Vous voici arrivés à l'étape finale de l'entraînement progressif. Les exercices suivants vous proposent des textes philosophiques d'une longueur et d'une difficulté similaires à ceux du Baccalauréat. L'objectif est maintenant de réaliser une explication de texte complète et entièrement rédigée, en appliquant de manière autonome toutes les étapes de la méthodologie vue précédemment.
"Le devoir ! mot grand et sublime, toi qui n'as rien d'agréable ni de flatteur et commandes la soumission, bien que, pour émouvoir la volonté, tu ne menaces de rien qui puisse exciter une aversion naturelle dans l'âme et la terrifier, mais que tu te bornes à poser une loi qui trouve d'elle-même accès dans l'âme et qui pourtant obtient pour elle-même, malgré nous, la vénération (sinon toujours l'obéissance), loi devant laquelle se taisent toutes les inclinations, quoiqu'elles travaillent sourdement contre elle : quelle origine est digne de toi ? Où trouver la racine de ta noble tige, qui dédaigne fièrement toute parenté avec les inclinations, racine dont il faut faire dériver, comme de son origine, la condition indispensable de la valeur que les hommes peuvent se donner eux-mêmes ?
Ce ne peut être rien de moins que ce qui élève l'homme au-dessus de lui-même (comme partie du monde sensible), ce qui le lie à un ordre de choses que l'entendement seul peut concevoir [...]. Ce n'est autre chose que la personnalité, c'est-à-dire la liberté et l'indépendance à l'égard du mécanisme de la nature entière [...]."
— Kant, Critique de la raison pratique
Votre introduction devra présenter le texte, son thème (la morale, le devoir), la question (l'origine et la nature du devoir), la thèse de Kant (le devoir émane de la liberté et de la raison, non des inclinations sensibles) et la structure du texte (apostrophe au devoir, question sur son origine, réponse).
Votre développement devra suivre la progression du texte, en expliquant précisément :
Votre conclusion devra faire le bilan de l'analyse et souligner l'intérêt philosophique du texte (par exemple, la fondation d'une morale non basée sur l'intérêt ou le plaisir).
Zone de travail autonome - Rédigez votre explication complète
SOCRATE : Ceux qui ont une opinion droite ne sont pas de moins bons guides, pour nous diriger vers ce qui est, que ceux qui possèdent le savoir. [...] C'est pourquoi l'opinion vraie n'est pas un moins bon guide que la science pour la rectitude de l'action [...].
MÉNON : Sauf sur un point, Socrate : celui qui a la science réussira toujours, tandis que celui qui a une opinion vraie tantôt réussira, tantôt ne réussira pas.
SOCRATE : Comment dis-tu ? Celui qui a une opinion vraie, ne réussira-t-il pas toujours, aussi longtemps qu'il opinera vrai ?
MÉNON : Cela me paraît forcé. Aussi je m'étonne, Socrate, si les choses sont ainsi, que jamais la science ne soit beaucoup plus estimée que l'opinion droite, et je me demande pourquoi on les distingue.
SOCRATE : Sais-tu pourquoi tu t'étonnes, ou veux-tu que je te le dise ? [...] C'est que tu n'as pas fait attention aux statues de Dédale. [...] Les opinions vraies, elles aussi, tant qu'elles demeurent, sont une belle chose et produisent toutes sortes de biens. Mais elles ne consentent pas à demeurer longtemps, et elles s'échappent de l'âme de l'homme : aussi ne sont-elles pas d'un grand prix, tant qu'on ne les a pas reliées par un raisonnement qui en donne la cause [aitias logismô]. [...] Une fois liées, d'abord elles deviennent sciences, et ensuite elles demeurent stables. Voilà pourquoi la science est plus précieuse que l'opinion droite ; et c'est par le lien qu'elle diffère de l'opinion droite.
— Platon, Ménon, 97b-98a
Votre introduction devra présenter le dialogue, son thème (la différence entre opinion vraie et savoir/science), la question posée par Ménon (pourquoi la science est-elle plus estimée ?), la thèse de Socrate (la science est plus stable car liée par un raisonnement causal) et la structure de l'échange.
Votre développement devra suivre le dialogue pas à pas :
Votre conclusion devra résumer la distinction établie et souligner son importance philosophique (par exemple, pour la théorie de la connaissance ou l'éducation).
Zone de travail autonome - Rédigez votre explication complète
"Notre intelligence, telle qu'elle sort des mains de la nature, a pour objet principal le solide inorganisé. [...] L'intelligence ne se représente clairement que le discontinu. [...] De la mobilité vraie, elle n'aperçoit que des points de vue immobiles et extérieurs. Elle ne peut reconstituer le mouvement qu'avec de l'immobile. [...] L'intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie.
