Sartre

Sartre

1905;1980
Liberté;Engagement;Absurde
Jean-Paul Sartre, philosophe français, est un des principaux représentants de l'existentialisme, prônant la liberté absolue et la responsabilité individuelle.

Biographie

Jean-Paul Sartre, philosophe français, est un des principaux représentants de l'existentialisme, prônant la liberté absolue et la responsabilité individuelle.

Courant philosophique

Philosophie de l'existence

Ce courant de pensée se caractérise par une approche spécifique des questions philosophiques fondamentales.

Approche philosophique

Existentialisme

Contexte historique

Jean-Paul Sartre développe sa pensée dans une France marquée par les bouleversements du 20e siècle. Né en 1905, il est profondément influencé par les deux guerres mondiales, particulièrement la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation, qui renforcent ses convictions sur la liberté et la responsabilité individuelles.

Sa philosophie se nourrit de plusieurs influences : la phénoménologie allemande (Husserl et Heidegger), l'existentialisme de Kierkegaard et la psychanalyse freudienne. Il développe cependant une pensée originale centrée sur la condition humaine et l'idée que "l'existence précède l'essence" - l'homme n'a pas de nature prédéfinie mais se construit par ses choix.
Son œuvre s'articule autour de plusieurs axes majeurs : une ontologie phénoménologique développée dans "L'Être et le Néant" (1943), où il explore la conscience, la liberté et la responsabilité à travers les concepts d'en-soi et de pour-soi ; une réflexion sur l'engagement exposée dans "L'existentialisme est un humanisme" (1946), où il défend l'idée que l'existentialisme implique une responsabilité envers l'humanité entière ; et un engagement intellectuel constant sur les questions politiques de son temps, notamment la décolonisation et les luttes ouvrières.

Pour réussir au bac avec Sartre

Pour mobiliser efficacement cet auteur dans vos dissertations :

  • Maîtrisez ses concepts clés et sa démarche philosophique
  • Mémorisez quelques citations pertinentes pour illustrer ses idées
  • Comprenez la cohérence globale de sa pensée et son évolution
  • Identifiez ses apports majeurs à l'histoire de la philosophie
  • Établissez des liens avec d'autres philosophes pour une approche comparative
L’existence précède l’essence.
liberté
On existe d”abord, avant de se donner une définition ou un sens. Cela implique que chaque être humain est responsable de sa propre liberté et de ses choix, car il n”y a pas de destin prédeterminé ni d”essence innée qui le détermine. Contrairement au reste des choses, produites, dont la définition précède leur réalisation matérielle (ex : boite de mouchoir).
L’enfer, c’est les Autres.
bonheur
Selon Sartre, le bonheur est lié à la liberté et à l”authenticité. Pour lui, "L”enfer, c”est les Autres" signifie que la source du malheur ne réside pas dans nos propres choix ou erreurs, mais dans les attentes et les jugements des autres. Nous sommes prisonniers de leurs expectations, ce qui peut nous empêcher de trouver le bonheur en étant authentiquement soi-même.
L’homme est condamné à être libre.
liberté
Sartre affirme que l”humanité est naturellement responsable de ses choix, car elle est "condamnée" à la liberté. Cette dernière n”est pas un don ou une propriété, mais une condition essentielle de l”être humain. En conséquence, chaque individu est libre de choisir son destin et de prendre en charge sa vie.

la paradoxale quête de liberté dans l'amour

liberté bonheur
« Il arrive qu'un asservissement total de l'être aimé tue l'amour de l'amant. Le but est dépassé : l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate. Ainsi l'amant ne désire-t-il pas posséder l'aimé comme on possède une chose : il réclame un type spécial d'appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté. Mais, d'autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu'est l'engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d'un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s'entendre dire : “Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire ; je vous aime par fidélité à moi-même ?” Ainsi l'amant demande le serment et s'irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l'Autre se détermine elle-même à devenir amour - et cela, non point seulement au commencement de l'aventure mais à chaque instant - et, à la fois, que cette liberté soit captivée par elle-même, qu'elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains. Ce n'est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l'amour, ni une liberté hors d'atteinte : mais c'est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu. »
Sartre
Thèse principale : Il arrive qu'un asservissement total tue l'amour. Il veut une liberté captivée entre mains.

