique
Mineure
Elle doit respecter les limites rationnelles
Conclusion
Donc la religion est morale

Le temps est une forme a priori

Le temps
Majeure
Le temps est condition de l'expérience
Mineure
Cette condition est subjective
Conclusion
Donc le temps est transcendantal
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