« La société et l'union entre les hommes se conserveront d'autant mieux qu'on manifestera plus de bienveillance à ceux avec qui on a une union plus étroite. Mais il semble qu'il faut reprendre de plus haut les principes naturels de la communauté et de la société des hommes. Il en est d'abord un que l'on voit dans la société du genre humain pris dans son ensemble. Le lien de cette société, c'est la raison et le langage ; grâce à eux, on s'instruit et l'on enseigne, l'on communique, l'on discute, l'on juge, ce qui rapproche les hommes les uns des autres et les unit dans une sorte de société naturelle ; rien ne les éloigne plus de la nature des bêtes, à qui nous attribuons souvent le courage, aux chevaux par exemple ou aux lions, mais non pas la justice, l'équité ou la bonté ; c'est qu'elles ne possèdent ni raison ni langage. Cette société est largement ouverte ; elle est société des hommes avec les hommes, de tous avec tous ; en elle il faut maintenir communs tous les biens que la nature a produits à l'usage commun de l'homme ; quant à ceux qui sont distribués d'après les lois et le droit civil, qu'on les garde selon ce qui a été décidé par les lois ; quant aux autres, que l'on respecte la maxime du proverbe grec : “Entre amis, tout est commun.” […] Ennius (1) donne un exemple particulier qui peut s'étendre à beaucoup de cas : “L'homme qui indique aimablement son chemin à un voyageur égaré agit comme un flambeau où s'allume un autre flambeau ; il n'éclaire pas moins quand il a allumé l'autre”. »
Cicéron, Traité des devoirs
« Il existe une loi vraie, c'est la droite raison, conforme à la nature, répandue dans tous les êtres, toujours d'accord avec elle-même, non sujette à périr, qui nous appelle impérieusement à remplir notre fonction, nous interdit la fraude et nous en détourne. L'honnête homme n'est jamais sourd à ses commandements et à ses défenses ; ils sont sans actions sur le pervers. A cette loi nul amendement n'est permis, il n'est licite de l'abroger ni en totalité ni en partie. […] Cette loi n'est pas autre à Athènes, autre à Rome, autre aujourd'hui, autre demain, c'est une seule et même loi éternelle et immuable, qui régit toutes les nations et en tout temps, il y a pour l'enseigner et la prescrire à tous un dieu unique : conception, délibération, mise en vigueur de la loi lui appartiennent également. Qui n'obéit pas à cette loi s'ignore lui-même et, parce qu'il aura méconnu la nature humaine, il subira par cela même le plus grand châtiment, même s'il échappe aux autres supplices. »
Cicéron, De la République
Thèse principale : Il existe une loi vraie, éternelle et immuable qui nous appelle à remplir notre fonction.
« Ce qu'il y a de plus insensé, c'est de croire que tout ce qui est réglé par les institutions ou les lois des peuples est juste. Quoi ! Même les lois des tyrans ? Si les Trente (1) avaient voulu imposer aux Athéniens des lois, et si tous les Athéniens avaient aimé ces lois dictées par des tyrans, devrait-on les tenir pour juste ? Le seul droit est celui qui sert de lien à la société, et une seule loi l'institue : cette loi qui établit selon la droite raison des obligations et des interdictions. Qu'elle soit écrite ou non, celui qui l'ignore est injuste. Mais si la justice est l'obéissance aux lois écrites et aux institutions des peuples et si, comme le disent ceux qui le soutiennent, l'utilité est la mesure de toutes choses, il méprisera et enfreindra les lois, celui qui croira y voir son avantage. Ainsi plus de justice, s'il n'y a pas une nature pour la fonder ; si c'est sur l'utilité qu'on la fonde, une autre utilité la renverse. Si donc le droit ne repose pas sur la nature, toutes les vertus disparaissent. »
Cicéron, Des Lois
Thèse principale : Ce qu'il y a de plus insensé, c'est de croire que tout ce qui est réglé par les institutions ou les lois des peuples est juste.
