Problématisations Guidées

Chapitre 7B - Entraînement 8 problématisations progressives
De l'analyse à la problématisation

Après avoir analysé les termes du sujet, il faut maintenant apprendre à formuler le problème philosophique qu'il soulève. Ces exercices vous guident pour identifier la tension ou le paradoxe central et pour le transformer en une problématique claire et pertinente.

Sujet 1
Problématisation guidée
Le langage trahit-il la pensée ?
Après avoir défini "langage", "trahir", "pensée"
Questions de problématisation
1

Si l'on considère que le langage sert à exprimer la pensée, quelle est l'idée ou l'attente la plus commune concernant leur relation ?

2

En quoi l'idée de "trahison" (déformation, infidélité, insuffisance) vient-elle contredire cette attente ? Quels arguments pourraient soutenir que le langage est inadéquat à dire la pensée (généralité des mots vs singularité de la pensée, émotions inexprimables...) ?

3

Inversement, le langage ne peut-il pas aussi structurer, clarifier, voire permettre la pensée complexe ? Peut-on vraiment penser sans langage ?

4

Quelle est donc la tension fondamentale de ce sujet ? (Entre la fonction expressive supposée du langage et son éventuelle inadéquation ou son rôle constitutif pour la pensée).

À vous de jouer !

À partir de cette tension, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 2
Problématisation guidée
L'État doit-il viser le bonheur des citoyens ?
Après avoir défini "État", "viser", "bonheur des citoyens"
Questions de problématisation
1

Quelle(s) raison(s) pourrai(en)t justifier l'idée que l'État a pour rôle de chercher à rendre ses citoyens heureux (pensez à la finalité de la politique, au bien commun...) ?

2

Inversement, quels sont les risques ou les objections si l'État se donne le bonheur comme objectif direct ? (Pensez à la liberté individuelle, à la définition subjective du bonheur, au danger d'un État paternaliste ou totalitaire).

3

L'État peut-il réellement "produire" le bonheur, ou peut-il seulement en créer les conditions (sécurité, justice, éducation...) ? Quelle est la différence ?

4

Quelle est donc la tension centrale ? (Entre le rôle légitime de l'État pour le bien-être collectif et le respect de la liberté individuelle dans la définition et la poursuite du bonheur).

À vous de jouer !

À partir de cette tension, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 3
Problématisation guidée
Peut-on être libre et déterminé ?
Après avoir défini "libre", "déterminé"
Questions de problématisation
1

Qu'est-ce que le "déterminisme" implique concernant nos actions et nos choix ? Si tout est déterminé par des causes antérieures (physiques, biologiques, sociales, psychologiques...), quelle place reste-t-il pour la liberté comprise comme libre arbitre (capacité de choisir indépendamment de toute cause) ?

2

En quoi ces deux notions ("libre" et "déterminé") semblent-elles donc fondamentalement contradictoires ou incompatibles à première vue ?

3

Pourtant, ne faisons-nous pas l'expérience de la liberté dans nos choix quotidiens ? Cette expérience est-elle une simple illusion, comme le suggère Spinoza ?

4

Peut-on envisager une autre définition de la liberté qui serait compatible avec une forme de déterminisme ? (Pensez à la liberté comme compréhension et acceptation de la nécessité, ou comme autonomie rationnelle malgré les déterminismes).

5

Quelle est donc la difficulté principale ? (Concilier l'idée ou l'expérience de la liberté avec le constat scientifique ou philosophique de multiples déterminismes pesant sur l'homme).

À vous de jouer !

À partir de cette difficulté, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 4
Problématisation guidée
La culture nous rend-elle plus humains ?
Après avoir défini "culture", "humain"
Questions de problématisation
1

Qu'est-ce qui caractérise l'état "non-culturel" (naturel, animal) ? En quoi la culture (langage, techniques, arts, lois, savoirs...) semble-t-elle nous élever au-dessus de cet état initial et développer nos potentialités spécifiques ?

2

En ce sens, comment la culture contribue-t-elle à nous rendre "plus humains" (plus rationnels, plus moraux, plus créatifs, plus libres...) ?

3

Mais la culture n'a-t-elle pas aussi des aspects négatifs ? Ne peut-elle pas nous dénaturer, nous aliéner, nous rendre violents (guerres, inégalités sociales...), nous couper de notre sensibilité ou de la nature ?

4

En quoi la culture pourrait-elle alors, paradoxalement, nous rendre "moins humains" ou nous faire perdre une part de notre humanité supposée originelle ?

5

Quelle est donc la tension au cœur du sujet ? (Entre le rôle émancipateur et humanisant de la culture et ses possibles effets aliénants ou déshumanisants).