la nécessité de concevoir un autre état des choses

état travail
« Tant que l'homme est plongé dans la situation historique, il lui arrive de ne même pas concevoir les défauts et les manques d'une organisation politique ou économique déterminée, non comme on dit sottement parce qu'il en “a l'habitude”, mais parce qu'il la saisit dans la plénitude d'être et qu'il ne peut même imaginer qu'il puisse en être autrement. Car il faut ici inverser l'opinion générale et convenir de ce que ce n'est pas la dureté d'une situation ou les souffrances qu'elle impose qui sont motifs pour qu'on conçoive un autre état de choses où il en irait mieux pour tout le monde, au contraire, c'est à partir du jour où l'on peut concevoir un autre état des choses qu'une lumière neuve tombe sur nos peines et sur nos souffrances et que nous décidons qu'elles sont insupportables. L'ouvrier de 1830 est capable de se révolter si l'on baisse les salaires, car il conçoit facilement une situation où son misérable niveau de vie serait moins bas cependant que celui qu'on veut lui imposer. Mais il ne se représente pas ses souffrances comme intolérables, il s'en accommode, non par résignation, mais parce qu'il manque de la culture et de la réflexion nécessaires pour lui faire concevoir un état social où ces souffrances n'existeraient pas. Aussi n'agit-il pas. »
Sartre
Thèse principale : L

la fuite dans l'imaginaire

« Préférer l'imaginaire, ce n'est pas seulement préférer une richesse, une beauté, un luxe en image à la médiocrité présente malgré leur caractère irréel. C'est adopter aussi des sentiments et une conduite “imaginaires”, à cause de leur caractère imaginaire. On ne choisit pas seulement telle ou telle image, on choisit l'état imaginaire avec tout ce qu'il comporte, on ne fuit pas seulement le contenu du réel (pauvreté, amour déçu, échec de nos entreprises, etc.), on fuit la forme même du réel, son caractère de présence, le genre de réaction qu'il demande de nous, la subordination de nos conduites à l'objet, l'inépuisabilité des perceptions, leur indépendance, la façon même que nos sentiments ont de se développer. […] Le rêveur morbide (1) qui s'imagine être roi ne s'accommoderait pas d'une royauté effective ; même pas d'une tyrannie où tous ses désirs seraient exaucés. C'est que, en effet, jamais un désir n'est à la lettre exaucé du fait précisément de l'abîme qui sépare le réel de l'imaginaire. L'objet que je désirais, on peut bien me le donner mais c'est sur un autre plan d'existence auquel je devrai m'adapter. »
Sartre
Thèse principale : Préférer l

la vraie liberté réside dans notre capacité à choisir par nous-mêmes

liberté liberté
« Il faut […] préciser contre le sens commun que la formule “être libre” ne signifie pas “obtenir ce qu'on a voulu”, mais “se déterminer à vouloir (au sens large de choisir) par soi-même”. Autrement dit, le succès n'importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d'un malentendu : le concept empirique et populaire de “liberté” produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à “faculté d'obtenir les fins choisies”. Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons-nous pas qu'un captif est toujours libre de sortir de prison, ce qui serait absurde, ni non plus qu'il est toujours libre de souhaiter l'élargissement ce qui serait une lapalissade (1) sans portée, mais qu'il est toujours libre de chercher à s'évader (ou à se faire libérer) - c'est-à-dire que quelle que soit sa condition, il peut projeter son évasion et s'apprendre à lui-même la valeur de son projet par un début d'action. Notre description de la liberté, ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l'intention et l'acte. »
Sartre
Thèse principale : La liberté signifie autonomie du choix, et pas obtenir ce qu'on a voulu.