« Il y a pourtant des circonstances où les actes qui nous paraissent les plus dignes d'un homme juste, de l'homme que nous appelons homme de bien, se transforment en leurs contraires ; rendre un dépôt, faire une promesse et d'une manière générale accomplir ce qu'exigent la sincérité et la bonne foi, ce sont des devoirs que, dans certains cas, il devient juste d'enfreindre et de ne pas observer. Il convient de se rapporter ici aux fondements de la justice que j'ai posés au début : d'abord ne pas nuire à quiconque, ensuite être au service de l'intérêt commun. Quand les circonstances changent, le devoir change lui aussi, et il n'est pas toujours le même : il peut arriver que tenir une promesse convenue soit nuisible ou à celui à qui on a fait la promesse, ou à celui qui a promis. […] Il ne faut donc pas tenir les promesses qui sont nuisibles à ceux à qui on les a faites ; et, également, si elles nous nuisent plus qu'elles ne servent à celui à qui nous les avons faites, il n'est pas contraire au devoir de préférer le plus au moins : par exemple, si l'on s'est engagé envers quelqu'un à venir en personne pour l'assister, et si dans l'intervalle on a un fils qui tombe gravement malade, il n'est pas contraire au devoir de ne pas faire ce qu'on avait dit qu'on ferait ; et c'est plutôt celui à qui l'on a fait la promesse qui s'écarterait de son devoir s'il se plaignait d'avoir été abandonné. Et qui ne voit qu'il ne faut pas tenir des promesses qu'on nous a arrachées par peur ou par ruse ? De ces promesses nous délie parfois la loi. »
Cicéron, Traité des devoirs
Thèse principale : Il est juste de défaillir à ses obligations quand elles nuisent à autrui.
« Si la vertu est recherchée, non pour sa valeur propre, mais pour ce qu'elle rapporte, cette vertu méritera qu'on l'appelle malice. Plus en effet un homme rapporte toutes ses actions à l'intérêt, moins il est homme de bien ; et par suite mesurer la vertu au prix qu'elle peut valoir, c'est croire qu'il n'y a de vertu que la malice. Où est la bienfaisance, si l'on ne fait pas le bien pour l'amour d'autrui ? Qu'est-ce qu'être reconnaissant, si l'on n'a pas en vue celui-là même à qui l'on témoigne de la gratitude ? Que devient l'amitié sainte, si l'on n'aime pas son ami, comme on dit, de tout son cœur ? Il faudra donc l'abandonner, le rejeter quand on n'aura plus rien à gagner avec lui, plus d'avantages à tirer de lui. Quoi de plus monstrueux ? Mais si l'amitié doit être cultivée pour elle-même, la société des hommes, l'égalité, la justice elles aussi doivent être recherchées pour elles-mêmes. S'il n'en est pas ainsi, il n'y a plus de justice ; car cela même est injuste au plus haut degré que de vouloir une récompense de la justice. »
Cicéron, Des Lois
Thèse principale : Recherchée pour elle-même, la vertu mérite l'abjection.
« Le seul droit en effet est celui qui sert de lien à la société, et une seule loi l'institue : cette loi qui établit selon la droite raison des obligations et des interdictions. Qu'elle soit écrite ou non, celui qui l'ignore est injuste. Mais si la justice est l'obéissance aux lois écrites et aux institutions des peuples et si, comme le disent ceux qui le soutiennent, l'utilité est la mesure de toutes choses, il méprisera et enfreindra les lois, celui qui croira y voir son avantage. Ainsi il n'y a plus de justice, s'il n'y a pas une nature ouvrière de justice ; si c'est sur l'utilité qu'on la fonde, une autre utilité la renverse. Si donc le droit ne repose pas sur la nature, toutes les vertus disparaissent. Que deviennent en effet la libéralité, l'amour de la patrie, le respect des choses qui doivent nous être sacrées, la volonté de rendre service à autrui, celle de reconnaître le service rendu ? Toutes ces vertus naissent du penchant que nous avons à aimer les hommes, qui est le fondement du droit. »
Cicéron, Des Lois
Thèse principale : Le seul droit est celui qui sert de lien à la société et institue une loi unique.