À vous de jouer !

À partir de cette tension, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 5
Problématisation guidée
La conscience de soi est-elle une connaissance ?
Après avoir défini "conscience de soi", "connaissance"
Questions de problématisation
1

En quoi la conscience de soi (le sentiment d'être soi, le "je pense") semble-t-elle être la connaissance la plus immédiate et certaine que nous ayons (pensez à Descartes) ?

2

Mais quels sont les limites ou les doutes que l'on peut avoir sur la fiabilité de cette "connaissance" ? La conscience de soi est-elle toujours lucide ? Peut-on se tromper sur soi-même (illusions, mauvaise foi, inconscient) ?

3

La connaissance ne demande-t-elle pas une certaine objectivité, une distance, que la conscience de soi, par définition subjective et immédiate, ne peut peut-être pas atteindre ?

4

Quelle est donc la tension ici ? (Entre l'évidence apparente de la conscience de soi comme savoir premier et les doutes sur sa fiabilité et son objectivité en tant que connaissance véritable).

À vous de jouer !

À partir de cette tension, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 6
Problématisation guidée
Peut-on prouver une croyance ?
Après avoir défini "prouver", "croyance", et distingué de "savoir"
Questions de problématisation
1

Qu'est-ce qui, dans la nature même de la croyance (adhésion subjective, absence de preuve rationnelle ou empirique suffisante), semble la rendre réfractaire à la preuve ?

2

Inversement, n'y a-t-il pas des cas où une croyance peut être confirmée par l'expérience ou par un raisonnement, au point de se transformer en savoir ? Quelle est alors la nature de cette "preuve" ?

3

Peut-on "prouver" l'utilité ou la légitimité d'une croyance (par exemple, son rôle social ou psychologique) sans pour autant prouver son contenu ? Est-ce encore "prouver la croyance" ?

4

Quelle est donc la difficulté ? (Appliquer une exigence de preuve, qui relève du savoir et de l'objectivité, à la croyance, qui semble relever de la subjectivité et de la foi).

À vous de jouer !

À partir de cette difficulté, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 7
Problématisation guidée
Suffit-il de voir pour savoir ?
Après avoir défini "voir", "savoir", et analysé "suffit-il de..."
Questions de problématisation
1

Pourquoi l'évidence visuelle ("je l'ai vu de mes propres yeux") est-elle souvent considérée comme une garantie de savoir ? En quoi la vue semble-t-elle un accès privilégié à la réalité ?

2

Quelles sont les limites de cette confiance ? Citez des exemples où voir peut être trompeur (illusions d'optique, interprétations erronées, apparences...).

3

Le savoir ne demande-t-il pas souvent plus qu'une simple vision : une compréhension, une analyse, une mise en relation, une connaissance des causes, que la vue seule ne fournit pas ?

4

Quelle est donc la tension ? (Entre la force de conviction immédiate de la vision et son insuffisance fréquente, voire son caractère trompeur, pour constituer un savoir véritable).

À vous de jouer !

À partir de cette tension, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

Sujet 8
Problématisation guidée
Le travail n'est-il qu'une contrainte ?
Après avoir défini "travail", "contrainte", et analysé "n'est-il que..."
Questions de problématisation
1

En quoi le travail apparaît-il d'abord et souvent comme une contrainte (nécessité vitale, effort pénible, soumission à des règles ou à une hiérarchie, aliénation...) ?

2

Mais le travail peut-il être réduit uniquement à cette dimension négative ? Quels aspects positifs ou valorisants peut-on aussi lui trouver (réalisation de soi, création, utilité sociale, développement de compétences, source de satisfaction...) ?

3

La perception du travail comme contrainte ou comme autre chose dépend-elle du type de travail, des conditions dans lesquelles il est exercé, ou de l'attitude du travailleur ?

4

Quelle est donc la difficulté soulevée par la formulation restrictive "n'est-il que..." ? (Il s'agit de déterminer si la dimension de contrainte épuise la signification du travail ou si celui-ci possède d'autres dimensions essentielles).

À vous de jouer !

À partir de cette difficulté, formulez la problématique sous forme d'une ou deux questions liées.

De la Tension à la Question

Le but de ces questions guidées est de vous aider à repérer le "nœud" du problème. Une fois que vous avez identifié la contradiction, le paradoxe ou l'alternative difficile, l'étape suivante est de le formuler clairement sous forme de questions. Une bonne problématique expose cette tension et demande comment la résoudre ou la penser. C'est ce qui donne toute sa dynamique à votre dissertation.

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