les limites du langage commun

langage science
« Le mot du langage commun est à la fois trop riche (il déborde de loin le concept par son ancienneté traditionnelle, par l'ensemble de violences et de cérémonies qui constitue sa “mémoire”, son “passé vivant”) et trop pauvre (il est défini par rapport à l'ensemble de la langue comme détermination fixe de celle-ci et non comme possibilité souple d'exprimer le neuf). Dans les sciences exactes, quand le neuf surgit, le mot pour le nommer est inventé simultanément par quelques-uns et adopté rapidement par tous […]. Mais l'écrivain - bien qu'il lui arrive d'inventer des mots - a rarement recours à ce procédé pour transmettre un savoir ou un affect. Il préfère utiliser un mot “courant” en le chargeant d'un sens nouveau qui se surajoute aux anciens : en gros, on dirait qu'il a fait vœu d'utiliser tout le langage commun et lui seulement, avec tous les caractères désinformatifs qui en limitent la portée. Si l'écrivain adopte le langage courant, ce n'est donc pas seulement en tant que le langage peut transmettre un savoir mais aussi en tant qu'il ne le transmet pas. »
Sartre
Thèse principale : « Les mots du langage commun peuvent être trop pauvres ou trop riches pour l'écrivain. »

la dualité de l'objet d'art : entre irréalité et réalité sociale

art temps
« Le paradoxe de l'objet d'art c'est que sa signification demeure irréelle, c'est-à-dire hors du monde, et que, cependant, elle peut être la cause et la fin d'activités réelles. Un tableau met en jeu des intérêts économiques ; on l'achète, on le vend. En temps de guerre, on “l'évacue” comme s'il était une personne. À la signature du traité de paix, il peut faire l'objet d`une clause spéciale que le gouvernement vainqueur impose au gouvernement vaincu. Et, sans doute, cela provient de sa valeur, des traditions qui s'y rattachent, etc ; mais les intérêts particuliers, l'orgueil national, l'appréciation esthétique, tout, finalement, se réfère à une signification première qui est imaginaire. Autrement dit, la réalité d'une société comporte la socialisation de certaines irréalités. Imaginaires en tant qu'elles se rapportent à des événements qui n'ont jamais eu lieu ou à des personnages qui n'ont jamais existé, parfois même à des lois qui ne sont pas celles de notre univers, les œuvres “reçues” sont réelles en ceci qu'elles provoquent des actions réelles, des sentiments réels et qu'elles définissent le développement historique d'une société. »
Sartre
Thèse principale : L'objet d'art est une signification imaginaire mais avec des conséquences réelles.

au-delà des mots, la poésie révèle l'essence des choses

Qu'est-ce que la Littérature ?
langage vérité
« Les poètes sont des hommes qui refusent d'utiliser le langage. Or, comme c'est dans et par le langage conçu comme une certaine espèce d'instrument que s'opère la recherche de la vérité, il ne faut pas s'imaginer qu'ils visent à discerner le vrai ni à l'exposer. Ils ne songent pas non plus à nommer le monde et, par le fait, ils ne nomment rien du tout, car la nomination implique un perpétuel sacrifice du nom à l'objet nommé : le nom s'y révèle l'inessentiel, en face de la chose qui est essentielle. Ils ne parlent pas ; ils ne se taisent pas non plus : c'est autre chose. En fait, le poète s'est retiré d'un seul coup du langage-instrument ; il a choisi une fois pour toutes l'attitude poétique qui considère les mots comme des choses et non comme des signes. Car l'ambiguïté du signe implique qu'on puisse à son gré le traverser comme une vitre et poursuivre à travers lui la chose signifiée ou tourner son regard vers sa réalité et le considérer comme objet. L'homme qui parle est au-delà des mots, près de l'objet ; le poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques ; pour le second, ils restent à l'état sauvage. Pour celui-là, ce sont des conventions utiles, des outils qui s'usent peu à peu et qu'on jette quand ils ne peuvent plus servir ; pour le second, ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l'herbe et les arbres. »
Sartre, Qu'est-ce que la Littérature ?
Thèse principale : Le poète choisit l'attitude poétique et considère les mots comme choses.