« Ce qui est complètement insensé, c'est de considérer comme étant “juste” tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples, ou même, les lois (en admettant qu'il en soit !) portées par des tyrans. Si les Trente d'Athènes (1) avaient eu la volonté d'imposer des lois ou si leurs lois tyranniques avaient plu au peuple athénien tout entier, serait-ce une raison pour les considérer comme “justes” ? A aucun titre, je crois, - pas plus que cette loi que porta chez nous un interroi (2) donnant à un dictateur le pouvoir de tuer nominativement et sans procès celui des citoyens qu'il voudrait. Il n'y a en effet qu'un droit unique, qui astreint la société humaine et que fonde une Loi unique : Loi, qui est la juste raison dans ce qu'elle commande et dans ce qu'elle défend. Qui ignore cette loi est injuste, qu'elle soit écrite quelque part ou non. Mais si la justice n'est que la soumission à des lois écrites et aux institutions des peuples, et si […] tout se doit mesurer à l'intérêt, celui qui pensera avoir intérêt à mépriser et violer ces lois le fera, s'il le peut. Il en résulte qu'il n'y a absolument plus de justice, si celle-ci n'est pas fondée sur la nature, et si la justice établie en vue de l'intérêt est déracinée par un autre intérêt. »
Cicéron
Thèse principale : Le juste ne se mesure pas aux lois mais à la nature.
« Si la volonté des peuples, les décrets des chefs, les sentences des juges faisaient le droit, pour créer le droit au brigandage, à l'adultère, à la falsification des testaments, il suffirait que ces façons d'agir eussent le suffrage et l'approbation de la multitude. Si les opinions et les votes des insensés ont une puissance telle qu'ils puissent changer la nature des choses, pourquoi ne décideraient-ils pas que ce qui est mauvais et pernicieux sera désormais tenu pour bon et salutaire ? Ou pourquoi la loi qui de l'injuste peut faire le droit, ne convertirait-elle pas le bien en mal ? C'est que, pour distinguer une bonne loi d'une mauvaise, nous n'avons d'autre règle que la nature. Et non seulement la nature nous fait distinguer le droit de l'injustice, mais, d'une manière générale, les choses moralement belles de celles qui sont laides ; car une sorte d'intelligence partout répandue nous les fait connaître, et incline nos âmes à identifier les premières aux vertus, les secondes aux vices. Or croire que ces distinctions sont de pure convention et non fondées en nature, c'est de la folie. »
Cicéron, Des Lois
Thèse principale : Si la volonté des peuples, les décrets des chefs et les sentences des juges faisaient le droit, alors tout serait permis. Mais la nature est notre seul guide pour savoir ce qui est juste ou injuste.
« Si les châtiments seuls, et non la nature, détournaient les hommes de l'injustice, une fois la crainte des châtiments ôtée, de quoi les méchants pourraient-ils s'inquiéter ? Cependant il ne s'est jamais rencontré criminel assez effronté, ou pour ne pas nier qu'il eût commis le crime, ou pour ne pas alléguer sa propre souffrance comme un motif légitime, ou pour ne pas chercher dans le droit naturel quelque moyen de défense. Si les méchants osent invoquer pareilles excuses, à plus forte raison pourront-elles l'être par les gens de bien. Si seule la peine encourue, la crainte du châtiment, et non la laideur même de l'acte, détourne les hommes d'une vie injuste et criminelle, personne n'est injuste : les méchants doivent plutôt être considérés comme des hommes qui calculent mal. Et nous qui ne sommes pas déterminés à être des gens de bien par la recherche de l'honnêteté elle-même, mais par celle de l'utilité et du profit, nous sommes habiles et non vertueux. Que fera en effet dans les ténèbres l'homme qui n'a d'autre crainte que celle du témoin ou du juge ? S'il vient à rencontrer en un lieu désert un homme chargé d'or et qu'il peut dépouiller, un être seul et sans défense, que fera-t-il ? En pareille occurrence notre homme de bien à nous, celui qui est juste et bon parce que la nature le veut, conversera avec le voyageur, l'aidera, le remettra dans son chemin. Quant à celui qui ne fait rien pour autrui et qui, en toutes choses, prend pour mesure son intérêt, vous voyez, je pense, ce qu'il fera. Niera-t-il qu'il veuille en pareil cas attenter à la vie de son semblable et lui prendre son or ? S'il s'en abstient, ce ne sera jamais parce qu'il juge pareille action laide au regard de la nature, mais parce qu'il craint d'être découvert et d'en subir les conséquences. »
Cicéron, Les lois
Thèse principale : Si les châtiments ne sont pas la nature, alors personne n'est injuste. Les méchants doivent plutôt être considérés comme des hommes qui calculent mal.