[...] Mais à côté de l'intelligence, il y a l'intuition. Celle-ci porte sur la vie même. [...] L'intuition est cette espèce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable. L'analyse, au contraire, est l'opération qui ramène l'objet à des éléments déjà connus, c'est-à-dire communs à cet objet et à d'autres."
— Bergson, La Pensée et le Mouvant (adapté)
Votre introduction devra présenter le texte, son thème (les modes de connaissance : intelligence et intuition), la question (comment connaître le réel, notamment le vivant et le mouvant ?), la thèse de Bergson (l'intelligence est limitée au solide et au discontinu, tandis que l'intuition saisit la vie et la mobilité de l'intérieur) et la structure (caractérisation de l'intelligence, introduction et définition de l'intuition par opposition à l'analyse).
Votre développement devra expliquer :
Votre conclusion devra résumer la distinction entre les deux facultés et souligner l'enjeu de cette pensée (par exemple, la possibilité d'une connaissance non réductrice du vivant, de la durée, de la conscience).
Zone de travail autonome - Rédigez votre explication complète
"Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l'aiment, et ils ne voient qu'avec douleur qu'on les en écarte. Mais ils ont pour l'égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l'égalité dans la liberté, et, s'ils ne peuvent l'obtenir, ils la veulent encore dans l'esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l'asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l'aristocratie.
Ceci est vrai dans tous les temps, et surtout dans le nôtre. Tous les hommes et tous les pouvoirs qui voudront lutter contre cette puissance irrésistible seront renversés et détruits par elle. De nos jours, la liberté ne peut s'établir sans son appui, et le despotisme lui-même ne saurait régner sans elle."
— Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Vol. II
Votre introduction devra présenter le texte, son thème (le rapport entre égalité et liberté dans les démocraties), la question (quelle est la passion dominante des peuples démocratiques et ses conséquences ?), la thèse de Tocqueville (la passion pour l'égalité l'emporte sur le goût de la liberté, au point de préférer l'égalité dans l'esclavage à l'inégalité) et la structure (distinction des deux passions, affirmation de la primauté de l'égalité, conséquences politiques).
Votre développement devra expliquer :
Votre conclusion devra résumer la thèse de Tocqueville et souligner l'enjeu de son analyse (par exemple, le risque potentiel que la passion égalitaire étouffe la liberté dans les sociétés démocratiques).
Zone de travail autonome - Rédigez votre explication complète
"Le penchant à l'agression est une disposition instinctive primitive et autonome de l'être humain [...]. La civilisation doit tout mettre en œuvre pour limiter l'agressivité humaine et pour réduire ses manifestations à l'aide de réactions psychiques d'ordre éthique. De là provient la restriction de la vie sexuelle et de là aussi cet idéal imposé d'aimer son prochain comme soi-même, idéal dont la justification véritable est précisément que rien n'est plus contraire à la nature humaine primitive.
Malgré tous les efforts, cette entreprise de la civilisation ne donne jusqu'à présent que de piètres résultats. Elle croit avoir assez gagné quand elle réussit à abaisser le degré de satisfaction sexuelle [...]. Les hommes civilisés ont fait ici l'échange d'une part de possibilités de bonheur contre une part de sécurité."
— Freud, Malaise dans la civilisation (adapté)
Votre introduction devra présenter le texte, son thème (le conflit entre les pulsions humaines et les exigences de la civilisation), la question (comment la civilisation gère-t-elle l'agressivité humaine et à quel prix ?), la thèse de Freud (la civilisation réprime l'agressivité et la sexualité par des idéaux éthiques, entraînant une perte de bonheur au profit de la sécurité) et la structure (affirmation de l'agressivité innée, rôle de la civilisation, exemple de la restriction sexuelle et de l'amour du prochain, bilan mitigé et "échange").
Votre développement devra expliquer :
Votre conclusion devra résumer la thèse freudienne sur le "malaise" inhérent à la civilisation et souligner l'enjeu de cette analyse (par exemple, une vision tragique du rapport entre individu et société, ou une remise en cause des idéaux moraux).
Zone de travail autonome - Rédigez votre explication complète
Prenez le temps nécessaire pour le travail au brouillon (analyse approfondie du texte, élaboration du plan détaillé de votre explication). C'est la clé de la réussite. Une fois votre plan établi, rédigez l'explication en veillant à la clarté, à la précision et à la fluidité de votre style. N'hésitez pas à utiliser la grille d'auto-évaluation pour relire votre travail.
Ces exercices sont conçus pour vous mettre en situation d'examen. Essayez de les réaliser dans un temps limité (environ 4 heures) pour vous habituer aux contraintes réelles.