la dynamique du passé et de l'avenir dans la construction de soi

L'Être et le néant
temps liberté
« C'est le futur qui décide si le passé est vivant ou mort. Le passé, en effet, est originellement projet, comme le surgissement actuel de mon être. Et, dans la mesure même où il est projet, il est anticipation ; son sens lui vient de l'avenir qu'il préesquisse. Lorsque le passé glisse tout entier au passé, sa valeur absolue dépend de la confirmation ou de l'infirmation des anticipations qu'il était. Mais c'est précisément de ma liberté actuelle qu'il dépend de confirmer le sens de ces anticipations, en les reprenant à son compte, c'est-à-dire en anticipant, à leur suite, l'avenir qu'elles anticipaient ou de les infirmer en anticipant simplement un autre avenir. Ainsi l'ordre de mes choix d'avenir va déterminer un ordre de mon passé et cet ordre n'aura rien de chronologique. Il y aura d'abord le passé toujours vivant et toujours confirmé : mon engagement d'amour, tels contrats d'affaires, telle image de moi-même à quoi je suis fidèle. Puis le passé ambigu qui a cessé de me plaire et que je retiens par un biais : par exemple, ce costume que je porte - et que j'achetai à une certaine époque où j'avais le goût d'être à la mode - me déplaît souverainement à présent et, de ce fait, le passé où je l'ai choisi est véritablement mort. Mais d'autre part mon projet actuel d'économie est tel que je dois continuer à porter ce costume plutôt que d'en acquérir un autre. Dès lors il appartient à un passé mort et vivant à la fois. »
Sartre, L'Être et le néant
Thèse principale : C'est le futur qui décide si l'histoire est vivante ou morte.

la liberté dans la solitude et la responsabilité collective

liberté conscience
« Le secret d'un homme, c'est la limite même de sa liberté, c'est son pouvoir de résistance aux supplices et à la mort. A ceux qui eurent une activité clandestine, les circonstances de leur lutte apportaient une expérience nouvelle : ils ne combattaient pas au grand jour, comme des soldats ; traqués dans la solitude, arrêtés dans la solitude, c'est dans le délaissement, dans le dénuement le plus complet qu'ils résistaient aux tortures : seuls et nus devant des bourreaux bien rasés, bien nourris, bien vêtus qui se moquaient de leur chair misérable et à qui une conscience satisfaite, une puissance sociale démesurée donnaient toutes les apparences d'avoir raison. Pourtant, au plus profond de cette solitude, c'étaient les autres, tous les autres, tous les camarades de résistance qu'ils défendaient ; un seul mot suffisait pour provoquer dix, cent arrestations. Cette responsabilité totale dans la solitude totale, n'est-ce pas le dévoilement même de notre liberté ? »
Sartre
Thèse principale : L'homme qui cache ses secrets est celui qui s'enferme lui-même, c'est son pouvoir. Pour une 17 ans et pour les étudiants en philo. La réponse du type b Sartre n'est pas demandé.

la perception limitée et la pensée synthétique

L'Imaginaire
« Dans la perception j'observe les objets. Il faut entendre par là que l'objet, quoiqu'il entre tout entier dans ma perception, ne m'est jamais donné que d'un côté à la fois. On connaît l'exemple du cube : je ne puis savoir que c'est un cube tant que je n'ai pas appréhendé ses six faces ; je puis à la rigueur en voir trois à la fois, mais jamais plus. Il faut donc que je les appréhende successivement. Et lorsque je passe, par exemple, de l'appréhension des faces ABC à celle des faces BCD, il reste toujours une possibilité pour que la face A se soit anéantie durant mon changement de position. L'existence du cube demeurera donc douteuse. En même temps, nous devons remarquer que lorsque je vois trois faces du cube à la fois, ces trois faces ne se présentent jamais à moi comme des carrés : leurs lignes s'aplatissent, leurs angles deviennent obtus, et je dois reconstituer leur nature de carrés à partir des apparences de ma perception. On doit apprendre les objets, c'est-à-dire multiplier sur eux les points de vue possibles. L'objet lui-même est la synthèse de toutes ces apparitions. Lorsque, par contre, je pense au cube par un concept, je pense ses six côtés et ses huit angles à la fois ; je pense que ses angles sont droits, ses côtés carrés. Je suis au centre de mon idée, je la saisis tout entière d'un coup. Cela ne veut naturellement pas dire que mon idée n'ait pas besoin de se compléter par un progrès infini. Mais je puis penser les essences en un seul acte de conscience ; je n'ai pas à rétablir d'apparences, je n'ai pas d'apprentissage à faire. Telle est sans doute la différence la plus nette entre la pensée et la perception. »
Sartre, L'Imaginaire
Thèse principale : Le concept s'impose tout entier, je pense en un seul acte.