« Le sage seul est libre. Qu'est-ce, en effet, que la liberté ? Le pouvoir de vivre comme on veut ! Qui donc vit comme il veut sinon celui qui suit le droit chemin, qui trouve son plaisir dans le devoir, qui a examiné et prévu un plan de vie, qui n'obéit pas seulement aux lois par crainte, mais qui les observe et les respecte parce qu'il juge cette attitude la plus salutaire ; celui qui ne dit rien, ne fait rien, enfin ne pense rien que de son propre mouvement et de son propre gré, celui dont toutes les décisions et tous les actes trouvent en lui-même leur principe et leur fin, qui ne laisse rien prévaloir sur sa volonté et sur son jugement ; celui devant qui la Fortune (1) même, à qui l'on attribue un très grand pouvoir, recule, s'il est vrai, comme l'a dit un sage poète, que “ce sont ses propres mœurs qui façonnent à chacun sa fortune” ? Au sage seul échoit donc la chance de ne rien faire malgré lui, rien à regret, rien par contrainte. »
Cicéron, Paradoxes des stoïciens
Thèse principale : Le sage seul est libre, c'est-à-dire qui vit comme il veut par son propre mouvement et son propre gré !
« Il y a […] souvent des circonstances où les actes qui nous paraissent les plus dignes d'un homme juste, de l'homme que nous appelons homme de bien, se transforment en leurs contraires ; rendre un dépôt, faire une promesse et d'une manière générale accomplir ce qu'exigent la sincérité et la bonne foi, ce sont des devoirs que, dans certains cas, il devient juste d'enfreindre et de ne pas observer. Il convient de se rapporter ici aux fondements de la justice que j'ai posés au début : d'abord ne pas nuire à quiconque, ensuite être au service de l'intérêt commun. Quand les circonstances changent, le devoir change lui aussi, et il n'est pas toujours le même : il peut arriver que tenir une promesse convenue soit nuisible ou à celui à qui on a fait la promesse, ou à celui qui a promis. […] Il ne faut donc pas tenir les promesses qui sont nuisibles à ceux à qui on les a faites ; et également, si elles nous nuisent plus qu'elles ne servent à celui à qui nous les avons faites, il n'est pas contraire au devoir de préférer le plus au moins : par exemple, si l'on s'est engagé envers quelqu'un à venir en personne pour l'assister, et si dans l'intervalle on a un fils qui tombe gravement malade, il n'est pas contraire au devoir de ne pas faire ce qu'on avait dit qu'on ferait ; et c'est plutôt celui à qui l'on a fait la promesse qui s'écarterait de son devoir s'il se plaignait d'avoir été abandonné. »
Cicéron, Traité des devoirs (Ier s. av. J.-C.)
Thèse principale : Il peut arriver qu'obtenir ce que nous trouvons justes ne soit pas juste.
« À mon jugement, la plus grande vérité réside dans les sens, à condition qu'ils soient sains, en bonne santé et qu'on écarte tout ce qui leur fait obstacle et les entrave. Voilà pourquoi nous voulons souvent modifier l'éclairage et la position des objets que nous observons ; nous diminuons ou augmentons leur distance et multiplions les essais jusqu'à ce que la vision elle-même obtienne notre confiance en son jugement. Il en est ainsi pour les sons, les odeurs, les saveurs, de sorte que personne d'entre nous ne réclame pour les sens, chacun dans son espèce, un jugement plus pointu. Quand nous ajoutons l'entraînement et la technique, de manière que notre œil soit retenu par la peinture, notre oreille par les chants, qui ne remarque le pouvoir des sens ! Que de figures les peintres voient dans les ombres et dans les reliefs, mais que nous ne voyons pas ! Que de choses nous échappent en musique, mais qu'entendent les gens exercés dans cet art ! Au premier souffle d'un joueur de flûte, ils disent “c'est Antiope” ou “c'est Andromaque” (1), alors que nous n'en aurions pas même le soupçon. »
Cicéron, Les Académiques (Ier siècle av. J.-C.)
Thèse principale : À mon jugement, la plus grande vérité réside dans les sens sains et en bonne santé.
« À mon jugement, la plus grande vérité réside dans les sens, à condition qu'ils soient sains, en bonne santé et qu'on écarte tout ce qui leur fait obstacle et les entrave. Voilà pourquoi nous voulons souvent modifier l'éclairage et la position des objets que nous observons ; nous diminuons ou augmentons leur distance et multiplions les essais jusqu'à ce que la vision elle-même obtienne notre confiance en son jugement. Il en est ainsi pour les sons, les odeurs, les saveurs, de sorte que personne d'entre nous ne réclame pour les sens, chacun dans son espèce, un jugement plus pointu. Quand nous ajoutons l'entraînement et la technique, de manière que notre œil soit retenu par la peinture, notre oreille par les chants, qui ne remarque le pouvoir des sens ! Que de figures les peintres voient dans les ombres et dans les reliefs, mais que nous ne voyons pas ! Que de choses nous échappent en musique, mais qu'entendent les gens exercés dans cet art ! Au premier souffle d'un joueur de flûte, ils disent “c'est Antiope” ou “c'est Andromaque” (1), alors que nous n'en aurions pas même le soupçon. »
Cicéron, Les Académiques (Ier siècle av. J.-C.)
Thèse principale : Nous avons tous besoin de saines sens et de confiance en leur jugement pour découvrir la vérité.
« Pour faire notre choix, quand nous sommes indécis, il est naturel de faire appel à des hommes instruits ou même à des hommes d'expérience pour chercher leur opinion sur chaque sorte de devoir ; car la majorité d'entre eux se porte dans la direction où ils sont conduits par la nature elle-même : il ne faut pas seulement observer ce que dit chacun d'eux, mais ce qu'ils pensent et aussi quels sont les motifs de leur opinion. De même que les peintres et les sculpteurs et aussi les poètes désirent que leurs œuvres soient connues du public pour y rectifier ce que la majorité y trouve de défectueux, et qu'ils recherchent en eux-mêmes et en le demandant aux autres les fautes qu'ils ont commises, de même, grâce au jugement d'autrui, nous verrons très souvent ce qu'il y a à faire ou à ne pas faire, ce qu'il y a à modifier ou à rectifier dans notre conduite. »
Cicéron, Des Devoirs (44 av. J.-C.)
Thèse principale : Les hommes instruits peuvent nous aider à faire notre choix et à rectifier nos erreurs.
« Qu'est-ce […] que la liberte? ? Le pouvoir de vivre comme on veut ! Qui donc vit comme il veut sinon celui qui suit le droit chemin, qui trouve son plaisir dans le devoir, qui a examine? et pre?vu un plan de vie, qui n'obe?it pas seulement aux lois par crainte, mais qui les observe et les respecte parce qu'il juge cette attitude la plus salutaire ; celui qui ne dit rien, ne fait rien, enfin ne pense rien que de son propre mouvement et de son propre gre?, celui dont toutes les de?cisions et tous les actes trouvent en lui- me?me leur principe et leur fin, qui ne laisse rien pre?valoir sur sa volonte? et sur son jugement ; celui devant qui la Fortune (1) me?me, a? qui l'on attribue un tre?s grand pouvoir, recule, s'il est vrai, comme l'a dit un sage pœ?te, que “ce sont ses propres mœurs qui fac?onnent la vie de chacun” ? Au sage seul revient donc la chance de ne rien faire malgre? lui, rien a? regret, rien par contrainte. »
Cicéron, Les Paradoxes des stoi?ciens (Ier sie?cle av. J-C.)