la nature intentionnelle de l'action

« Il est étrange que l'on ait pu raisonner à perte de vue sur le déterminisme et le libre arbitre, citer des exemples en faveur de l'une ou l'autre thèse, sans tenter, au préalable, d'expliciter les structures contenues dans l'idée même d'action. Le concept d'acte contient en effet de nombreuses notions subordonnées que nous aurons à organiser et à hiérarchiser : agir, c'est modifier la figure du monde, c'est disposer des moyens en vue d'une fin, c'est produire un complexe instrumental et organisé tel que, par une série d'enchaînements et de liaisons, la modification apportée à l'un des chaînons amène des modifications dans toute la série et, pour finir, produise un résultat prévu. Mais ce n'est pas encore là ce qui nous importe. Il convient, en effet, de remarquer d'abord qu'une action est par principe intentionnelle. Le fumeur maladroit qui a fait, par mégarde, exploser une poudrière n'a pas agi. Par contre, l'ouvrier chargé de dynamiter une carrière et qui a obéi aux ordres donnés a agi lorsqu'il a provoqué l'explosion prévue : il savait, en effet, ce qu'il faisait ou, si l'on préfère, il réalisait intentionnellement un projet conscient. »
Sartre
Thèse principale : Il est étrange qu'on ait pu raisonner sur le déterminisme et le libre arbitre sans expliquer les structures de l'action.

Matérialisme et révolution, in Situations III
« En fait l'élément libérateur de l'opprimé, c'est le travail. En ce sens c'est le travail qui est d'abord révolutionnaire. Certes il est commandé et prend d'abord figure d'asservissement du travailleur : il n'est pas vraisemblable que celui-ci, si on ne le lui eût imposé, eût choisi de faire ce travail dans ces conditions et dans ce laps de temps pour ce salaire. Plus rigoureux que le maître antique, le patron va jusqu'à déterminer à l'avance les gestes et les conduites du travailleur. Il décompose l'acte de l'ouvrier en éléments, lui en ôte certains pour les faire exécuter par d'autres ouvriers, réduit l'activité consciente et synthétique du travailleur à n'être plus qu'une somme de gestes indéfiniment répétés. Ainsi tend-il à ravaler le travailleur à l'état de pure et simple chose en assimilant ses conduites à des propriétés. […] Voilà J'individu limité à une propriété constante qui le définit comme le poids atomique ou la température de fusion. Le taylorisme moderne ne fait pas autre chose. L'ouvrier devient l'homme d'une seule opération qu'il répète cent fois par jour ; il n'est plus qu'un objet et il serait enfantin ou odieux de raconter à une piqueuse de bottines ou à l'ouvrière qui pose les aiguilles sur le cadran de vitesse des automobiles Ford qu'elles conservent, au sein de l'action où elles sont engagées, la liberté intérieure de penser. Mais dans le même temps, le travail offre une amorce de libération concrète, même dans ces cas extrêmes, parce qu'il est d'abord négation de l'ordre contingent et capricieux qui est l'ordre du maître. Au travail, l'opprimé n'a plus le souci de plaire au maître, il échappe au monde de la danse, de la politesse, de la cérémonie, de la psychologie ; il n'a pas à deviner ce qui se passe derrière les yeux du chef, il n'est plus à la merci d'une humeur : son travail, certes, lui est imposé à l'origine et on lui en vole finalement le produit. Mais entre ces deux limites, il lui confère la maîtrise sur les choses ; le travailleur se saisit comme possibilité de faire varier à l'infini la forme d'un objet matériel en agissant sur lui selon certaines règles universelles. En d'autres termes, c'est le déterminisme de la matière qui lui offre la première image de sa liberté. »
Sartre, Matérialisme et révolution, in Situations III
Thèse principale : La liberté du travailleur se trouve dans la négation de l'ordre du maître. L'opprimé a la possibilité de maîtriser les choses. Le déterminisme de la matière offre une image de sa liberté.