Thèse principale : La liberté, c'est vivre comme on veut.
« Comment peut-on prévoir un événement dépourvu de toute cause ou de tout indice qui explique qu'il se produira ? Les éclipses du soleil et de la lune sont annoncées avec beaucoup d'années d'anticipation par ceux qui étudient à l'aide de calculs les mouvements des astres. De fait, ils annoncent ce que la loi naturelle réalisera. Du mouvement invariable de la lune, ils déduisent à quel moment la lune, à l'opposé du soleil, entre dans l'ombre de la terre, qui est un cône de ténèbres, de telle sorte qu'elle s'obscurcit nécessairement. Ils savent aussi quand la même lune en passant sous le soleil et en s'intercalant entre lui et la terre, cache la lumière du soleil à nos yeux, et dans quel signe chaque planète se trouvera à tout moment, quels seront le lever ou le coucher journaliers des différentes constellations. Tu vois quels sont les raisonnements effectués par ceux qui prédisent ces événements. Ceux qui prédisent la découverte d'un trésor ou l'arrivée d'un héritage, sur quel indice se fondent-ils ? Ou bien, dans quelle loi naturelle se trouve-t-il que cela arrivera ? Et si ces faits et ceux du même genre sont soumis à pareille nécessité, quel est l'événement dont il faudra admettre qu'il arrive par accident ou par pur hasard ? En effet, rien n'est à ce point contraire à la régularité rationnelle que le hasard, au point que même un dieu ne possède pas à mes yeux le privilège de savoir ce qui se produira par hasard ou par accident. Car s'il le sait, l'événement arrivera certainement ; mais s'il se produit certainement, il n'y a plus de hasard ; or le hasard existe : par conséquent, il n'y a pas de prévision d'événements fortuits. »
Cicéron, De la divination (1er siècle avant J.-C)
Thèse principale :
Les événements qui se produisent avec certitude ne sont pas prévisibles par hasard.
« La société et l’union entre les hommes se conserveront d’autant mieux qu’on manifestera plus de bienveillance à ceux avec qui on a une union plus étroite. Mais il apparaît qu’il faut reprendre de plus haut les principes naturels de la communauté et de la société des hommes. Il en est d’abord un que l’on voit dans la société du genre humain pris dans son ensemble. Le lien de cette société, c’est la raison et le langage ; grâce à eux, on s’instruit et l’on enseigne, l’on communique, l’on discute, l’on juge, ce qui rapproche les hommes les uns des autres et les unit dans une sorte de société naturelle ; rien ne les éloigne plus de la nature des bêtes, à qui nous attribuons souvent le courage, aux chevaux par exemple ou aux lions, mais non pas la justice, l’équité ou la bonté ; c’est qu’elles ne possèdent ni raison ni langage. Cette société est largement ouverte ; elle est société des hommes avec les hommes, de tous avec tous ; en elle il faut maintenir communs tous les biens que la nature a produits à l’usage commun de l’homme ; quant à ceux qui sont distribués d’après les lois et le droit civil, qu’on les garde selon ce qui a été décidé par les lois ; quant aux autres, que l’on respecte cette maxime du proverbe grec : “Entre amis, tout est commun”. Les biens communs à tous les hommes sont du genre de ceux dont Ennius (1) donne un exemple particulier qui peut s’étendre à beaucoup de cas : “L’homme qui indique aimablement son chemin à un voyageur égaré agit comme un flambeau où s’allume un autre flambeau ; il n’éclaire pas moins quand il a allumé l’autre”. D’après cet unique exemple, on voit qu’il prescrit de concéder même à un inconnu tout ce qu’on peut lui donner sans dommage. »
Cicéron, Des devoirs (44 av. J.-C)
Thèse principale : La société se conserve mieux lorsqu'on manifeste plus de bienveillance à ceux avec qui on a une union plus étroite.
« Ce n’est pas l’espoir d’une re?compense qui nous pousse vers nos amis, nous pensons que l’amitie? doit e?tre recherche?e pour elle-me?me et que tout son prix vient de ce qu’on aime et est aime?. Les vrais amis sont bien e?loigne?s des gens qui rame?nent bestialement tout au plaisir et cela n’a rien de surprenant : comment pourraient-ils e?lever leurs regards vers quoi que ce soit de haut, de magnifique et de divin, alors que toutes leurs pense?es s’abaissent vers un objet si vil et si me?prisable. Ne nous occupons donc pas d’eux dans cet entretien, sachons qu’un sentiment affectueux, qu’un tendre bon vouloir prennent naturellement naissance lorsqu’on se trouve en pre?sence d’un e?tre donnant de sa valeur morale des signes manifestes. Ceux qui aspirent a? la me?me valeur s’attachent a? cet e?tre, se rapprochent de lui pour jouir des avantages que la fre?quentation et le caracte?re de celui qu’ils ont commence? d’aimer peuvent leur procurer ; on veut que l’amitie? soit aussi forte et de me?me qualite? des deux co?te?s et l’on rend service a? son ami plus volontiers qu’on ne lui demande quoi que ce soit, ce qui cre?e une noble e?mulation. Il est donc vrai qu’on peut attendre de l’amitie? le plus grand profit, vrai aussi qu’elle a une origine plus honorable et plus profonde que la faiblesse. Si des conside?rations d’utilite? cimentaient l’amitie?, un changement de situation la de?ferait, mais, comme la nature demeure pareille a? elle-me?me, les amitie?s vraies se perpe?tuent. »
Cicéron, De l’amitie? (1er sie?cle avant J.-C)
Thèse principale : L'amitié est recherchée par elle-même et vaut son prix en raison de ce que l'on aime et qui est aimé.
« “Tout ce qui est bon est louable ; or, tout ce qui est louable est honne?te ; donc tout ce qui est bon est honne?te.” La conse?quence te parai?t-elle bien tire?e ? Certes ; car tu vois bien que la conse?quence est dans ce qui re?sulte des deux propositions prises pour pre?misses (1). De ces deux propositions, on a l’habitude de contester la premie?re en disant qu’il n’est pas vrai que tout bien est louable ; car on accorde que tout ce qui est louable est honne?te ; mais il est tout a? fait absurde qu’il y ait un bien qui ne soit pas une chose a? rechercher, ou une chose a? rechercher qui n’agre?e pas, ou une chose qui agre?e qui ne soit pas digne d’e?tre aime?e, donc aussi digne d’e?tre approuve?e, par conse?quent aussi louable ; or le louable est honne?te ; il en re?sulte que ce qui est bien est aussi honne?te. Je demande aussi qui pourrait se glorifier d’une vie malheureuse ou d’une vie qui n’est pas heureuse ? On ne peut tirer gloire que d’une vie heureuse : d’ou? il re?sulte que la vie heureuse est digne d’e?tre glorifie?e, qualite? qui ne peut appartenir a? bon droit qu’a? une vie honne?te : et de la? vient qu’une vie heureuse est une vie honne?te… Et puisque l’homme qui me?rite d’e?tre loue? est de?signe? pour l’honneur et pour la gloire par des avantages si grands qu’il me?rite aussi d’e?tre appele? heureux, on aura le droit de dire de sa vie ce qu’on dit de lui- me?me. Ainsi, puisque l’honne?tete? de?termine la vie heureuse, ce qui est honne?te doit e?tre tenu pour le seul bien. »
Cicéron, Des Biens et des maux (1er sie?cle avant J.C.)
Thèse principale : tout ce qui est bon est honne?te