la liberté entre décision et hasard

Cahiers pour une morale
liberté raison
« Puisque la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence, il faut que la réalisation puisse à chaque instant ne pas être, pour des raisons indépendantes du projet même et de sa précision ; ces raisons forment l'extériorité par rapport à tout projet et la liberté est la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures, mais il est bien entendu que la réussite doit être seulement possible, c'est-à-dire qu'il n'y a action que si les difficultés extérieures peuvent toujours être si élevées ou si neuves que l'invention humaine ne puisse pas les surmonter. Ainsi est-il toujours entendu à la fois que l'entreprise humaine a réussi à cause de la libre décision et de la libre inventivité qui a surmonté les obstacles et à la fois qu'elle a réussi parce que ce sont ces obstacles-là et non d'autres plus grands qui lui ont été imposés. Toute entreprise humaine réussit par hasard et en même temps réussit par l'initiative humaine. Si le tireur n'avait pas eu le soleil dans l'œil il m'atteignait, je manquais ma mission de reconnaissance. Il s'en est donc fallu d'un rayon de soleil, de la vitesse d'un nuage, etc. Mais, en même temps, mes précautions étaient prises pour éliminer tous les dangers prévisibles. En un mot les possibles se réalisent dans la probabilité. La liberté se meut dans la sphère du probable, entre la totale ignorance et la certitude ; et le probable vient au monde par l'homme. »
Sartre, Cahiers pour une morale
Thèse principale : La liberté exige que la réussite ne soit pas liée à une décision, mais plutôt à l'invention de moyens pour surmonter les difficultés extérieures.

l'amour de l'autre comme appropriation de sa liberté

L'Être et le néant
« Cette notion de “propriété” par quoi on explique si souvent l'amour ne saurait être première. Pourquoi voudrais-je m'approprier autrui si ce n'était justement en tant qu'Autrui me fait être ? Mais cela implique justement un certain mode d'appropriation : c'est de la liberté de l'autre en tant que telle que nous voulons nous emparer. Et non par volonté de puissance : le tyran se moque de l'amour ; il se contente de la peur. S'il recherche l'amour de ses sujets, c'est par politique et s'il trouve un moyen plus économique de les asservir, il l'adopte aussitôt. Au contraire, celui qui veut être aimé ne désire pas l'asservissement de l'être aimé. Il ne tient pas à devenir l'objet d'une passion débordante et mécanique. Il ne veut pas posséder un automatisme, et si on veut l'humilier, il suffit de lui représenter la passion de l'aimé comme le résultat d'un déterminisme psychologique : l'amant se sentira dévalorisé dans son amour et dans son être. Si Tristan et Iseut sont affolés par un philtre, ils intéressent moins ; et il arrive qu'un asservissement total de l'être aimé tue l'amour de l'amant. Le but est dépassé : l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate. Ainsi l'amant ne désire-t-il pas posséder l'aimé comme on possède une chose ; il réclame un type spécial d'appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté. »
Sartre, L'Être et le néant
Thèse principale : L'amour est inutile si on ne veut pas être aimé

la malédiction de la maladie et le choix d'attitudes

Cahiers pour une morale
« Me voila? tuberculeux, par exemple. Ici apparai?t la male?diction (et la grandeur). Cette maladie, qui m’infecte, m’affaiblit, me change, limite brusquement mes possibilite?s et mes horizons. J’e?tais acteur ou sportif ; avec mes deux pneumos (1), je ne puis plus l’e?tre. Ainsi ne?gativement, je suis de?charge? de toute responsabilite? touchant ces possibilite?s que le cours du monde vient de m’o?ter. C’est ce que le langage populaire nomme e?tre diminue?. Et ce mot semble recouvrir une image correcte : j’e?tais un bouquet de possibilite?s, on o?te quelques fleurs, le bouquet reste dans le vase, diminue?, re?duit a? quelques e?le?ments. Mais en re?alite? il n’en est rien : cette image est me?canique. La situation nouvelle, quoique venue du dehors, doit e?tre ve?cue, c’est-a?-dire assume?e, dans un de?passement. Il est vrai de dire qu’on m’o?te ces possibilite?s, mais il est aussi vrai de dire que j’y renonce ou que je m’y cramponne ou que je ne veux pas voir qu’elles me sont o?te?es ou que je me soumets a? un re?gime syste?matique pour les reconque?rir. En un mot, ces possibilite?s sont, non pas supprime?es, mais remplace?es par un choix d’attitudes possibles envers la disparition de ces possibilite?s. »
Sartre, Cahiers pour une morale (1947-1948)
Thèse principale : thèse « J'ai choisi, avec mes deux pneumonies, d'être déchargé de toute responsabilité touchant ces possibilités que le cours du monde vient de m'oter. »

la résignation face à une réalité insupportable

L’E?tre et le ne?ant
« Tant que l’homme est plonge? dans la situation historique, il lui arrive de ne me?me pas concevoir les de?fauts et les manques d’une organisation politique ou e?conomique de?termine?e, non comme on dit sottement parce qu’il en “a l’habitude”, mais parce qu’il la saisit dans sa ple?nitude d’e?tre et qu’il ne peut me?me imaginer qu’il puisse en e?tre autrement. Car il faut ici inverser l’opinion ge?ne?rale et convenir de ce que ce n’est pas la durete? d’une situation ou les souffrances qu’elle impose qui sont motifs pour qu’on conc?oive un autre e?tat de choses ou? il en irait mieux pour tout le monde ; au contraire, c’est a? partir du jour ou? l’on peut concevoir un autre e?tat de choses qu’une lumie?re neuve tombe sur nos peines et sur nos souffrances et que nous de?cidons qu’elles sont insupportables. L’ouvrier de 1830 est capable de se re?volter si l’on baisse les salaires, car il conc?oit facilement une situation ou? son mise?rable niveau de vie serait moins bas cependant que celui qu’on veut lui imposer. Mais il ne se repre?sente pas ses souffrances comme intole?rables, il s’en accommode, non par re?signation, mais parce qu’il manque de la culture et de la re?flexion ne?cessaires pour lui faire concevoir un e?tat social ou? ces souffrances n’existeraient pas. Aussi n’agit-il pas. »
Sartre, L’E?tre et le ne?ant (1943)
Thèse principale : Tant que l'homme est plongé dans la situation historique, il lui arrive de concevoir les défauts et les manques. Il peut imaginer qu'il puisse en être autrement. C'est à partir du jour où l'on peut concevoir un autre état de choses qu'une lumière neuve tombe sur nos peines et sur nos souffrances. L'ouvrier de 1830 est capable de se révolter si l'on baisse les salaires, car il conçoit facilement une situation où son miserable niveau de vie serait moins bas cependant que celui qu'on veut lui imposer.

la perception et l'existence des objets

L’Imaginaire
« Dans la perception j’observe les objets. Il faut entendre par la? que l’objet, quoiqu’il entre tout entier dans ma perception, ne m’est jamais donne? que d’un co?te? a? la fois. On connai?t l’exemple du cube : je ne puis savoir que c’est un cube tant que je n’ai pas appre?hende? ses six faces ; je puis a? la rigueur en voir trois a? la fois, mais jamais plus. Il faut donc que je les appre?hende successivement. Et lorsque je passe, par exemple, de l’appre?hension des faces ABC a? celle des faces BCD, il reste toujours une possibilite? pour que la face A se soit ane?antie durant mon changement de position. L’existence du cube demeurera donc douteuse. En me?me temps, nous devons remarquer que lorsque je vois trois faces du cube a? la fois, ces trois faces ne se pre?sentent jamais a? moi comme des carre?s : leurs lignes s’aplatissent, leurs angles deviennent obtus, et je dois reconstituer leur nature de carre?s a? partir des apparences de ma perception. Tout cela a e?te? dit cent fois : le propre de la perception, c’est que l’objet n’y parai?t jamais que dans une se?rie de profils, de projections. Le cube m’est bien pre?sent, je puis le toucher, le voir ; mais je ne le vois jamais que d’une certaine fac?on qui appelle et exclut a? la fois une infinite? d’autres points de vue. »
Sartre, L’Imaginaire (1940)
Thèse principale : La perception des objets n'offre jamais une vision complète.

La conscience est un néant qui se fait être

La conscience
Majeure
La conscience n'est pas une chose mais une pure spontanéité
Mineure
Cette spontanéité est néantisation de l'être
Conclusion
Donc la conscience est liberté néantisante

L'homme est condamné à être libre

La liberté
Majeure
L'existence précède l'essence
Mineure
L'homme doit donc se créer lui-même
Conclusion
Donc la liberté est notre condition absolue

Le temps est structure de la liberté

Le temps
Majeure
La conscience est temporalisation
Mineure
Cette temporalisation est liberté
Conclusion
Donc le temps est liberté
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